Vacances à Moncert-sur-Pouillac : une aventure dont on entendra encore parler tant qu'on ne sera pas devenu sourd

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Pour apprécier cet article à sa juste valeur, il faut avoir lu toutes les chroniques de Moncert-sur-Pouillac, aimer les animaux trops mignons et savoir se lécher le coude sans se déboîter l'épaule (mais je ne sais pas pourquoi).
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La vache anonyme trop mignonne approuve cet article.

Grand lecteur du bdo et de ses chroniques de Moncert-sur-Pouillac, je fus atterré qu’elles se soient arrêtées au bout d’un an. Depuis la disparition fin décembre 2014 du rédacteur en chef de la Gazette de Moncert dans des circonstances mystérieuses, nous n'avions plus aucune nouvelle de ce charmant village aux mœurs pittoresques. C’était trop pour moi de ne pas savoir ce qui s’y passait. J’avais donc décidé de prendre quelques jours de vacances pour m’y rendre et profiter du bon air et de la chaleur de ses habitants. En plus, je pouvais avoir l’occasion de découvrir ce qui était arrivé à ce rédacteur en chef si sympathique.


[modifier] Jour 1

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L'autruche trop mignonne approuve ce paragraphe bien qu'elle ne sache pas lire. Mais elle a confiance en son amie la vache.

Pour parvenir à Moncert, une seule solution : d’abord me rendre à Pécoisse et ensuite suivre les indications données lors de la 3e chronique. Mais après relecture, je n’étais pas vraiment sûr de la route. J’ai donc essayé de la demander à quelques Pécoissiens croisés dans la rue mais je n’ai eu que des réponses non verbales. Soit la personne s’évanouissait, soit elle partait en hurlant. Soudain, j’eus une illumination : demander carrément à une Moncertoise. Je me souvins des multiples déboires de Mme Michu, qui avait fait plusieurs séjours à l’hôpital de Pécoisse. Aux dernières nouvelles, certes fort anciennes, elle y était retournée. Je me rendis donc à cet établissement et demandai à l’accueil si Mme Michu était toujours là. Mon interlocutrice tomba de sa chaise et resta assise par terre sous son bureau en me demandant d’une petite voix : « Vous êtes de la famille ? » Je lui répondis négativement. Comme elle restait cachée, je lui expliquai que j'étais journaliste (même si ce n’était pas vrai) et que j’avais besoin de lui demander quelques renseignements. Elle sortit sa tête de dessous le bureau et me répondit que Mme Michu n’était pas dans un état qui lui permette d’être interviouvée. Je lui expliquai qu’en fait j'étais un agent secret du FBI et que mon statut de journaliste n’était qu’une couverture (en fait, je mentais encore). Elle ne comprenait pas pourquoi elle devrait répondre à un agent du FBI car c’était une agence qui ne s’occupait que de la sécurité intérieure des États-unis. Oui mais en fait, je lui précisais que j'étais un agent de la CIA qui avait infiltré le FBI pour des raisons compliquées que je lui expliquerais quand j’aurais eu le temps d’y réfléchir un peu. Cela ne lui suffit pas car elle ne voyait pas pourquoi elle aiderait un yankee à trahir son pays. Ok, je m’étais trompé d’agence car à la TV les gars de la CIA et du FBI parlent français donc ça m’avait échappé. Et comme je ne regarde jamais les séries françaises sauf « Plus belle la vie », je ne connaissais pas le nom de l’agence d’espionnage française qui combat les terroristes et qui, lorsqu’on dit qu’on en est, fait que les gens accèdent tout de suite à nos demandes. Du coup, je lui dis qu’en réalité j’étais le frère de Mme Michu mais que je n’avais pas voulu le dire parce que j’avais eu l’intuition qu’elle n’aurait pas été en état émotionnel de me répondre. Elle a remis sa tête sous le bureau, sa main est apparue et a tâtonné jusqu’à trouver le combiné du téléphone, qui a disparu à son tour. Au bout de quelques secondes, elle a dû se rendre compte qu’elle ne pourrait pas faire grand chose sans taper le numéro de celui qu’elle souhaitait joindre. Sa main est réapparu et a appuyé un peu au hasard sur le cadran du téléphone. Je ne sais pas qui elle a eu au début, ni la dizaine de fois suivante, mais toujours est-il qu’elle a fini par avoir de la chance et obtenu son interlocuteur, un médecin qui est venu me voir, entouré par deux personnes de la sécurité. Il s’est arrêté à quelques mètres de moi et m’a demandé : « Vous êtes de la famille de Mme Michu ? » Je lui ai répondu que j’étais son frère et que je désirais la voir. Il m’a demandé si j’avais une pièce d’identité pour le prouver. J’allais encore tenter le coup du FBI quand je me suis rendu compte que ce ne serait pas la peine. J’ai sorti ma carte d’identité et lui ai montré en tendant le bras. Vu la distance qui nous séparait et qu’il n’osait pas franchir, c’est à peine s’il pouvait vérifier que ce n’était pas ma carte de réduction à Monoprix. Il a demandé à ses gorilles de bien vouloir contrôler mais ils ont dit que non, c’était bon. Il y a eu un moment de flottement et le docteur a déclaré « Veuillez nous suivre, M. Michu. »

En avançant, ils faisaient attention à garder une distance respectable entre eux et moi. Ça a été l’occasion d’une péripétie assez cocasse quand il s’est agi de prendre l’ascenseur pour aller jusqu’au 4e étage. Ils ont commencé par entrer, appuyer sur le bouton 4 puis à s'aviser de l’espace confiné où ils se trouveraient en ma compagnie. Ils se sont donc extraits de leur cage dans une grande précipitation quand ils ont vu que j’arrivais. Le docteur m’a dit que la capacité de l’ascenseur n’était pas assez élevée et qu’il allait prendre les escaliers et qu’on allait se rejoindre là-haut. Quand les portes de l'ascenseur se sont ouvertes au 4e étage, ils n'étaient pas là. Je les ai vu arriver en courant depuis le bout du couloir et s'arrêter net quand ils m'ont repéré. Voici le dialogue qui s'en est suivi :

Le docteur : C'est la chambre 429 tout au bout à droite.
Moi : Vous ne venez pas avec moi ?
Le docteur : Non, j'ai beaucoup de patients qui m'attendent depuis longtemps.
Moi : Vous ne m'avez pas dit comment elle allait. Est-elle consciente ?
Le docteur : Euh, je ne sais pas. Nul ne saurait vous le dire. Mais vous allez vous en rendre compte vous même.
Moi : Ah bon ? Vous ne l'avez pas examiné récemment ?
Le docteur : Oh non. Jamais. Nous, docteurs, devons préserver notre santé si nous voulons soigner les autres.
Moi : Êtes-vous en train de m'expliquer que personne ne s'est occupé d'elle depuis qu'elle est là ?
Le docteur : Les rares Moncertois à venir encore dans notre établissement sont systématiquement mis en quarantaine dans cette chambre jusqu'à ce qu'ils guérissent tout seul ou qu'ils se décomposent. C'est le protocole que nous avons mis en place depuis les problèmes que nous avons eu dernièrement.
Moi : Des problèmes ?
Le docteur : Ben oui, les problèmes. Les difficultés.
Moi : Je ne vois pas de quels problèmes vous voulez parler.
Le docteur : Vous êtes sûr que vous êtes Moncertois ?
Moi : Ah non, pas du tout. Je suis le frère de Mme Michu, mais un frère éloigné. Ouais, c'est compliqué à expliquer voire impossible car je ne pense pas avoir assez d'imagination.
Le docteur : En tout cas, vous ne ressemblez pas du tout à votre sœur.
Moi : Voila ! Éloigné comme ça ! En tout cas, merci pour le compliment. Enfin, je crois. Bon, j'y vais maintenant. J'ai vraiment hâte de la voir, ça fait tellement longtemps que je ne l'ai pas vu. Depuis au moins ma naissance, ou bien la sienne, ça dépend qui est né le premier. Bon, j'y vais.

J'ai ouvert la porte et juste au moment où elle allait se refermer derrière moi, j'ai eu cette intuition, ce sixième sens auquel je dois encore d'être en vie après tous ces périples que je vous raconterai un jour si j'en ai l'occasion. Comment se faisait-il que la porte ne soit pas verrouillée de l'extérieur si les pensionnaires de la chambre étaient en quarantaine ? Tout simplement parce que l'important était qu'ils ne puissent pas sortir. J'ai donc juste eu le temps de mettre mon pied dans l'encadrement de la porte avant qu'elle ne se scelle automatiquement. J'ai bien regardé la porte et j'ai pu vérifier qu'elle était blindée et qu'il n'y avait pas de poignée pour sortir. J'ai retiré le pied de ma chaussure, que j'ai laissée pour caler la porte. Enfin, j'ai jeté un œil alentour.

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Le chien-chien trop mignon ne fait pas confiance en une vache qui porte des lunettes noires : elle cache forcément quelque chose. Mais il trouve que ce paragraphe sent bon donc il le valide.

Je n'ai pas trouvé Mme Michu. Il y avait plusieurs corps, certains masculins, d'autres féminins, d'autres indéterminables. Normalement, ils auraient dû être qualifiés de cadavres dont certains dans un état de décomposition avancée. Mais avec les Moncertois, il faut toujours s'attendre à des surprises. Effectivement, au bout de quelques secondes, j'ai vu un corps remuer et entendu sa bouche émettre des sons. Je l'ai interrogé. À chaque fois, la réponse était "grmfrt". Au départ, j'ai cru que ça voulait dire "oui", vu que je lui avais demandé si ça allait puis s'il acceptait de répondre à quelques questions. Mais quand je lui ai demandé le chemin le plus court pour aller à Moncert sans passer par un péage, il m'a fallu admettre que "grmfrt" n'était une réponse ni à mes premières questions, ni à la dernière. D'autant plus qu'il a continué tout seul avec ses "grmfrt", si bien que j'ai compris qu'il ronflait, en fait. Je n'avais plus rien à faire ici. Avant de quitter la pièce, j'ai voulu embrasser ma sœur une dernière fois avant de me souvenir que j'étais plutôt un agent de la CIA, je crois. Du coup, j'ai décidé de poser un micro espion mais je n'en avais pas sur moi, vu que finalement je n'étais sans doute pas un vrai espion alors je suis sorti.

Certains esprits négatifs pourraient considérer que j'avais échoué sur toute la ligne. Mais en fait, pas du tout : j'avais appris qu'il s'était passé quelque chose de grave à Moncert qui avait causé des problèmes de santé à un certains nombre de villageois. Ces informations étaient susceptibles de m'être utiles durant mon séjour. Oui, on n'avait qu'à dire ça. Bon, j'ai repris mon 4x4 et relu ce qu'écrivait le rédacteur en chef de la gazette sur la façon dont on pouvait se rendre à Moncert : « A partir de Pécoisse, il faut sortir par le chemin de Va-au-diable, continuer tout droit pendant 7 km jusqu'au croisement des Sept Pendus (c'est facile à reconnaître grâce au squelette de vache à côté du tracteur calciné dans le champ que l'on voit vers la droite juste avant d'arriver au croisement). Ensuite, tourner à gauche et traverser la forêt (mais pas la nuit) en faisant bien attention de ne pas sortir du sentier pour des raisons évidentes de sécurité. Au sortir de la forêt, prendre la première à droite et continuer par le chemin de terre qui descend jusqu'au pont qui enjambe la Pouillac, rivière qui traverse notre village. Arrivé au pont, rouler assez vite car les planches sont branlantes et il y a un grand trou. Si tout se passe bien, vous tomberez dans le trou et vous fracasserez 10 mètres plus bas sur les rochers. »

Ok, c'était parti. Chemin de Va-au-diable : ok. Croisement des sept pendus : ok (tiens, l'arbre avait été utilisé récemment). Traversée de la forêt : ok. Le pont : ok. Le trou : ok. Le fracassage sur les rochers : ok (sauf pour mon véhicule devenu inutilisable). Je suis remonté et j'ai terminé à pied.

J'ai donc continué sur le chemin et suis parvenu rapidement aux abords des premières maisons. Un homme m'a vu, a lâché sa faux et est parti en courant et criant vers le centre du village. Ça commençait à devenir vexant tous ces gens qui s'enfuyaient en me voyant depuis le matin. Par contre, quand je suis arrivé sur la place du village, un comité d'accueil m'attendait. Ils se sont mis à me lancer des cailloux de bienvenue, tous plus beaux les uns que les autres. Je les attrapais au vol comme je pouvais afin d'être poli. Mais certains villageois étaient maladroits et les jetaient trop loin de moi, si bien que j'étais obligé de les ramasser par terre. À un moment où je me penchais pour en saisir un gros, j'en ai reçu un derrière l'oreille. Je leur ai demandé de faire attention car je pourrais être blessé s'ils ne faisaient pas attention. Quand ils ont eu terminé leur cérémonie d'accueil, je me suis approché vers eux avec le tas de magnifiques cailloux dans les bras. Ils ont pris encore peur (décidément) et je me suis retrouvé seul. Qu'à cela ne tienne, j'avais repéré le bar et m'y suis rendu illico pour me remettre de mes émotions.

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Franchement, la souris trop mignonne, ça fait trois animaux beaucoup plus grands que toi qui sont d'accord avec ce texte, alors je te conseille d'avoir un avis qui ne les choque pas trop. Ok ? Ok.

En entrant, j'ai lancé : "Salut aimables villageois de Moncert, je viens visiter votre beau pays. Que me conseillez-vous de voir en premier ?" Leur bouche est restée grande ouverte longtemps. Bizarrement, ça semblait les faire moins respirer. Puis, le barman a sorti une bouteille de sous son comptoir et s'est exclamé : "Bienvenue à toi, l'Étranger ! La coutume veut que tout nouveau venu partage le verre de l'Amitié." Il m'a alors servi de ce qu'il a nommé de la cocaille-aïe-aïe. La mine de tous les clients du bar s'est alors détendue jusqu'à ce que je porte le breuvage à mes lèvres, ce qui les a à nouveau fait se figer mais avec un mine beaucoup plus réjouie. Leur grand sourire me fit chaud au cœur. Au début, je m'étais senti comme un intrus. Mais on a beau dire, les habitants des endroits reculés ne sont pas si farouches que ça. Passées les premières minutes de méfiance, ils vous font une place dans leur communauté. J'ai reposé le verre. Ils sont restés silencieux, attendant apparemment quelque chose de ma part. L'atmosphère commençait à devenir pesante. J'ai alors réalisé mon impolitesse et les ai félicité pour la qualité de leur excellent breuvage (bien qu'il n'ait en réalité pas beaucoup de goût). Le barman est sorti de son mutisme et s'est proposé, puisqu'il avait affaire à un amateur de bonnes choses, de me faire goûter à sa cuvée spéciale, le pouillacola. J'acceptais avec plaisir. Il alla donc faire un tour à la cave et déposa une bouteille sans étiquette sur ma table. Elle n'avait pas de bouchon. Quand je m'enquis de la raison, il me répondit qu'il en mettait régulièrement mais qu'ils se dissolvaient assez rapidement. Il ajouta que ça se buvait traditionnellement directement à la bouteille afin de ne pas abîmer les verres. Je portais donc le goulot à ma bouche et en avalait une gorgée. Ça piquait. Je lui dit que ça me rappelait un peu le babazoum, l'alcool de mon pays natal dont les montagnards prennent une gorgée les matins où ils vont chasser les ours en leur crachant dessus. Comme il ne savait plus quoi dire, je lui redemandais ce que je pourrais visiter en premier. Il me proposa d'aller au château en me déclarant que j'y serais très certainement bien reçu et que peut-être même l'Empereur voudrait bien me loger le temps de mon séjour parmi eux. Il se faisait tard. Je pris donc congé de l'assistance en leur remerciant encore une fois pour tout.

Il me fut facile de trouver le château qui dominait le village, tranquillement affaissé sur sa petite colline. Je n'avais frappé qu'un coup à la porte, qu'elle s'ouvrit prestement. Un domestique me fit entrer en m'informant que l'Empereur m'attendait. Je m'étonnais tout haut qu'il soit déjà au courant de ma présence. Le domestique me répondit qu'Auguste Ier avait des oreilles partout, au propre comme au figuré, mais qu'il nierait avoir tenu de tels propos au cas où je lui répéterais ce qu'il ne m'avait jamais dit vu qu'on ne s'était jamais rencontré, puis il partit en courant. Je parvenais seul à l'entrée de la vaste salle à manger, où l'Empereur mangeait tranquillement quelque chose d'indescriptible pour cause de dramatisation artificielle facile, en compagnie de variantes de lui-même en sexes et en âges. Il interrompit sa mastication et m'interpela en ces termes :

L'empereur : Alors l'Étranger, on vient visiter notre beau pays ?
Moi : Effectivement, Votre Augusterie. Je suis venu voir ma sœur Mme Michu et en profite pour faire du tourisme.
L'Empereur : Tiens donc ? Je ne savais pas que Mme Michu avait un frère qui ne lui ressemble pas du tout...
Moi : Moi non plus ! Je l'ai appris à l'hôpital quand j'ai demandé à la voir à la personne de l'accueil. C'est elle qui m'a suggéré ce lien de parenté.
L'Empereur : Pardon ? Vous ne seriez pas venu nous espionner par hasard ?
Moi : Pas du tout ! Je vous rappelle que le FBI n'a aucune autorité en dehors des États-Unis et que je ne fais officiellement pas partie de la CIA pour des raisons de secret professionnel indispensable dans mon métier.
L'Empereur : Ah bon ? Dans ce cas, permettez-moi de vous inviter à dormir au château le temps de votre séjour.
Moi : C'est trop aimable à vous. J'accepte à condition qu'il y ait un jacuzzi dans ma chambre.
L'Empereur : Nestor va vous conduire à vos appartements.
Moi : À ce sujet... En fait non il n'y a aucun rapport, c'était juste pour faire une transition qui semblait logique, mais je me demandais : pourriez-vous me dire où on peut trouver le rédacteur en chef de la Gazette de Moncert ?
L'Empereur : Un peu partout.
Moi : Ah ? Il voyage beaucoup ?
L'Empereur : Au gré des intempéries, j'imagine.

Ces paroles sibyllines accroissaient le mystère de sa disparition. Était-il même encore vivant ? C'est ce que je me résolus de découvrir, mais après un bon sommeil réparateur.

Nestor me conduisit le long de couloirs interminables jusqu'à une porte massive en fer forgée, qu'il ouvrit avec une grosse clef, puis m'invita à passer devant lui. Il dut trébucher car je sentis tout à coup tout son poids dans mon dos et je dégringolai des escaliers humides pour finir ma course sur un sol boueux et malodorant. J'entendis sa voix venant du haut de l'escalier : "Bon séjour parmi nous ! Ah ah ah, hi hi hi, ho ho ho." Quand la porte claqua, l'obscurité devint totale. Il était donc temps de dormir afin de pouvoir démarrer en pleine forme la journée du lendemain.

[modifier] Jour 2

Le lendemain matin, j’entrai dans la salle à manger. Toute la famille était là aux mêmes places que la veille, comme s’ils n’avaient pas quitté leur chaise depuis lors. L’Empereur fit la tête que tout le monde m’avait faite depuis la veille à chaque fois qu’on me rencontrait. Sauf qu’il m’avait déjà vu et parlé. Peut-être s’agissait-il d’une mimique de politesse, leur manière locale de saluer. Je pris la parole :

Moi : Bonjour votre Augusterie. Je vous remercie pour le gîte. Je dois cependant vous signaler que j’ai quelque peu abîmé la porte de la chambre que vous m’avez fort aimablement permis d’occuper cette nuit. En voulant l’ouvrir, je me suis aperçu qu’elle coinçait et en forçant, j’ai arraché le mécanisme de fermeture. Je n’ai pas les outils pour réparer mais si vous le les prêter, je suis prêt à vous la remettre en état.
L'Empereur : Ne vous donnez pas cette peine. La pièce que vous avez occupée est destinée à nos visiteurs mais nous ne recevons plus beaucoup ces derniers temps. Cette partie du château n’est donc plus très entretenue. Les huisseries devaient être en mauvais état. La domesticité prendra en charge les réparations
Moi : Ah ? Bien. Pourrais-je encore abuser de votre hospitalité en vous demandant de me permettre de me laver ? Bien qu’accueillante, la pièce où j’ai dormi était très humide. Comme il y faisait noir, je n’ai pas trouvé le lit et me suis couché à même le sol. Non, ça ne m’a pas dérangé car j’ai l’habitude de partir en excursion en pleine Nature et de dormir à la belle étoile. Cependant, à l’issue de cette nuit, j’ai l’impression d’avoir pris un bain de boue.
L'empereur : Nous avons une baignoire. Ainsi, vous pourrez prendre un bain assis ! Ha ha ha !
Moi : Je préférerais prendre mon bain tout seul plutôt qu’à six ! Hi hi hi !
L'Empereur : Et toi, ma fille, tu veux prendre un bain, Marie ? Hu hu hu !

C’était le délire dans la salle. Les poitrines se soulevaient, d'autres organes non identifiables se gonflaient. Soudain, au milieu de la cacophonie surgit un cri strident qui glaça l’assistance. Il provenait d’un berceau que je n’avais pas remarqué jusqu’à cet instant. Je m’en approchai et vit un bébé à la conformité bien différente du reste de la famille. Le patriarche, redevenu sérieux, pris un ton glacial :

L'Empereur : Si vous avez lu la Gazette, vous connaissez l’histoire de cet enfant. Notre famille essaie de préserver la pureté de sa race depuis des générations. Je vous demande de ne rien dire de ce que vous venez de voir. Au cas où vous le feriez quand même, je tiens à vous avertir que j’en serais fort incommodé et pourrais perdre l’actuelle considération que je vous porte, même si elle est en partie due à vos apparentes capacités de préservation de votre intégrité en milieu non urbain.
Moi : Ne vous inquiétez pas, je resterai discret.
L'Empereur : Vos ablutions terminées, je vous prierai de partir.
Moi : Bien, au revoir et merci encore.
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La dinde trop forte voudrait donner son avis. Oui mais non, ferme-la un peu stp. Je t'assure que c'est pour ton bien.

Je décidais de revenir vers le village afin de trouver le bâtiment qu'occupait la rédaction de la Gazette, point de départ de mon enquête, quand tout à coup, il ne se passa rien. Je levais alors mon regard vers le ciel afin d'en déterminer l'origine et je ne vis rien d'autre que l'azur, ce qui me laissa songeur. Mes pensées furent soudain interrompues par un phénomène quasi-paranormal qui consiste en ce que des fois on pense à un truc et puis juste après à un autre truc, mais on ne sait pas pourquoi. Si je vous dis tout ça, c'est pour meubler un peu mon récit pendant mon trajet, car je vous assure que les bois qui se trouvent entre le château et le reste du village sont tout ce qu'il y a de plus banal.

Arrivé à la place du village, je croisais une procession. Un personnage à l'air très digne et aux habits rutilants était assis sur une chaise, laquelle était portée par quatre fiers gaillards qui avançaient en ordre serré. Lorsqu'ils me virent, il se passa comme d'habitude, et la chaise tomba sur le côté, son utilisateur avec. Resté seul, j'allai vers lui pour l'aider à se relever. Je lui tendis la main mais il la refusa, arguant qu'une figure aussi haute que la sienne ne pouvait souffrir le contact de la plèbe. Afin de ne pas me regarder en ayant besoin de lever les yeux, il tourna sa tête vers l'horizon et me demanda quel mauvais vent m'amenait et quand je comptais partir loin et pour toujours. Afin de mettre toutes les chances de mon côté pour capter son attention, je lui déclarai que j'étais le frère de Mme Michu, présentement espion pour un gouvernement d'Amérique du Nord, chargé de la sécurité intérieure ou extérieure de mon pays selon l'agence à laquelle j'étais attaché, mais je ne savais plus trop laquelle depuis le choc que m'avait causé la nouvelle que j'avais une sœur vivant dans ce village. Il me dit que je pouvais être qui je voulais du moment que je n'étais pas un prêtre envahisseur envoyé par la maison vaticane décadente, qu'il avait finalement décidé de ne pas attaquer, étant persuadé qu'elle allait s'écrouler toute seule et que par ailleurs il avait un cor au pied. Je compris que c'était le Pape Pie XIII. Remis de sa commotion, il s'avisa que j'étais l'Étranger, celui dont j'appris plus tard qu'il était l'objet de toutes les discussions et de toutes les craintes. D'un naturel prudent car beaucoup plus porté sur les activités spirituelles que physiques, il changea d'attitude à mon endroit.

Au cours de notre échange cordial, j'appris que la chaise sur laquelle il était assis était la Chaise, celle qui avait divisé la communauté durant de longs mois. Ce fin stratège avait réussi à fusionner les deux communautés en intégrant les croyances totémiques locales dans le catholicisme pour former une nouvelle religion propre à satisfaire tout le monde. Quand je lui demandais si l'Empereur s'y était converti, il me répondit que ce n'était pas possible. Il avait déjà abandonné quelques lois obsolètes telles que le "Tu ne tueras point", "Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain" afin de contenter les totémistes. Mais le tabou de l'inceste, c'était trop. Si on allait par là, on n'avait qu'à autoriser la sodomie et les mariages inter-raciaux, voire entre personne du même sexe, ha ha ha. Bref, il avait décidé de ne plus retirer aucune loi et même de compléter pour que ça fasse dix, parce que seulement trois ça faisait trop licencieux. Comme notre échange s'éternisait, je lui demandais si je ne l'empêchais pas de vaquer à d'autres occupations plus importantes. Il me dit que si, mais que son statut lui interdisait de se déplacer en marchant. Je lui proposais de le porter mais il m'indiqua que c'était le rôle de sa garde et qu'il était sûr qu'ils réapparaîtraient aussitôt que je me serai éloigné de lui. Je pris donc congé de Sa Sainteté et continuai ma déambulation vers ce que j'espérais être le local de la Gazette.

Enfin, après de multiples péripéties que j’ai choisi de ne pas vous narrer car en fait il ne s’est rien passé, je parvenais à une bâtisse que je pensais être celle abritant les locaux de la Gazette, vu que ses vitres étaient brisées et qu’elle avait brûlé en grande partie. Elle était vide. Ah non, ça s’agitait sous un bureau. Lorsque j'en sortis un pauvre hère hirsute, il me fallut attendre qu’il arrête de pousser ses hurlements et ses supplications de ne pas lui faire de mal pour que nous ayons cette conversation :

Moi : Vous êtes journaliste ?
L'inconnu : Non ché souis la femme dé ménache.
Moi : Hein ? Mais vous êtes barbu !
L'inconnu : Ché souis portougalaiche, ch’est la mode là-bas.
Moi : Et la paire de couilles aussi ?
L'inconnu : Ok, j'avoue : je suis plombier.
Moi : Et où sont vos outils ?
L'inconnu : Euh, je les ai fait tomber sous le bureau et je les cherche depuis trois mois.
Moi : Votre version des faits ne tient pas debout ! Ce n’est pas à un double agent CIA+FBI qu’on peut raconter des bobards !
L'inconnu : Mais c’est vrai que vous n’avez pas l’air d’être d’ici. Et vous êtes resté en vie jusque là, ce qui me laisse espérer que vous pourrez vous échapper d’ici. Emmenez-moi avec vous !
Moi : Merci bien mais je ne mange pas de ce pain-là ! Par ailleurs, on se connaît à peine. Parlez-moi de vous.
L'inconnu : Je suis marié avec une femme dans le cadre d’un mariage strictement hétérosexuel et je désire ardemment ne pas m’ouvrir à de nouveaux horizons. J’étais journaliste pour la Gazette avant que celle-ci ne ferme pour des raisons économiques liés à la crise de fureur de la population ingrate. Après qu’ils se soient occupé de notre rédacteur en chef, ils se sont sentis suffisamment chauds pour venir nous rendre une visite de discourtoisie. Je suis le seul à avoir réussi à me cacher et je survis depuis lors comme je peux, grâce à l’apport énergétique que me procure la quantité de viande cuite qu’ils ont laissé, cloitré ici en ne sachant que faire. Vous arrivez à temps : ces trois derniers jours, la réserve de viande étant épuisée, je ne me nourris plus que des poils de ma barbe.
Moi : Ok, mais savez-vous précisément ce qu’il est advenu de votre rédac’chef ?
Le journaliste : Ben oui ! Euh non… Vous êtes de la famille ?
Moi : Vu que je pourrais soi-disant être de la famille de Mme Michu alors que franchement je ne vois pas comment, je pourrais tout aussi bien être de la sienne.
Le journaliste : Ah bon ? Dans ce cas, j’ai une bien mauvaise nouvelle à vous annoncer.
Moi : Non ? Mon Dieu ! Pas possible !
Le journaliste : Si !
Moi : J’y crois pas !
Le journaliste : Et encore, quand je vous l’aurai annoncée, ce sera encore plus surprenant !
Moi : Encore plus surprenant ? Ca m’étonnerait.
Le journaliste : Mais si ! Il en aurait fait la une de la Gazette s’il était toujours parmi nous !
Moi : Mais où est-il bon sang ! Qu’est-ce que ces cachotteries qu’on me fait ?
Le journaliste : J’ai peur de devoir vous annoncer que notre regretté rédacteur en chef n’est plus de ce Monde…
Moi : Trop fort ! Il a été enlevé par des extra-terrestres ! C’est bien lui qui avait raison ! Ils existent, ils se cachent et les révélations à leur sujet qu’il instillait tout au long de ses chroniques les ont amenés à vouloir le capturer ! Mais ne vous inquiétez pas, je vais le retrouver.
Le journaliste : Vous n’y êtes pas du tout, il est mort maintenant.
Moi : Taratata ! Ca m’étonnerait beaucoup, les extra-terrestres ont trop intérêt à conserver en vie certains spécimens afin de les étudier.
Le journaliste : Mais qu’est-ce que vous racontez ? Arrêtez avec vos petits hommes verts ! Le rédac chef est mort, je puis vous l’assurer, je l’ai vu se faire écharper de mes propres yeux.
Moi : Ha ha ! Vous vous êtes trahi ! Si ces extra-terrestres n’existent pas, comment sauriez-vous qu’ils sont petits et verts ? Je ne crois pas vous avoir donné cette information. Vous l’avez donc eu par un autre moyen. Je parie que vous êtes leur complice ! Quel pacte diabolique avez-vous signé avec eux pour en être arrivé là ?
Le journaliste : Bon, j’ai l’impression que ça signifie que je ne peux pas compter sur vous pour m’extraire du village ?
Moi : Au contraire, je vous somme de ne pas vous éloigner trop d’ici pendant tout le temps de l’enquête que je débute officiellement à partir de maintenant. Je reviens avec un mandat pour perquisitionner chez vous et y trouver des indices concernant le rapt dont je vous crois complice.

Sur ces paroles pleines d’à propos, je laissais ce pauvre diable qui avait perdu toute sa tête et sortis pour aller chercher du matériau pour construire ma propre soucoupe volante afin de partir à la poursuite des malfaiteurs d'un autre monde. Car le mandat de perquisition, comme on était dimanche, c'est sûr que le juge allait pas me le donner, surtout qu'on n'était pas sur le territoire américain et que je n'étais pas policier, maintenant que j'y repensais.

Enfin bref, j’avais un objectif ! Je dois dire que jusque là je m’inquiétais de la façon dont j’allais occuper mes journées au vu du peu d’activités que le village semblait offrir aux touristes. Passée la cérémonie de bienvenue, plus aucune réjouissance n’était prévue pour lui permettre de passer agréablement son séjour. Mais maintenant que j’avais une enquête intergalactique à mener, de nouvelles perspectives excitantes s’ouvraient à moi. Mais tout d’abord, il fallait que je m’attelle à la construction de ce vaisseau spatial qui me permettrait d’aller directement au contact des suspects plutôt que d’attendre qu’ils se manifestent d’eux-même, ce qui aurait rendu l’enquête aléatoirement longue. Pour ceci, plutôt que de concevoir un moyen de transport idéal dont la construction nécessiterait des matériaux indisponibles dans cette contrée reculée, je pris le parti de commencer à chercher ce que je pourrais récupérer ici pour me permettre de bricoler un engin qui quoi que certainement peu confortable et ne payant pas forcément de mine, suffirait à me déplacer rapidement d’un point de la galaxie à un autre. C’est alors que j’eus un éclair de génie.

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Eh, petit poisson trop mignon, exprime-toi, toi aussi. Ne laisse pas les autres décider à ta place.

Eh oui, plutôt que de chercher moi-même toutes sortes d’artefacts qui traîneraient dans la région, je me souvins que Dédé, le différent du village, avait entrepris de retrouver toutes sortes d’indices relatifs à la pyramide sacrée qui - maintenant nous le savons de façon certaine - émanait de la civilisation extra-terrestre qui s’était emparée d’un grand journaliste devenu trop gênant. Même après avoir été démobilisé, il avait continué ses pérégrinations et dû ramasser plein de trucs de toute sorte. Il accepterait certainement de me les échanger contre les cailloux qui m’avaient été offerts à mon arrivée. Il ne me restait plus qu’à le retrouver. Ce fut fait après un certain temps dans des circonstances un peu compliquées à expliquer dans la mesure où je n’ai pas eu l’inspiration pour inventer un truc intéressant et drôle à ce sujet. C’est donc grâce à une ellipse méta-narrative que je me retrouvai au pied de son arbre où il chantait. Quand je lui proposais l’échange dont je vous avais parlé, il me dit que sur le principe il n’y aurait vu aucun inconvénient mais que ce qu’il avait ramassé depuis ce temps n’était que des cailloux car effectivement il les trouvait très jolis mais que, du coup, l’échange que je proposais ne m’apporterait sans doute aucune satisfaction. D’autre part, les cailloux que j’avais sur moi étaient les siens et il se demandait comment ils étaient entrés en ma possession. Je lui expliquai les circonstances de cet état de fait. Il crut en ma bonne foi et en conclut que certains habitants étaient d’un sans gêne qui frisait le manque d’égard et que, s’ils voulaient offrir des cadeaux, ils n’avaient qu’à aller les ramasser eux-mêmes. Devant ma mine déconfite, il s’inquiéta de mon moral. Au bord des larmes, je lui dis qu'il m'apparaissait que non seulement je n’obtiendrais pas ce qu’il fallait pour construire ma soucoupe mais aussi que j’avais perdu ma collection de jolis cailloux. Il compatit car, malgré sa grande joie d’avoir récupéré son trésor, il se souvenait de la peine que lui avait infligé sa disparition. C’est alors qu’il s’exclama qu’il avait la solution à mon problème puisqu’il avait carrément trouvé une soucoupe déjà construite lors d’une de ses différentes missions top secrètes, tellement secrètes que c’était lui seul qui s’était discrètement envoyé en mission et qu’il ne se souvenais même pas de toutes. Je n’en croyais aucun de mes organes sensibles ! Je l’interrogeai sur l’endroit où on pouvait la trouver. Il me répondit qu’il l’avait rangé dans son placard à vaisselle avec les tasses. Je m’assis par terre pour digérer la nouvelle.

Tout ces changements soudains de perspectives m’avaient épuisé et je n’avais plus la force d’avoir les sentiments qui m’auraient poussé à lui manquer de respect physiquement. D’un ton las, je lui précisais qu’il s’agissait d’une soucoupe volante et ce à quoi ça devait me servir. Il compris sa méprise mais ne s’en inquiéta pas car il pensait que tout pouvait s’arranger dans la vie du moment qu’on y mettait du sien :

Dédé : Il faut partir de la situation qu’on a déjà une soucoupe même si elle n’est pas adéquate. Pour la faire voler, il suffirait qu’on la lance, non ?
Moi : Mais elle est beaucoup trop petite ! Et en plus, pour qu’un voyageur puisse survivre dans l’espace, il faudrait qu’elle soit recouverte pour le protéger du vide intersidéral !
Dédé : Pour la couverture, il suffit de poser une tasse renversée sur la soucoupe. Pour maintenir la cohésion de l’ensemble, un peu de colle suffirait.
Moi : Oui mais je ne pourrais jamais rentrer dedans, c’est minuscule !
Dédé : Allons, tu as l’esprit trop négatif. Pour résoudre un problème, il suffit bien souvent de renverser les perspectives. Ce n’est peut-être pas la soucoupe qui est trop petite, c’est toi qui est trop grand !
Moi : Ah ? Et t’as une idée pour me rapetisser ?
Dédé : Non, mais il me semble que j’ai déjà fait la moitié du chemin donc ça serait bien que tu commences toi aussi à y mettre du tien. Après tout, c’est toi que ça regarde.
Moi : Ah bien merci. Pour une aide comme ça, j’aurais tout aussi bien pu me débrouiller tout seul !
Dédé : Bon ben puisque c’est comme ça, ma soucoupe, je la garde !

Avant que j’ai pu l’arrêter, il me tourna le dos et remonta dans son arbre. J’eus beau m’excuser et le supplier de revenir, il m’ignora. J’eus bien l’idée de grimper moi aussi mais il y aurait eu violation de propriété. Il me fallut me résoudre à me passer de ses précieux services. Allons, il ne fallait pas se décourager, cette chienne de vie m’en avait déjà fait voir de toutes les couleurs mais ces épreuves m’avaient fortifié et pourvu de ressources physiques, spirituelles et morales propres à me tirer de toutes les situations et à atteindre mes objectifs, quels qu’ils soient !

En fait, à la réflexion, c’était vraiment débile de vouloir construire un vaisseau spatial. Non, la solution la plus raisonnable était de concevoir un téléporteur miniature. Eh oui, qu’il soit miniature ferait qu’il ne nécessiterait que des matériaux en très faibles quantité, ce qui était parfaitement adéquat au contexte de pénurie que constituait mon environnement immédiat. En l’absence apparent d’uranium, je ne pouvais bénéficier de la technologie nucléaire, il me fallait donc me rabattre sur une énergie éolienne. Finalement, j’avais été bien bête de penser que j’aurais besoin de cet orgueilleux de Dédé. Sans ce poids mort, j’irais plus vite.

Je passais les jours suivants à explorer les bois pour y trouver ce dont j’avais besoin.

[modifier] Jour 3

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Mon premier prototype de téléporteur ne marchait pas. Mais il m'a permis de rafistoler quelques vêtements que j'avais accroché dans des ronces.

[modifier] Jour 4

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Mon deuxième prototype fonctionnait très bien. Je ne vous dis pas où je suis allé, ouh la la. En fait, je ne vous le dis pas parce que je ne sais pas où c'était. Je n'ai pas demandé aux habitants, je n'ai pas eu le temps : dès qu'ils m'ont vu, ils ont essayé de me manger alors je suis vite reparti.

[modifier] Jour 5

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Après ma mésaventure de la veille, je n'avais plus envie d'aller le chercher, l'autre abruti. D'autant plus que j'ai rencontré Brigitte...

[modifier] Jour 6

Eh, ne comptez pas sur moi pour vous raconter ce que j'ai fait avec Brigitte. Je suis un gentleman. Quelle salope, en tout cas !

[modifier] Jour 7

Entre Brigitte et moi, ça ne pouvait pas durer. C'est ce qu'elle m'a dit. Mais, honnêtement, "éjaculateur précoce", je trouve ça exagéré. C'est pas la durée qui compte, c'est les sentiments qu'on y met.

Je t'ai tout donné, Brigitte, alors pourquoi ? Ok, c'est parti un peu vite mais je pensais à Gertrude. Quelle salope elle aussi ! Allez quoi, Brigitte, ma Bribri d'amour, ma cochonnette ! Tu ne peux pas abandonner ton doudou, l'amour de ta vie. Je te promets que la prochaine fois je penserai à quelqu'un d'autre. Raymonde, par exemple. Cella-là, elle était vraiment moche (mais une sacré salope quand même) ! Aucun risque de défaillance, donc.

Bon, je vais pas passer ma journée devant ta porte ! Soit tu ouvres, soit tu ouvres maintenant ! Ou alors tu me donnes la clef et je m'en charge moi-même. Bon, tu l'auras voulu, je passe par la cheminée.

[modifier] Jour 8

En fait, Brigitte avait le chauffage hydro-électrique grâce au ruisseau qui passait derrière sa maison. Quand je me suis réveillé, le soleil était déjà haut dans le ciel. Brigitte était partie certainement depuis longtemps, me laissant à mon triste sort d'amoureux éconduit sans avoir même eu l'occasion d'emprunter le passage arrière du propriétaire. Je décidai de mettre fin à mes jours de vacances à Moncert.

Mes rapports à mes chefs n'allaient pas être facile à rédiger, vu que je parlais très mal l'américain. Je leur raconterai que l'objectif de ma mission était devenu caduc du fait du décès de la cible à extraire. Ils goberaient sûrement.


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