Rat des villes

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Sujet de bac S, épreuve anticipée de Français 2020

Vous ferez le commentaire composé du poème Rat des Villes en vous demandant par exemple comment le narrateur cherche à se démarquer de ses contemporains.


J'regarde sur ma gauche, R.A.S.

Et sur ma droite, des chiens d'la casse tenus en laisse

Ils se disent, il a du pèze, il faut qu'on lui enlève

Les mecs, cherchez du bizzness, arrêtez d'être en hass

Les ennemis de mes amis n'sont pas mes amis, no

Ouvre la bouche, pose ton front sur mes abdominaux

C'n'est pas qu'j'n'aime pas me mélanger, mais disons

Simplement qu'les aigles ne volent pas avec les pigeons

J'suis arrivé par l'ba-teau, mon peuple a subi sévère

Mes négros n'ont les idées claires, qu'avec des billets verts

Y'a pas qu'le pe-ra dans la vie, tu rappes à en devenir débile

Une pensée pour les rappeurs disparus comme Siudi Sefil

Mi-gorille, mi-lion, 100% rat des villes

La beurette là-bas m'trouve mignon, elle porte des bas résille

J'ai goûté tous les cocktails, à part celui de Russie

J'affiche ma réussite, j'parcours le monde, ses chambres d'hôtel


On rentre dans le club, la musique est bonne

Les négros sont frais, on dirait qu'on pèse des tonnes

Je marche sur le sol, le bitume s'allume

On dit bonjour à tout l'monde, shalom, salaam, salut

Tu fais la 2, tu fais la 3, je fais la une

Tu fais le loup, le chien, tu a-boies, je fais la lune

Tu fais la rousse, la blonde et la brune

On connaît pas la loose, négro, nous, on fait la thune


On rentre dans l'club pour tout niquer, je sais pas c'que t'en penses

Ramène pas ton équipe de trans sur la piste de danse

Les keufs m'ont à l'oeil, j'hésite à transporter mon gun

Alors j'commande bouteille de Jack pour mieux t'éclater la gueule

J'rappe comme une ma-chine, j'le vis, tu imagines

Leurs putes font ma lessive, les rimes fusent comme des missiles

J'regarde dans mon rétro, pas un négro dans mon sillon

J'me fais chier dans ce rap game, j'suis seul avec mes millions

Océan Arctique, ours polaire en pleins travaux pra-tiques

Izi charismatique, le moove caresse ma trique

Rappeurs comme moi ? Jamais vu, comme le mollah Omar

Connu chez les Shtar, reconnu jusque dans le coin Roma


On rentre dans le club, la musique est bonne

Les négros sont frais, on dirait qu'on pèse des tonnes

Je marche sur le sol, le bitume s'allume

On dit bonjour à tout l'monde, shalom, salaam, salut

Tu fais la 2, tu fais la 3, je fais la une

Tu fais le loup, le chien, tu a-boies, je fais la lune

Tu fais la rousse, la blonde et la brune

On connaît pas la loose, négro, nous, on fait la thune


Agresse ton boss pour augmentation, viens à ma table

Armé, bien habillé, la réglementation

On vient du bled, sale bâ-tard, pas du terroir

Tu s'ras rebeu et black avec un oeil au beurre noir

Si tu veux pas t'faire enculer, ne me donne pas tes fesses

Les fans m'imitent, les condés sur-veillent mes faits et gestes

Mais moi, j'suis dans le club, avec Yahia, Mazalaza

Tu jettes des cailloux sur scène, serais-tu d'la bande de Gaza ?

Méfie-toi de mon coup d'boule, négro, de la droite de Braza

Rejoins le prince de la ville, poupée, à l'hôtel Plaza

Je dribble, te la mets au fond, comme Shev-chen-ko

Je suis fresh for life, sorti d'chez Boulbi and Co


On rentre dans le club, la musique est bonne

Les négros sont frais, on dirait qu'on pèse des tonnes

Je marche sur le sol, le bitume s'allume

On dit bonjour à tout l'monde, shalom, salaam, salut

Tu fais la 2, tu fais la 3, je fais la une

Tu fais le loup, le chien, tu a-boies, je fais la lune

Tu fais la rousse, la blonde et la brune

On connaît pas la loose, négro, nous, on fait la thune

                                 Rat des Villes, Booba, 2009


[modifier] Introduction

Booba a toujours cherché à se différencier des autres dans tous les domaines, notamment de par son surnom atypique qui n'a aucun rapport avec son vrai nom ou d'autre part dans ses chansons où il présente les aspects les plus triviaux de la vie. On peut donc se demander en quoi ce texte est caractéristique de la plume de Booba. Pour ce faire, nous allons tout d'abord montrer que nous avons affaire à une scène en apparence banale. Ensuite, nous allons montrer que c'est une scène où le narrateur se met en avant. Enfin, nous allons étudier en quoi cette scène conduit à une redéfinition de la poésie moderne.


[modifier] Une scène en apparence banale

[modifier] car c'est une scène de la vie quotidienne

En premier lieu, cette scène est en apparence banale car c'est une scène de la vie quotidienne. En effet, elle se passe entièrement en boîte de nuit, qui est un endroit fort habituel dans la vie d'un paisible citoyen. De plus, le fameux Jack Daniel's, boisson n°1 en France et élément de toute chanson de Booba (citons ici le célèbre "Tu cherches ma table, c'est celle où y'a l'plus de Jack") est présent : allusions à une "bouteille de Jack". Rien dans cette scène ne détonne par rapport à l'univers boobaïen : on retrouve notamment beaucoup de figures féminines "La beurette", "poupée", "la rousse", "la blonde", "la brune". Enfin, un autre aspect de la vie courante est évoqué par l'évocation de la "lessive", qui fait partie intégrante du quotidien d'un citoyen moyen. Bon, certes ici, ce n'est pas lui qui la fait.

[modifier] car c'est une scène quasi familiale

En deuxième lieu, cette scène est en apparence banale car dans cette scène, Booba semble dans un cercle de confiance quasi familial. En effet, il est avec Mala et Bram's ("Mais moi j'suis dans le club, avec Yahia, Mazalaza"), avec qui il traîne depuis des années, et il fait allusions à ses "négros". De plus, il semble connaître tout le monde dans cette boîte de nuit car il "dit bonjour à tout l'monde, shalom, salaam, salut". Cette phrase contribue à le grandir puisqu'elle montre qu'il est polyglotte (mais nous verrons ça plus tard).

[modifier] car c'est une scène présentant les aspects triviaux de la vie : en clair, une scène de cul

En troisième lieu, nous pouvons dire que cette scène est en apparence banale car elle évoque les aspects les plus crus et les plus triviaux de l'existence. Tout d'abord par la présence de "trans", puis avec des allusions implicites à la sodomie ("Si tu veux pas te faire enculer, ne me donne pas tes fesses") ou à la fellation ("Ouvre la bouche, pose ton front sur mes abdominaux"). Les "bas résilles" portés par l'admiratrice de Booba sont un symbole supplémentaire de la débauche régnante. Et selon Booba, le moove lui "caresse [la] trique". Cette belle activité est présentée extrêmement crûment car elle est décrite comme des "travaux pra-tiques".


[modifier] Une scène où le narrateur se met en avant

[modifier] car il rabaisse ses ennemis

En effet, dans cette scène, Booba rabaisse ses ennemis plus bas que terre. Il commence à la ligne 2 par les présenter comme "des chiens d'la casse tenus en laisse", puis effectue une sorte de syllogisme que n'aurait pas renié Descartes : "Les ennemis de mes amis n'sont pas mes amis, no". De plus, on cherche clairement à copier Booba car selon lui, "les fans [l]'imitent".

[modifier] car il s'élève par rapport à eux

Cette partie est un peu la foire à tout de ce commentaire, étant donné que chaque phrase ou presque sert à se vanter. Booba commence par raconter un peu partout qu'il est riche, vu qu'il "parcourt le monde", va dans des "chambres d'hôtels", est "seul avec [ses] millions", etc. De plus, il se présente comme trop haut pour le rap actuel ("J'me fais chier dans ce rap game"), se dit beau ("La beurette là-bas m'trouve mignon") en faisant intervenir des personnages extérieurs pour ne pas avoir l'air de se vanter. Booba a également des gens qui lui sont dévoués ("Leurs putes font ma lessive", qui est rappelé dans un album ultérieur par le célèbre "J'fous rien, j'm'en bats les couilles, une Colombienne fait ma vaisselle"). L'expression "Izi charismatique" montre quant à elle que le narrateur, qui par ailleurs se compare à Shevchenko (excusez du peu) n'est pas n'importe qui. De plus, il est polyglotte ("On dit bonjour à tout l'monde, shalom, salaam, salut"), ce qui est le nec plus ultra de la bogossitude.

[modifier] car il montre qu'il est unique

Eh oui, dans cette scène, le narrateur montre qu'il est unique. Tout d'abord par sa mentalité car il "rentre dans l'club pour tout niquer". Ensuite, la phrase "Rappeurs comme moi, jamais vu, comme le mollah Omar" montre qu'il est unique, car tout le monde sait combien ce bon vieil Omar est planqué. Booba se présente comme inégalable car il dit que ses fans l'imitent, signe qu'ils ne peuvent pas faire mieux que de l'imiter pour se rapprocher de son niveau. Enfin, Booba se présente comme unique du point de vue de sa biologie bizarre : "Mi-gorille, mi-lion, 100% rat des villes" nous invite à nous demander s'il est vraiment humain.

Transition : cette dernière question nous incite à nous demander quelle est la redéfinition de la poésie moderne intrinsèque à ce texte.


[modifier] Une redéfinition de la poésie moderne

[modifier] car c'est une poésie déshumanisée

La poésie moderne semble ici se suffire à elle-même sans avoir besoin d'un poète humain pour la faire vivre. En effet, Booba prouve par sa biologie bizarre qu'il n'est pas humain (voir II, 3). Il dit lui-même qu'il "rappe comme une ma-chine", ce qui accentue la déshumanisation de la poésie : on est à des années-lumière-volt-newton-coulomb-tesla-joule-becquerel-candela-ampère-mètre-mole-watts par seconde² des conneries platoniciennes du souffle créateur qui possède le poète et tout ça. La phrase "Les rimes fusent comme des missiles" montre de plus que la poésie est incontrôlable et échappe à toute tentative de contrôle de la part des humains.

[modifier] car c'est une poésie inspirée par le malheur

Eh oui, Booba le narrateur est malheureux : "J'suis arrivé par l'bateau, mon peuple a subi sévère" montre que la vie de Booba n'a pas toujours été rose. De plus, Booba a galéré sévère dans sa vie. La phrase "J'suis seul avec mes millions" montre la solitude du héros, tandis que "J'parcours le monde, ses chambres d'hôtel" fait allusions à ces longues nuits chiantes dans une chambre à 3000€ la nuit et sans même une personne pour vivre ça à deux. Quand on sait que Booba est un romantique désespéré (voir Pourvu qu'elle m'aime pour assister à une belle leçon de lyrisme qui ferait pâlir Don Juan), on comprend mieux cette tristesse d'être seul, tristesse qu'il essaye d'apaiser en n'étant plus seul ("Rejoins le prince de la ville, poupée, à l'hôtel Plaza")

[modifier] car c'est une poésie de la poésie (et ça ça claque bien)

Dans ce texte, la poésie semble ne s'inspirer que de la poésie, ce qui lui confère une circularité, une plénitude ontologique et toutes sortes de conneries qu'on apprend en cours de français. Le Jack peut faire penser à la brûlure purificatrice par l'alcool dans l'oeuvre d'Apollinaire (encore une référence). Néanmoins, l'expression qui suit : "pour mieux t'éclater la gueule" rappelle le concert Urban Peace où Booba a chanté 10 secondes avant de balancer dans le public une bouteille de ce même whisky qu'on ne nommera pas ici. Et paf, encore une inspiration venue de la poésie.

[modifier] Conclusion

Il n'y en a pas, le devoir se suffisant à lui-même. Néanmoins, cette distance que met Booba entre lui et son auditoire peut faire penser au "Tu m'as vu à la télé, amis je n'suis pas ton ami". Ou bien au "Je viens de là où tu ne peux pas aller". Ou alors au "J'suis helmi, j'effleure le ciel, tu touches le RMI". Ou encore au "J'te souhaite la mort sans aucun souci, joue pas les gros bras". Et tout ça dans le même couplet.


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