Mythologie basque

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Le PanthĂ©on basque par Alberto Mantegna, au MusĂ©e Basque de Bayonne. A droite, Odei et son poney pottok Ă  six pattes ; au centre les Jumeaux dansants de Hendaye Biper Gorria et Ardo Gorria ; en haut, Mari et Sugaar ; et Ă  gauche, Monsieur Etchemendy, tout content d’ĂȘtre sur la photo.
Le PanthĂ©on basque par Alberto Mantegna, au MusĂ©e Basque de Bayonne. A droite, Odei et son poney pottok Ă  six pattes ; au centre les Jumeaux dansants de Hendaye Biper Gorria et Ardo Gorria ; en haut, Mari et Sugaar ; et Ă  gauche, Monsieur Etchemendy, tout content d’ĂȘtre sur la photo.

La mythologie basque est l’ensemble des croyances actuelles ou passĂ©es des peuples pyrĂ©nĂ©ens portant un bĂ©ret basque sur le sommet du crĂąne. Les populations dites basques ou euskariennes se distinguent par un particularisme gĂ©nĂ©tique dit « bug basque Â», apparu dans l’ADN humain il y a 20000 ans du cĂŽtĂ© de Saint-Jean-Pied-de-Port, et qui se signale par l’inversion des hĂ©misphĂšres droit et gauche du cerveau.

IndĂ©tectable par l’imagerie Ă  rĂ©sonance magnĂ©tique (IRM), essentiellement Ă  cause du port du bĂ©ret, le « particularisme basque Â» se manifeste par le fait que le Basque pense en sens inverse de la normale, pour ne pas dire de travers : il compte sur les vingt doigts de ses mains, estime que la femme est l’égale de l’homme, fait oui de la tĂȘte pour signifier non (et vice-versa), hisse sur les territoires espagnol et français une sorte de drapeau anglais pour daltoniens, parvient Ă  digĂ©rer le vin d’Irouleguy et compose ses phrases Ă  l’envers.

Comprendre en profondeur la mythologie basque nĂ©cessite avant toute chose d’intĂ©grer ces caractĂ©ristiques trĂšs singuliĂšres issues du « bug basque Â».

Sommaire

[modifier] Naissance de la mythologie basque

La mythologie basque a Ă©tĂ© dĂ©couverte dans les annĂ©es 30 du XXĂšme siĂšcle par le bon pĂšre JosĂ© Miguel BarandiarĂĄn. Avant lui, personne ne savait qu’elle existait. Quelques chercheurs avaient bien recueilli au siĂšcle prĂ©cĂ©dent une dizaine de contes de bonnes femmes mais, selon Wentworth Webster, « on reconnaĂźt dans les ĂȘtres des contes basques le petit peuple de fĂ©erie irlandais Â» ; selon le breton Paul SĂ©billot « le folk-lore basque trouve ses sources dans la toujours vivace mythologie arthurienne Â» ; selon le lituanien Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz « nous retrouvons les Laumes lituaniennes dans le folklore basque Â» ; selon le philologue suisse Hans-Rudolf ZĂŒllnerzĂŒlberkrĂŒzli : « Ă§a me rappelle les nains de jardin de mon Valais natal Â».

[modifier] L’apport capital de JosĂ© Miguel BarandiarĂĄn

Un exemple du « bug basque Â» : le PanthĂ©on basque Ă©tabli par BarandiarĂĄn. Mari, mĂšre et Ă©pouse de Sugoi/Sugaar, est donc sa propre belle-fille, belle-mĂšre, petite-fille, grand-mĂšre, etc. mais elle est aussi sa tante, sa niĂšce, sa grand-tante, sa grand-niĂšce, etc. Ă  travers le mariage avec son beau-fils et petit-cousin Basa Jaun.
Un exemple du « bug basque Â» : le PanthĂ©on basque Ă©tabli par BarandiarĂĄn. Mari, mĂšre et Ă©pouse de Sugoi/Sugaar, est donc sa propre belle-fille, belle-mĂšre, petite-fille, grand-mĂšre, etc. mais elle est aussi sa tante, sa niĂšce, sa grand-tante, sa grand-niĂšce, etc. Ă  travers le mariage avec son beau-fils et petit-cousin Basa Jaun.

C’est pourquoi la surprise fut immense lorsque le pĂšre JosĂ© Miguel BarandiarĂĄn parvĂźnt Ă  dĂ©montrer, grĂące Ă  de nombreux recoupements, l’existence d’une mythologie basque trĂšs ancienne dominĂ©e par la figure numineuse d’une puissante dĂ©esse de la nature, Mari, se dĂ©duisant non seulement du « bug basque Â» au PalĂ©olithique supĂ©rieur, mais de la prééminence Ă  l’époque actuelle de la racine *mar- dans les prĂ©noms fĂ©minins basques comme Marie, Maria, Mayana, Mayi ou mĂȘme Madi, dans des toponymes comme Oloron Sainte-Marie (ou, plus subtilement, Saint-Martin-d'Arberoue et Saint-Martin-d'Arrossa) voire dans le nom de la mairesse de Saint-Jean-de-Luz MichĂšle Alliot-Marie.

[modifier] L’expĂ©dition de 1991 dans la forĂȘt d’Iraty

En 1990, sommĂ© par une cabale scientifique bĂ©arnaise d’appuyer ses thĂ©ories sur des faits concrets, le patriarche de la culture basque, alors ĂągĂ© de 101 ans mais toujours vigoureux gaillard, prĂ©pare une expĂ©dition dans la forĂȘt d’Iraty oĂč il espĂšre dĂ©couvrir les preuves de ses dires. Il constitue une Ă©quipe avec le soutien financier de l’Euskal Herriko Unibertsitatea et de la fromagerie Ossau-Iraty. Un premier repĂ©rage lui permet de dĂ©terminer les meilleures conditions pour pĂ©nĂ©trer la forĂȘt depuis Lecumberry. En 1991, l'expĂ©dition principale s'Ă©lance et parvient Ă  s’enfoncer d’environ 3 kilomĂštres 500 sous la hĂȘtraie. HĂ©las, on n’entendra plus jamais parler de ses membres.

[modifier] Développements ultérieurs de la mythologie basque

Par la suite, plusieurs ethnologues spĂ©cialistes de la mythologie basque comme l’amĂ©ricaine Mary-Ann Humbug-Cobblers, l’amĂ©ricaine Mariah Tara Diddle ou encore l’amĂ©ricaine Mareen Frills-Bilgewater, firent de nombreuses et intĂ©ressantes trouvailles sur le rĂŽle prĂ©pondĂ©rant de la femme dans la sociĂ©tĂ© basque depuis l’AntiquitĂ© Ă  nos jours et contribuĂšrent Ă  Ă©toffer la gĂ©nĂ©alogie de la dĂ©esse Mari et des divinitĂ©s fĂ©minines secondaires de la mythologie euskarienne, en particulier en s’intĂ©ressant au rĂŽle prĂ©pondĂ©rant de la Reine GueniĂšvre ou de la Dame du Lac.

Mais malheureusement rien n’avait encore permis d’étayer leurs hypothĂšses
 jusqu’aux extraordinaires dĂ©couvertes sur le terrain, en 2004, de l’ethnologue amĂ©ricaine Mary Margot Trifle-Baloney !

[modifier] Les découvertes de Mary Margot Trifle-Baloney

Mary Margot Trifle-Baloney, professeur-assistant de littĂ©rature mĂ©diĂ©vale amĂ©ricaine Ă  l’UniversitĂ© de Balderdash dans l’Idaho, reçut en Novembre 2002 une lettre de sa collĂšgue et amie Maria Escobar Diaz Temor de la Cruz y BarandiarĂĄn, professeur d’euskara Ă  l’UniversitĂ© du Pays basque de Bilbao et petite-niĂšce du fameux anthropologue, lui faisant part de nouvelles inĂ©dites


Un chercheur de champignons dans la forĂȘt d’Iraty avait dĂ©couvert quelques vestiges de l’expĂ©dition de 1991, en particulier le bĂ©ret de son grand-oncle. Cette trouvaille fut Ă  l’origine de la nouvelle expĂ©dition Trifle-Baloney de 2004 (l’expĂ©dition projetĂ©e en 2003 ayant due ĂȘtre reportĂ©e d’un an Ă  cause d’une turista aiguĂ« qu’avait contractĂ© l’exploratrice pour avoir consommĂ© des piments d’Espelette).

[modifier] L’expĂ©dition Trifle-Baloney de Juin 2004

Pour le reste de cet exposĂ©, nous nous fonderons essentiellement sur des extraits du carnet de voyage de Mary Margot Trifle-Baloney, publiĂ© en Juin 2006 aux presses de l’UniversitĂ© du Pays basque sous le titre Nuvoko mondeak Idahoko citoieneak euskaldunaborijeneko revelazionak, Anbotoko Zuriak Diviniteko Grandeak[1], traduit lors de l’édition française en La Grande DĂ©esse Blanche d’Anboto, rĂ©vĂ©lations des AborigĂšnes Basques au citoyen de l’Idaho pour un monde nouveau.

L’expĂ©dition dĂ©marre dans une ambiance d’enthousiasme et d’acclimatation au « bug basque Â». DĂšs les dĂ©buts, Mary Margot Trifle-Baloney semble dĂ©jĂ  pressentir avec une intuition toute fĂ©minine les rĂ©vĂ©lations importantes que lui rĂ©serve son Ă©quipĂ©e :

« Au printemps 2004, enfin libĂ©rĂ©e de mes obligations professorales, je dĂ©cidais de consacrer toutes mes forces Ă  mon expĂ©dition dans cette mystĂ©rieuse forĂȘt d’Iraty, source de tant de secrets que le pĂšre BarandiarĂĄn avait peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  dĂ©couverts. N’était-ce pas l’inspiration de Mari, la Grande DĂ©esse Blanche d’Anboto, que je ressentais lĂ  et qui me poussait Ă  sortir des sentiers battus pour m’aventurer dans cet inconnu pĂ©rilleux qui allait bouleverser ma vie ? Je songeais parfois avec une affreuse inquiĂ©tude au sinistre bouc noir des sorciĂšres basques que dĂ©crivait le cruel inquisiteur De Lancre dans son Tableau de l’Inconstance des DĂ©mons. Qu’allais-je rencontrer dans ma quĂȘte ? Etais-je bien sĂ»re de ce que je faisais ? Â»

[modifier] Une retraite mystique à l’hîtel Loustau, prùs de la gare

Vous aussi, apprenez facilement le basque pour les nuls grñce à l’ouvrage Apprendre le basque pour les Nuls.
Vous aussi, apprenez facilement le basque pour les nuls grñce à l’ouvrage Apprendre le basque pour les Nuls.

A peine arrivĂ©e Ă  Bayonne, Mary Margot est de nouveau victime d’une violente turista pour ne pas avoir su traduire la carte du restaurant ni dĂ©tecter la prĂ©sence de piments d’Espelette dans la pipĂ©rade. C’est l’occasion pour elle d’une illumination quasi-mystique :

« Mon ventre me fait atrocement souffrir, d’autant que mon inflammation s’est doublĂ©e d’une cystite. Vais-je devoir abandonner ? Non, je ne peux renoncer si prĂšs du but ! Tout cela semble un rite de passage voulu par Mari d’Anboto, pour me libĂ©rer de mes fautes et de mes impuretĂ©s et ĂȘtre digne de l’approcher, elle la Grande DĂ©esse MĂšre. Â»

Durant sa « retraite mystique forcĂ©e Â» Ă  l’hĂŽtel Loustau, qu’elle consacrera Ă  la mĂ©ditation et au nettoyage de ses sous-vĂȘtements, Mary Margot comprend peu Ă  peu que son expĂ©dition est un « parcours initiatique Â» qu’elle devra accomplir seule. Elle prend congĂ© de Maria Escobar – malgrĂ© les doutes que celle-ci peut Ă©mettre sur les talents linguistiques de Mary Margot – et dĂ©cide de passer sa semaine de convalescence Ă  apprendre le basque.

« Finalement, la langue basque n’est pas si compliquĂ©e que me l’assurait Maria Escobar. Il suffit d’ajouter des –ko et des –ak Ă  la fin des mots et de mettre la phrase Ă  l’envers. Parfois c’est le mot entier qu’il faut intervertir, comme pour : basque qui donne eusqab, puis euskal. Il y a quelques exceptions Ă  connaĂźtre absolument, comme piment d’Espelette qui se dit Ezpeletako biper gorria. J’éprouve quelque fiertĂ© Ă  me dire qu’aujourd’hui : euskaleko parlerak saisko jeak[2] ! Peut-ĂȘtre faut-il voir lĂ  un petit coup de pouce de ma chĂšre Mari ? Â»

[modifier] A la recherche de la Déesse Perdue

Finalement, partie de Bayonne le 11 juin 2004, grĂące Ă  l’aide de son manuel « Apprendre le basque en dix leçons Â» l’ethnologue amĂ©ricaine parvient Ă  rejoindre Lecumberry le 21[3]. Les aborigĂšnes basques donnent une fĂȘte en l’honneur de l’arrivĂ©e de l’exploratrice.

[modifier] Les mystĂšres de Lecumberry

AborigĂšnes basques lors d’un rite de propitiation Ă  la DĂ©esse Mari.
AborigĂšnes basques lors d’un rite de propitiation Ă  la DĂ©esse Mari.

« Les natifs font tournoyer des pierres Ă©normes sur leurs Ă©paules nues. Ceux qui portent des coiffes de plumes vivement colorĂ©es effectuent des bonds sauvages au son des tambourins propitiatoires. Dans ces contrĂ©es reculĂ©es, situĂ©es Ă  dix jours de route de toute civilisation, vivent des hommes sains et Ă©quilibrĂ©s dont la musculature puissante et souple, parfaitement adaptĂ©e Ă  leur mode de vie en accord avec la nature, Ă©voque celle des grands fĂ©lins des PyrĂ©nĂ©es. Tels sont les aborigĂšnes basques au pied des montagnes sacrĂ©es d’Iraty, le jour de l’équinoxe d’étĂ©. Â»

[modifier] La malĂ©diction d’Akerbeltza

CĂ©lĂ©bration mystique de l’Irulegiko ardoa Ă  Lecumberry (ou Mendive ? ou Larrau ?).
CĂ©lĂ©bration mystique de l’Irulegiko ardoa Ă  Lecumberry (ou Mendive ? ou Larrau ?).
Apparitions d’esprits Oiseaux-tonnerre lors de la cĂ©rĂ©monie rituelle.
Apparitions d’esprits Oiseaux-tonnerre lors de la cĂ©rĂ©monie rituelle.

Toutefois, malgrĂ© sa remarquable connaissance du Basque, Mary Margot ne parvient pas Ă  se renseigner auprĂšs des aborigĂšnes sur le destin de la prĂ©cĂ©dente expĂ©dition (« ezpedizionako prezedentoak Â») ni sur la dĂ©esse Mari. Son intuition fĂ©minine lui souffle que quelque chose d’important se prĂ©pare :

« On m’offre Ă  plusieurs reprises l’Irulegiko ardoa, un jus de raisin aux vertus thĂ©rapeutiques. Les jeunes aborigĂšnes me font partager leurs longues cigarettes roulĂ©es de tabac rituel. Peu Ă  peu la nuit tombe. Les mĂ©lopĂ©es extatiques et le tam-tam incessant des tambourins me plongent dans une transe primitive. La tĂȘte me tourne. Je sens la foule frĂ©nĂ©tique me porter vers un grand feu de joie devant lequel se tortillent des silhouettes obscĂšnes. Et si les faits rapportĂ©s fidĂšlement par De Lancre se perpĂ©tuaient encore de nos jours ?

Ma vue se trouble, mes jambes se dĂ©robent sous moi. Soudain, je Le vois ! Horreur, Ses yeux jaunes flamboyants me fixent de leur prunelle horizontale. C’est Lui, c’est Akerbeltza, le Bouc Noir des sabbats ! Je me dĂ©bats, j’essaie d’échapper aux mains viriles et rugueuses qui m’entraĂźnent vers le bĂ»cher sacrificiel. DĂ©esse Mari, aidez-moi ! Â»

[modifier] Basa Jaun, le Seigneur des Sylves Obscures

Par chance, Mary Margot est sauvĂ©e d’une mort atroce par le Basa Jaun, l’Homme Sauvage :

« Sa stature Ă©norme, sa carrure et sa pilositĂ© d’ours des PyrĂ©nĂ©es, son front bas, obtus, fermĂ© par des sourcils Ă©pais et bestiaux rappelaient les gorilles des jungles amazoniennes. Je me sentais en sĂ©curitĂ© contre son torse musculeux et velu. Oui, c’était Basa Jaun, le Seigneur des Sylves Profondes, le mĂ©diateur magique entre le peuple basque et la Grande DĂ©esse Mari de la forĂȘt d’Iraty. Dans ses bras puissants, Basa Jaun me porta vers ma tente
 Â»

Le lendemain, l’ethnologue se rĂ©veille saine et sauve dans sa tente canadienne. L’esprit plus serein, elle parvient Ă  Ă©tablir un rapport d’ordre structural entre la boisson « ardo beltza Â» et Akerbeltza : « Ardo beltza, la boisson rouge du dieu Irouleguy, symbolise le sang du bouc Ă©missaire que l’on sacrifiait Ă  la Grande DĂ©esse dont le nom, jamais prononcĂ© par les participants aux rites, Ă©tait tenu secret Â».

[modifier] Plongée au coeur des profondeurs sauvages

La brume envahit la forĂȘt primaire, rendant la progression de l’expĂ©dition difficile.
La brume envahit la forĂȘt primaire, rendant la progression de l’expĂ©dition difficile.

Enfin le 23 juin, aprĂšs s’ĂȘtre fait indiquer la direction de la forĂȘt par le Basa Jaun qui lui « adresse un clin d’Ɠil complice et de bon augure Â», Mary Margot Trifle-Baloney prend congĂ© de la population locale. Elle a pris soin d’emporter dans son sac Ă  dos une dizaine de tranches de jambon de Bayonne sous cellophane, trois bouteilles de jus de raisin « Irulegiko ardo beltza Â» AOC, un tube d’aspirine contre d’étranges maux de tĂȘte persistants et deux boĂźtes de Smecta.

Une brume Ă©paisse envahit les contreforts des collines, un crachin dense et ininterrompu noie les futaies d’Iraty. Mary Margot Trifle-Baloney s’adonne avec l’enthousiasme du dĂ©butant aux joies de la navigation Ă  la boussole et du dĂ©chiffrage des cartes IGN[4]. C’est le dĂ©but d’une incroyable aventure humaine oĂč l’ethnologue amĂ©ricaine se retrouve confrontĂ©e aux forces de la Nature et dĂ©couvre la puissance de son instinct de survie.

[modifier] Into the wild of the emerald forest

Afin d’illustrer cette transition capitale dans l’évolution de l’expĂ©dition Trifle-Baloney, nous nous permettrons ici d’emprunter textuellement au chapitre intitulĂ© « Into the wild of the emerald forest Â» :

« 27 juin : mes cartes trempĂ©es ressemblaient Ă  du papier mĂąchĂ©. La boussole Ă©tait tellement embuĂ©e qu’on ne voyait plus la petite aiguille. Ces instruments modernes Ă©taient dĂ©cidĂ©ment inutiles dans ce domaine vierge oĂč la nature inviolĂ©e a repris ses droits ; aussi ai-je dĂ©cidĂ© d’abandonner sous une pierre ces objets qui me reliaient encore au monde civilisĂ©. J’écouterai dĂ©sormais la petite voix de mon instinct. Le mot Iraty ne vient-il pas d’ailleurs du grec erratum ? Â»

« 28 juin : voilĂ  maintenant cinq jours que j’avance, guidĂ©e par ma seule intuition, sous les frondaisons de la forĂȘt immense. Avec l’humiditĂ© tropicale, mes tranches de jambon ont pris une drĂŽle de teinte verdĂątre peu appĂ©tissante mais je ne suis pas lĂ  pour faire la fine bouche. C’est Ă  mes pulsions animales de survie de me dicter mes actes, pas Ă  mon mental d’occidentale engoncĂ©e dans des habitudes mesquines. Â»

« 29 juin : je suis malade Ă  en crever. Mon corps rejette par chacun de ses orifices toutes les impuretĂ©s de sa vie passĂ©e. Et surtout le jambon. Â»

« 30 juin : je viens de terminer la seconde boĂźte de Smecta. Les dĂ©s sont jetĂ©s, comme disait George Washington. Â»

« 1 juillet : je vomis toujours et j’ai maintenant de la fiĂšvre. Il ne me reste plus qu’une tranche de jambon verte et un quignon de pain moisi. Grande DĂ©esse Mari, ne m’as-tu pas jugĂ©e digne de Toi ? Â»

[modifier] Initiations aux mystÚres de la déesse basque

En ces heures de dĂ©sespoir oĂč l’ĂȘtre humain, isolĂ© de ses congĂ©nĂšres, en est rĂ©duit Ă  la seule dimension de son existence animale, il est parfois des instants de rĂ©vĂ©lation
 C’est ainsi que les indiens PerperpĂ©-TutchutchĂ© dans la forĂȘt primaire de Bouconne, ou les tribus Bouloulou-bantou-bantou du Zimbwana, contraignent l’adolescent Ă  s’éloigner de la hutte protectrice et natale. Rendu aux seuls soins de Dame Nature, il obtient des aperçus profonds sur le sens de la vie et les mystĂšres du monde des esprits


[modifier] SauvĂ©e par l’instinct primal !

DĂ©licieuse oronge des CĂ©sars, Ă  ne pas confondre avec l’Amanite Tue-Mouches. Enfin, je crois...
DĂ©licieuse oronge des CĂ©sars, Ă  ne pas confondre avec l’Amanite Tue-Mouches. Enfin, je crois...

C’est ce que devait dĂ©couvrir Mary Margot Trifle-Baloney aprĂšs avoir englouti la derniĂšre tranche de jambon de Bayonne. Comme elle ne retrouvait toujours pas le chemin de retour vers Lecumberry, son instinct de survie lui dĂ©signa dans les sous-bois l’existence de champignons comestibles qui lui permirent de ne pas pĂ©rir atrocement de faim, comme Scott au pĂŽle Sud, Ă  quelques kilomĂštres d’une Ă©picerie Petit Casino.

A ce seul fait providentiel elle dut de pouvoir poursuivre son expĂ©dition et d’ainsi rapporter au monde Ă©bahi ces rĂ©vĂ©lations transcendantes sur la mythologie euskarienne, rĂ©vĂ©lations qui firent grand bruit Ă  l’époque mais sont maintenant largement admises et divulguĂ©es dans tout bon manuel d’ethnographie (basque).

Mais lĂ  encore, laissons la parole Ă  l’exploratrice :

« 4 juillet : je me sens bien mieux depuis que j’ai pu me rassasier de la chair crue de ces dĂ©licieuses oronges des CĂ©sars, que l’on trouve en grande quantitĂ© sous ces bois. Mais ma tĂȘte me tourne encore et j’ai des Ă©blouissements. Sans doute l’effet de la fiĂšvre. Je m’allonge un instant sur le tapis de feuilles mortes. Â»

C’est alors que nous entrons dans la partie la plus importante mais aussi la plus extraordinaire du rapport ethnographique de Mary Margot Trifle-Baloney. Nous nous contenterons de rĂ©sumer sa dĂ©couverte dans les grandes lignes ; les lecteurs intĂ©ressĂ©s pourront se reporter pour le dĂ©tail aux ouvrages en annexe, que nous n’avons dĂ©jĂ  que trop citĂ©s.

[modifier] Le récit de José Miguel Barandiarån

Dans l’aprĂšs midi du 4 Juillet, fĂȘte de l’indĂ©pendance des Etats-Unis, l’exploratrice est rĂ©veillĂ©e en sursaut de sa petite sieste : elle se voit entourĂ©e d’Amazones menaçantes, armĂ©es de lances et de chisteras. Les Amazones, qui comprennent parfaitement le basque parlĂ© par Mary Margot, la conduisent dans une grotte oĂč trĂŽne un Ă©trange vieillard. L’ethnologue amĂ©ricaine reconnaĂźt JosĂ© Miguel BarandiarĂĄn ! Elle lui dit ĂȘtre une amie de sa petite-niĂšce Maria Escobar, ce qui lui sauve la vie.

JosĂ© Miguel BarandiarĂĄn raconte alors comment, lors de son expĂ©dition de 1991, il dĂ©livra trois enfants basques des griffes des terribles laminak (des ĂȘtres mi-homme mi-dinosaure), ce qui lui valut d’ĂȘtre reçu en grand honneur par le Seigneur Ramunxo, le chef des Euskaldunak.

InitiĂ© alors aux rites de la mythologie basque, il dut promettre de ne pas ne retourner dans le monde extĂ©rieur. AgĂ© maintenant de 118 ans, il est encore gaillard et alerte grĂące Ă  l’Irulegiko ardoa, en rĂ©alitĂ© un Ă©lixir de longĂ©vitĂ©.

JosĂ© Miguel BarandiarĂĄn montre enfin Ă  l’exploratrice d’étranges schĂ©mas mĂȘlant des symboles de lauburus, de bĂ©rets basques et de piments d’Espelette, ainsi qu’une description dĂ©taillĂ©e de la recette originelle du poulet basquaise. A la seule vue des piments d’Espelette, l’exploratrice est soudain prise de violentes tranchĂ©es et doit s’excuser un instant.

[modifier] La CitĂ© d’Or de Pirinio-Atlantika

Puis elle est conduite par les Amazones basques Ă  travers un tunnel secret au fond de la forĂȘt d’Iraty. Elle dĂ©couvre alors Pirinio-Atlantika, la merveilleuse CitĂ© d’Or perdue du peuple euskarien. Le cidre coule Ă  profusion dans les riviĂšres et les gĂąteaux basques poussent sur les arbres comme des fleurs.

PrĂ©sentĂ©e au Seigneur Ramunxo, elle reconnaĂźt le Basa Jaun ! Elle saisit alors le sens cachĂ© du clin d’Ɠil complice qu’il lui avait adressĂ© Ă  son dĂ©part de Lecumberry. Il savait qu’ils allaient bientĂŽt se retrouver.

Basa Jaun lui explique que la civilisation oubliĂ©e de Pirinio-Atlantika est la matrice de toutes les sociĂ©tĂ©s humaines, prĂ©sentes, passĂ©es ou futures : lors de la prĂ©histoire, au moment oĂč se produisit le « bug basque Â», les Euskaldunak entamĂšrent une longue migration depuis le continent antarctique jusqu’à la forĂȘt sacrĂ©e d’Iraty. Ainsi, la CitĂ© d’Or de Pirinio-Atlantika n’est autre que l'Atlantide, l'archĂ©type des civilisations perdues dont il est question dans les mauvaises sĂ©ries tĂ©lĂ© du monde entier.

[modifier] La bataille finale

La déesse Mari, selon la description précise du professeur Trifle-Baloney et les carnets de croquis de Barandiarån.
La déesse Mari, selon la description précise du professeur Trifle-Baloney et les carnets de croquis de Barandiarån.

Mais la CitĂ© d’Or est attaquĂ©e par les abominables laminak ! C'est la grande bataille symbolique entre les forces du Bien-Être menĂ©es par la dĂ©esse Mari et les forces de la Surcharge PondĂ©rale menĂ©es par son fils et Ă©poux Sugaar, le Dieu-Serpent. Les Amazones basques et leurs frĂȘles lances sont opposĂ©es aux lĂ©gions fĂ©roces des laminak et des tartaroak cyclopĂ©ens, armĂ©s d’énormes jambons de saurien gĂ©ant.

Alors que Mary Margot, sĂ©parĂ©e accidentellement de ses amies Amazones, va ĂȘtre livrĂ©e aux dĂ©sirs lascifs d'un homme-dinosaure hideux, Gaxuxa, la compagne de Ramunxo, se sacrifie et la sauve en lui remettant son collier de chorizo magique.

DĂ©sormais, la possession de ce collier implique que Mary Margot est devenue prĂȘtresse de la DĂ©esse Blanche d’Iraty. Elle est alors transportĂ©e dans un lieu secret, la caverne de la DĂ©esse aux Pieds de Canard. La Dame d’Anboto se rĂ©vĂšle Ă  elle et, aprĂšs lui avoir enseignĂ© les arcanes de la mythologie basque, lui demande de conserver prĂ©cieusement le secret.

[modifier] Conséquences fructueuses de l'expédition Trifle-Baloney

RetrouvĂ©e quelques jours plus tard dans le bosquet en haut du champ de Mr Manex Ithurbide Ă  Mendive, grĂące aux efforts de la brigade de gendarmerie de Saint-Jean-Pied-de-Port alertĂ©e par un coup de fil de Maria Escobar, Mary Margot Trifle-Baloney fut transportĂ©e aux urgences de l’hĂŽpital de Bayonne dans un Ă©tat d’épuisement alarmant.

Mais, succĂšs remarquable, l’ethnologue amĂ©ricaine Ă©tait parvenue au terme de son Ă©prouvante aventure Ă  confirmer les dires de JosĂ© Miguel BarandiarĂĄn et de ses successeurs concernant l’existence de la dĂ©esse mĂšre Mari et sa prĂ©pondĂ©rance au sommet du panthĂ©on ancestral des Basques !

Aujourd’hui, Mary Margot Trifle-Baloney se consacre Ă  de nombreuses activitĂ©s relatives Ă  son expĂ©rience passĂ©e dans la forĂȘt d’Iraty, comme le dĂ©veloppement Ă  l’UniversitĂ© de Balderdash de l’étude de la mythologie basque selon la mĂ©thode universelle de Jacques Lacan, la promotion en Idaho d’un modĂšle Ă©galitaire des droits de la femme tel qu’appliquĂ© dans la citĂ© de Pirinio-Atlantika, l’enseignement de la langue originelle des Amazones basques, l’importation massive d’Irulegiko ardo beltza... mais aussi et surtout l’éducation du jeune JosĂ© Miguel, nĂ© de son entrevue Ă©phĂ©mĂšre avec le sauvage Basa Jaun.

[modifier] Notes

  1. ↑ Le parler basque comporte plusieurs dialectes : il s’agit ici de la langue sacrĂ©e des tribus aborigĂšnes secrĂštes de la forĂȘt d’Iraty.
  2. ↑ Mary Margot devait se rendre compte par la suite qu’il faut aussi supprimer les pronoms et les articles.
  3. ↑ On ne s’accorde pas trop sur ce point. Certains gĂ©ographes signalent qu’au vu des photographies il pourrait s’agir plutĂŽt de Mendive ou de Larrau. Claude LĂ©vi-Strauss en particulier ne s’est pas privĂ© de contester certains points du rapport de Mary Margot Trifle-Baloney, ce qui contraignit l’ethnologue amĂ©ricaine Ă  revenir sur certaines de ses affirmations dans la prĂ©face de son second ouvrage dĂ©diĂ© Ă  la mythologie euskarienne, Nous sommes les sorciĂšres de la montagne basque : « Il m’a paru nĂ©cessaire Ă  l’époque, et je le pense encore aujourd’hui, de modifier parfois les noms des personnes et des lieux afin de prĂ©server de l’attention et des atteintes dĂ©lĂ©tĂšres de la civilisation les fragiles traditions et les rites ancestraux de la Dame d’Anboto Â».
  4. ↑ Elle se rendra compte plus tard qu’elle avait achetĂ© par erreur une carte de la forĂȘt de Fontainebleau.

[modifier] Sources

  • JosĂ© Miguel BarandiarĂĄn, Dictionnaire illustrĂ© de la mythologie basque, Éditions Elkar, 2002, disponible en intĂ©gralitĂ© sur la WikipĂ©dia.
  • Mary Margot Trifle-Baloney, La Grande DĂ©esse Blanche d’Anboto, rĂ©vĂ©lations des AborigĂšnes Basques au citoyen de l’Idaho pour un monde nouveau. Presses de l’UniversitĂ© du Pays basque, Bilbao, 2006.
  • Mary Margot Trifle-Baloney, Nous sommes les sorciĂšres de la montagne basque. Éditions France Loisirs pour la traduction française, 2007.
  • Mary-Ann Humbug-Cobblers, Le mythe d’Artus en Iparralde ou GueniĂšvre enfin libĂ©rĂ©e, Nevada Press, 1997.
  • Mariah Tara Diddle, La femme basque aujourd’hui, un statut social exceptionnel dans le monde, Private Editions, Fargo, 1985.
  • Mareen Frills-Bilgewater, La Dame du lac d'Harrieta, Nevada Press, 1998.


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