Ma concierge se venge ou comment elle tombe nez à nez avec son cousin

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Comme Madame le maire interdisait à son mari depuis des jours de s'arrêter plus de cinq minutes chez la concierge, cette dernière, dame Le Tapou, commençait à "avoir les nerfs". Il lui fallait de l'activité de loisir comme elle disait désormais en parlant avec Monsieur le maire. Or, ils ne pouvaient plus que se glisser quelques œillades furtives. Vovonne dame le maire avait décidé de mettre une certaine sourdine à tous ces cris "espâmés" qui s'échappaient de la loge dès que son mari descendait pour prétendument remonter une bonne bouteille de la cave.

Des jours d'attente vaine avaient tellement mis à vif l'esprit et les nerfs de dame Le Tapou que celle-ci, de guerre lasse et pour éviter un vrai "camardage" comme elle disait, décida ce jour-là de partir s'en visiter Paris toute seule. Ça ne lui disait pas vraiment puisqu'elle n'aimait pas voyager sous terre et que monter dans le bus où il fallait demander des choses en français lissé ne lui plaisait pas plus. Elle opta donc pour une balade à pied qui était pour elle bien plus aisée. Elle avait, pour ne pas perdre son chemin, de retour du marché ou de la messe, choisi dès les premiers jours de son arrivée dans la loge de déposer de petits galets de loin en loin sur le rebord des fenêtres de la rue qu'elle savait toujours fermées parce que c'était des bureaux donnant sur le trottoir ou alors des locaux abandonnés.

Elle partit donc à pieds. Il faisait ce jour-là à Paris un temps à vous fabriquer une humeur joyeuse, farcesque, guillerette. Mais dame Le Tapou avait elle l'âme proprement (n'oubliez pas que c'est une ancienne lavandière) chagrine et même presque hargneuse. Elle était en train de se demander s'il ne lui faudrait pas un de ces jours "trouver des mots" pour s'attaquer à Madame le maire et lui offrir une "séance". Elle en était là lorsque tout d'un coup, elle pila net ! Comme un cheval qui se cabre. Ou plutôt comme un âne qui dit "A veux p'us ! Avancer ? P'utôt mourir !".

Sa main, instinctivement serra dans la poche de son tablier le battoir qu'elle ne quittait jamais. C'était sa madeleine de Proust, son ex-voto, son assurance anti-agression, sa drogue, son héroïne, son alcool, son.. (oh là ! On se calme cheval fougueux ! Ça va aller là !). On a compris qu'elle tient à son battoir !

Elle venait de LE reconnaître ! Des années avaient passé, mais elle savait que c'était lui ! Ma Doué ! C'était-y pas possib' un bistrako pareil ! (un truc pareil pour les infirmes du breton que je ne sais pas non plus d'ailleurs). Il était là ! LUI ! Celui qui était venu lui proposer du travail de cousinage à Paris !

Voyez ça ! En déambulant dans les rues, elle n'avait pas noté que ses pas, peut-être par habitude, l'avaient reconduite vers un coin bien précis du quartier des Filles-du-calvaire, et c'est au coin de "sa" rue qu'une tête de pas-propre lui avait proposé un petit détour-à-boire-avant-des-choses. Elle réussit à garder le contrôle d'elle-même malgré le battoir qui lui démangeait furieusement. L'autre ne semblait pas la reconnaître du tout. Et pour plus vite lui faire perdre toute éventuelle méfiance, elle lui paya tout de suite plus de verres qu'il ne fallait et lui proposa d'aller "aux choses" chez elle. L'autre fut tant rapidement ensuqué que son esprit ne releva plus ces tournures de phrases si particulières qui auraient pourtant dû éveiller quelques souvenirs chez lui.

Quand il fut assez cuit pour pouvoir tout juste encore marcher, elle répondit au coup d’œil appuyé du tenancier du "le balto auvergnat club" lui signifiant que "a y est! Je l'embarque !". Elle arracha l'autre du comptoir, et le ceinturant plus ou moins délicatement, elle l'entraîna chez elle. Elle se retint plusieurs fois le long du chemin de se mettre à courir avec son colis qu'elle était bien tentée de prendre sur son épaule pour aller encore plus vite. Mais son long séjour dans la Capitale civilisée lui rappelait que sous ces cieux, un tel attelage aurait éveillé des soupçons. Un homme sur une épaule même de solide bretonne, ça pouvait provoquer des "annonciations amomymes" comme dame Le Tapou le disait elle-même parfois quand Monsieur le maire l'énervait et qu'elle menaçait en riant de toutes ses dents de lui "ruiner la réputation".

Comme la dame était proprement (n'oubliez pas que c'est une ancienne lavandière s'il vous plaît quoi !) très forte, ils tanguèrent très rapidement jusqu'à la loge où dame Le Tapou prit la précaution de maintenir dans l'état de moyen coma le cousin en lui faisant ingurgiter à force de demi-strangulations une supplémentaire bonne-biture-à-mort. Ce cocktail féerique laissait juste assez de conscience pour que le cousin se rendit quand même un peu bien beaucoup compte de ce qui lui arrivait et de qui ça lui venait.

Quand la dame, enfuriosée par de sombres souvenirs qu'elle lui devait, lui murmura "Vonnig !?" à l'oreille, une façon d'instinct de survie lui redonna presque ses jambes et son esprit. C'était son petit nom de Bretagne ! Seulement quelqu'un qui le connaissait depuis longtemps pouvait, après toutes ces années à Paris, l'appeler ainsi ! Et il avait tant trafiqué dans sa vie qu'il ne savait plus qui compter comme ennemis.

Il essaya de repousser cette personne qui lui rappelait bien quelqu'un. En vain ! Un coup plat de battoir en plein dans la gueule le rejeta d'un bloc sur la table de la cuisinette où il se demandait comment il pouvait bien être arrivé là. Il ne se posa plus de question avant un bon moment. Parti temporairement dans les prairies de l'Ankou, grand maigre aux cheveux flottants qui emporte vers l'au-delà.

Mais le dosage de la biture était bon. Professionnel. Et au bout d'un moment, c'est son derrière en feu qui le réveilla. Il voulut crier : Rien !

Il voulut se lever : makache ! Ficelé comme un cochon prêt à être livré à un acheteur ! Il s'entendait bien hurler dans sa tête mais aucun son ne résonnait à ses oreilles : dame Le Tapou maîtrisait depuis longtemps le "pince-derche" et savait aussi empêcher son homme, son maire d'ameuter le quartier ! Ils étaient un jour allés tous les deux acheter des "outils" dans un "sek choc" comme elle comprenait (oooh ça, vous vous débrouillez pour décoder hein ! bon, ça va aller là !). Elle lui avait donc placé sur la bouche du Vonnig tout ce qui pouvait empêcher tout cri de s'échapper et lui avait battoiré l'arrière-train comme il ne fallait pas. Du rêve de maso-sado et vice versa.

Après, épuisée d'avoir tant tapé, et comme tous les plaisirs répétés vous passent au bout d'un moment, elle s'assit, le front en nage pour trouver une façon de prolonger sa vengeance. Elle n'allait pas le tuer quand même, elle était une bonne catholique qui n'aimait pas les "serz" d'accord, mais qui ne voulait pas aller visiter l'enfer un jour, une nuit ou elle ne savait quand. La cave de l'immeuble était un vrai hall de gare Montpranache (la seule gare qu'elle connaissait). Elle était soudain bien embêtée. Elle en était là de ses réflexions quand le téléphone sonna dans la loge. La police ? Non ! Pas déjà !

Elle décrocha tout de même. Avec un grand sourire, elle fit un grand signe de croix après les premiers mots dans le téléphone. Ma Doué ! C'était Yvon ! Yvon Le Tapou ! Le grand frère ! SON grand frère ! Il lui annonçait qu'il était de relâche avec sa gabarre à Paris où il venait de livrer de la marchandise !

Que Doué était bon, elle accepta tout de suite que son frère vint prendre un petit verre rapidement avant de lever l'ancre au lever du jour. Il savait "oùsque" c'était la maison, là, sur les quais de la Seine. Il précisa qu'il allait venir seul puisque son équipage de "turcs" était plus ou moins en quarantaine, consigné à bord pour cause de grande inconduite la veille dans les rues du haut de Paris. Du côté de Pigalle quoi !

Ils étaient bien partis de Marseille, et arrivés à Paris, ça s'était gâté brusquement et il avait fallu sévir. C'était un nouvel équipage et c'est chemin faisant vers Paris qu'il avait découvert que la plupart avait de drôles de mœurs. Il venait pour tout lui raconter.

Et entré dans la loge, il faillit "infractusser" en découvrant ficelé sur la table de la cuisinette, un homme, déculotté, fondement rougi qui émettait de drôles de sons muets de sa bouche encombrée par une sorte de balle de tennis maintenue par du scotch. Avant qu'il ait exprimé en mots sa surprise, dame Le Tapou, redevenue sa petite sœur, pleurant proprement (oui oui, c'était bien toujours une ancienne lavandière) dans son tablier, hoqueta, et cafta en lui désignant du doigt le fesses-nues sur la table "C'est Vonnig ! C'est lui ! C'est lui ka m'a tout fait tout ce moche !".

Et voilà comment, en une phrase et demie, Crescence Marie-Carême (Oui, parce que c'est le double prénom de ma concierge ! Et on salue ! Merci !) confessa à son grand frère tous les déshonneurs et les malheurs qu'elle avait vécus à Paris et qui en était la cause. Elle dut assommer à moitié son frère Yvon qui, prit de rage fraternelle avait entrepris d'étrangler définitivement le Vonnig. Elle lui expliqua que tuer c'était l'enfer assuré pour eux deux. Ce qui eut pour effet de le calmer tout de suite. Et après plusieurs rasades de lambig (véritable rince-cochons breton) à moitié centenaire et tout autant frelaté que Crescence Marie-Carême gardait toujours en souvenir de ses origines, Yvon décida que la seule vengeance valable était d'emporter le Vonnig sur la gabarre.

La nuit était tombée entre-temps et sans autre forme de procès, le "colis" fut mis dans un grand sac poubelle (avec des trous s'il vous plaît, vous vous croyez où là ? Chez des sauvages ?) et placé dans un chariot perso ; emporté par Yvon sur le "sardine à pales" qui était le nom de la gabarre mais qu'Yvon, avec son parler breton et en ancien bègue prononçait " le sardanapale".

Ça drossait dru dans la gabarre quand il revint. Ses matelots se menaçaient les uns les autres de se jeter par-dessus bord s'ils ne pouvaient pas au goût des uns et des autres aller, qui tâter de la mousmée à l'exotisme local, qui du folichon de son goût. La gendarmerie de la Seine avait émis un véto pour et contre tous à l'idée de les laisser redescendre en ville et voici que le "captain" leur annonçait qu'il leur livrait du cadeau ! Du secret de cale ! Du vrai mignon qui n'avait jamais travaillé que des dix doigts des autres ! Un vrai fabricant de "cousines de Bretagne".

Bigre ! Une telle surprise ! Ce n'était même pas Noël ! Il faillit y avoir des évanouissements dus à l'émotion. Le capitaine avait besoin de tenir son équipage jusqu'au retour à Marseille et puis il allait par la même occasion venger l'honneur de sa petite Crescence Marie-Carême.

Il défit le colis qui avait repris connaissance et qui, son instinct de mac minable tout de suite en éveil, avait compris qu'il allait devoir beaucoup finasser dans cet endroit dont il comprenait pas la configuration. Aucune ouverture vers l'extérieur pour donner le moindre repère.

"On" le conduisit à la douche, en le regardant quintuplement plus trois avec de drôles de z'yeux et autant de drôles de sourires. Quand il en revint, et comme il avait cru bon de se vanter de ses activités de cousinage, croyant les amadouer et les mettre dans sa poche en leur promettant des tas de "filles" qu'il disait avoir et connaître sur tous les ports, ne se rendant pas compte qu'il aggravait son cas, on lui posa benoîtement des tas de questions sur les spécialités de ses "filles", de ses "cousines". Il raconta par le détail et plus les spécialités par lui-même enseignées et pratiquées par les cousines dont il ne parla pas avec beaucoup de reconnaissance alors qu'elles lui assuraient son grand train de vie depuis des décennies. Non mais, il y a comme ça des bavards qui aggravent leur malheur (c'est pas la peine de me reprocher à moi hein ! Je ne fais que rapporter moi ! oh eh hein ! Bon !).

Quand il crut les avoir bien roulés dans la farine, "on" lui proposa une chambre en bas. Quand il y fut, il comprit que c'était la cale ! Qu'il était sur un bateau ! Que la chambre était un joli petit boxon ! Sans serrure !

Évasion ? Champ de rêves à nourrir à l'infini ! Et là il réalisa qu'il n'allait pas trop se permettre de nourrir ce beau rêve, car du marin, il y en avait à bord ! Et quand une voix qu'il reconnaissait tout d'un coup comme dans un éclat de tonnerre dans sa tête lui apprit qu'il était dans la gabarre d'Yvon Le Tapou, LE grand frère de Crescence Marie-Carême le Tapou de Pont-l'Abbé et que c'était lui-même Yvon Le Tapou qui allait tenir la caisse devant la porte de la cale en vue de constituer une cagnotte pour racheter l'honneur de sa petite sœur. Et que ça n'allait pas tarder à commencer à tourner pas plus tard que tout de suite !

Vonnig réalisa en titubant que l'on ne pourrait jamais se suicider en se griffant le visage ni en se tordant les mains. Les cris d'horreur de sa masculinité déchue ne calmèrent pas du tout ces affreux qui s'épuisaient à plusieurs tours de rôle chacun par jour dans la cale.

Pendant ce temps, de l'autre côté de la porte, Yvon le Tapou tout catholique pratiquant qu'il était, continuait de faire payer scrupuleusement chacun avant toute entrée dans la cale tout en marmonnant une nouvelle prière qui commençait et se terminait par: "Au nom du Pèze, et du Fric, et du Saint-Bénéfice, Amen" . Il n'aimait pas du tout ce qui se passait, mais il lui fallait faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Que de soucis quand on est grand frère. Lui, il aurait bien mieux préféré un vrai "pim-pam-poum-pam-pam-" comme le pratiquaient les cow-boys d'honneur au milieu de la Sierra-Madre ; ça prenait moins de temps pour laver l'honneur d'une sœur bafouée et surtout, on n'entendait pas gueuler pendant des semaines ce con dans la soute dont les cris l'empêchaient de dormir ! Merde quoi ! Ça vous fout des cernes d'enfer sous les yeux ce genre de conneries oh ! Et puis, à pas assez dormir, on finit par ne plus bien tenir les comptes de la caisse nom de Dieu ! Dormir, c'est utile, c'est sain et nécessaire pour la santé ! Il va la fermer ou il va falloir lui étoiler l'arrière une fois pour de bon à ce con ! Non mais !

Bon ça va, je devine : Au coin ? Ok, j'y vais ! Pardon encore pour ce copyright de moi-même !

Et puis, m'en fous ! Au prochain, ma concierge refuse de baiser l'anneau du ministre du culte.


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