Ma concierge n'a pas baisé l'anneau ou comment elle sauve un enfant

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VRAOUOUOUMMMMM!!!! VRAAAM!!! BOUM!!! KLING...KLING...!!!!!

Et puis SILENCE !!!! Plus rien ! Plus un son ! La guerre ? Koikec'était ?!!!

Après quelques minutes d'un silence jamais entendu dans cette cour intérieure, il fut bien question de comprendre que c'était la porte de LA loge !

La porte de la loge venait de sauter ! De voler en éclats sous le coup de pied projeté de Dame Le Tapou, Concierge en titre de l'immeuble !

J'avais bien (et d'ailleurs pas que moi) remarqué depuis une semaine que LA loge demeurait hermétiquement fermée. C'était d'autant plus indubitable que les poubelles commençaient à puer sec du bec. Tous les soirs depuis trois ou quatre jours, un petit groupe de souris audacieuses et trompe-la-mort organisait de vrais raves entre les poubelles. Ça couinait, pinçait et ricanouchait à tout va jusqu'aux aurores.

Une voisine du deuxième étage avait cru calmer le boxon un soir en lâchant son chat dans la cour ; celui-ci était remonté ventre à terre, chiffonné comme une vieille serpillière. Il tremblant de tous ses membres et sa queue dressée faisait en l'air un drôle d'angle droit. Son miaulement était devenu un drôle de bruit rauque ; mais ce n'est pas ce qui étonnait le plus tous les habitants de l'immeuble qui avaient afflué en entendant les cris perçants de la voisine propriétaire du chat qui appelait au secours. Tout le monde, qui, couteau de cuisine à la main, rouleau à pâtisserie au poing, fourchette à rôti, bombe lacrymogène et même lime à ongles en acier pour steevie-la-choupinette qui poussait des cris encore plus aigus en pointant son "arme" vers tout ce qui bougeait en piaillant : "Où qu'il est l'assassin, Où qu'il est que je le crève !", se demandait ce que ce chat que nous regardions tous avait de bizarre. Il y avait bien quelque chose qui clochait mais personne ne savait le dire comme l'on dit en Belgique.

On voyait bien qu'il était "chelou" le "tach". Sa propriétaire allait tourner de l’œil quand tout à coup une espèce d'enfant à tête de petit crétin futur dégénéré au nez crotteux nous délivra de nos questions en disant très naturellement : " Mais c'est quoi ce con de chat moche ? Il boîte de la tête ou quoi ? Quelqu'un l'a épilé ?"

Bigre ! C'était bien cela ! le chat avait une drôle de gueule ! même si je ne pensais pas l'avoir jamais vu avant pour le reconnaître, je pouvais moi aussi constater que oui, le chat faisait "plat" d'un côté !!!? Il lui manquait toutes les "tousmaches" du côté droit eh ! Oh la tronche !

La ouache ! Dans la cour, entre les poubelles, il devait y avoir une souris-karatéka ! Une vraie free-fighter déglinguée ! Elle avait dû faire une prise par les moustaches au chat ! C'était pas possible ! À l'emplacement des anciennes vibrisses, il y avait des perles de sang bien frais qui étaient en cours de coagulation. À une patte du pauvre tigre de salon, il manquait deux griffes ! Une souris sous acide je vous dis !

Comme on personne n'avait entendu aboyer le moindre chien dans les parages depuis des jours, excusez-moi, ça ne pouvait être que le gang de souris de la cour : Mad Mouse et ses copines ! "we don't need another hero ! We don't need another one ! All we need is... " etc etc.

Oubliant la souffrance de la maîtresse à chat, tout le monde éclata de rire sans retenue. Il y eut des flashs de smartphones qui "crépitèrent".

Bah quoi ! Vous voulez expliciter comment qu'un flash flashe ? Allez-y dites, vous, puisque vous savez mieux tout que tout le monde ! Non mais alors !

Donc, disais-je, les flashs flashèrent le chat au milieu de moqueries et de menaces de mises en ligne de la gueule du chat "zarbi". Sa maîtresse se fâcha tout rouge et s'engouffrant chez elle brusquement , nous claqua la porte au(x) nez(s) en nous traitant tous de "pauvres cons". Elle nous fit sursauter tous en fermant si fort sa porte. Un rire nerveux nous secoua tous. Les fortiches ne voulaient pas faire voir qu'ils avaient eux aussi eu peur. Deux hommes se crurent très fins en proposant à travers la porte à la voisine courroucée d'échanger une photo de ses fesses ou de ses seins contre les photos de son chat. Elle cria en réponse "Lubriques débiles ! Dégagez ! Ou j'appelle la police !".

Un des deux hommes répondit une horreur que toute ma mauvaise éducation refuse de répéter ici, je garde cela pour un compliment futur à Frigide Boutinjotbar ! Il riait encore tout seul de sa réplique quand son rire gras fut éteint par une claque sonore qu'il prit en pleine bouche: sa femme était arrivée juste au moment il disait ses rêves de draps avec la voisine au chat. Il se déclencha une dispute entre époux qui s'étendit rapidement à tout le groupe ! Que les gens sont cons ! Il y eut des "pour la liberté d'expression", des "pour les femmes à la maison", des "moi, ma femme me ferait ça...", des "quel grossier personnaaaage !", des "ouais ! fais voir quoi !" etc... etc....

Quand steevie-la-choupinette proposa de son propre chef des photos de son "lui-même" à qui voulait contre des images du matou moche, il faillit y avoir des acceptations, et puis, l'hypocrisie gagnant, ce ne fut pas fait ( enfin, pas tout de suuuuite. hein !) et tout le monde se sépara en riant encore et du chat, et de la gifle au gros mastard.

Cela faisait les conversations dans l'immeuble depuis. Enfin, une partie des conversations puisque non seulement, madame Le Tapou n'était plus visible, mais dans l'étage-appartement de Monsieur le maire et Madame, il montait régulièrement depuis la disparition de la concierge des disputes semblablement virulentes entre les époux. Un soir même, mercredi soir je crois, Vovonne, dame le maire rattrapa son maire de mari et sa valise dans le hall de l'immeuble ! Il criait qu'il allait "la retrouver", et son épouse en peignoir façon ancien Hollywood le retenait en lui disant : "Non mais, tu n'y penses pas ChJean !Partir avec une concierchge !" Parce que Vovonne, dame Yvonne Birtèri dite Madame le maire avait un petit défaut de prononchgciation. Ils se bagarrèrent à moitié dans le hall, et quand monsieur le maire prit un coup de pantoufle en plein milieu de la figure et que son œil se mit à pleurer de façon parfaitement autonome, il lâcha sa valise que sa femme ramassa prestement d'une main, et avec l'autre lui prit ou plutôt lui arracha à moitié le bras pour le ramener "à la maison".

Devant la porte de la loge fermée de la concierge, le maire traînait des pieds et se mit presque à sangloter. C'était à voir ! Et comme j'étais encore du côté des poubelles où j'étais descendu déposer ma livraison du jour, je n'osais bouger de peur de gêner ces deux-là. Ils palabrèrent pendant bien dix minutes. Lui, voulait aller dormir dans la loge et sa femme lui rappelait que de toutes les façons, Crescence-la-concierge comme elle le siffla entre ses dents, n'était pas là ! Il dit qu'ils avaient les clés ! Elle dit que ça ne se faisait pas d'entrer chez les gens en leur absence. À bout d'arguments, le maire dut se rendre à la raison de sa femme et menaça rageusement de ne pas "arrêter de chercher pour savoir".

Et voilà que ce soir: Vraaooum ! Vlaan ! Kling ! Plaf ! Elle ÉTAIT REVENUE! Dame Le Tapou était de nouveau là ! Son coup de pied fouetté était parti juste au moment où je "revenais des poubelles" où j'avais été remiser un sac-poubelle de pâtes au fromage qui commençaient à faire de la barbe dans la casserole après une soirée avec des potes. Soirée qui avait commencé pâtes au fromage, avait évolué pizzas livrées et avait fini carambars au ketchup, au piment et à la mayonnaise, enroulés dans une feuille de salade comme des nems. Lolerie monstrueuse et deux jours pour m'en remettre dans un appartement à repeindre en entier. Car ce genre de nems a beaucoup de mal a tenir dans l'estomac je vous préviens. Et puis alors, je vous fais savoir par la même occasion que les potes ont du génie pour dégoter des coins improbables pour dégobiller ce que l'afghan des cimes, celui qui fait les yeux de feu au réveil, empêche de garder dans l'estomac lors de ce type de fête bien carabinée après passage d'examen. Oh beueueuerk !

Pourkouwaaaahhh j'a fait çaaaa ?

Donc, je me frottais encore le bide pour virer tous les rototos qui se bousculaient depuis des jours dans mon estomac à la recherche de la sortie vers l'extérieur, quand, encore totalement atomisé, ahuri et en lévitation, je ne pus éviter la concierge qui manquait de se rétamer devant et dans sa porte de loge. Je, elle, me, nous,... enfin, nous nous accrochâmes l'un à l'autre et nous retrouvâmes projetés dans la loge où seule la table nous retint de finir étalés par terre. Je fus informé là, que dame Le Tapou, il valait mieux ne pas passer sous elle ! Un vrai paquet de muscles et de nerfs. Elle me regarda drôlement ! Moi aussi je la regardais ! Mon Dieu ! C'était elle qui se tenait côté porte extérieure ! Gloups !

Aussi, quand elle dit: "Assis !", j'obéis à une vitesse qui aurait fait battre des mains à ma mère qui n'avait pu rien me faire faire avant de l'avoir répété au moins cent deux fois et demie. Elle sortit un truc de la poche de son tablier qu'elle semblait ne jamais quitter même s'il variait souvent de forme et de longueur tout en restait toujours d'un blanc immaculé insensé, presqu'éblouissant, et que là, il était un peu sale et le nœud dans le dos pas aussi bien fait que depuis que je la connaissais. Elle regardait sa loge avec émotion non feinte, un drôle d'air envahissant son visage qui parut devenir celui d'une toute petite fille au bord des larmes. Je ne savais pas ce qu'il fallait faire si soudain elle se mettait à pleurer, et pour prévenir le coup, un peu comme je le faisais avec ma petite sœur quand je retournais en vacances chez mes parents, je lui dis, je ne sais pas pourquoi que c'était la première fois que je la voyais porter un tablier un peu sale. Elle se figea net, et même dans la lumière artificielle à l'intérieur de la loge, je la vis rougir fortement. Elle remonta son tablier dans ses mains, s'en couvrit presqu'entièrement le visage, s'assit brutalement en face de moi à l'autre bout de la petite table de la loge et fondit en larmes comme une enfant ! Comme ma petite sœur de cinq ans dont je me servais de l'écart d'âge avec moi pour traiter mes parents d'indécents obsédés sexuels qui continuaient de "le faire" alors que j'étais quand même âgé. Non mais parce que quoi !? Hein ? C'est quoi ces manières ? Vous dépassez les dix-huit ans, étant enfant unique ! Le roi du monde ! Gâté pourri taré ! Avant de vouloir, j'ai ! Et voici qu'un jour, vous rentrez en week-end à la casbah avec des potes qui aiment bien venir chez vous, parce que vos parents sont trop cools et que la vie est chouette chez vous que l'on y mange bien. Et là, vous demandez gentiment à votre mère d'arrêter d'un peu trop manger en votre absence même si vous lui manquez vous, l'enfant adoré et que là, elle se contente juste de rougir un peu. Ce que vous prenez pour un "Bon, j'ai bien compris, je mangerai moins. Je ne veux pas te faire honte devant tes copains !".

Alors, comme un roi maltraitant, vous insistez lourdement pendant une bonne partie du repas du soir, et comme votre mère ne fait que rougir ou rosir, vous récoltez la couronne du crétin de service lorsqu'un de vos potes, en même temps que votre propre père vous prie de fiche la paix à une femme "qui attend un heureux évènement !". A ga-ga-ga-ga !? Eu eu euh ? Ga-bu-zo-meu !? Quikakecèkikèladame ? Ici, i gna que ma manman !

— Bah c'est elle gros con !
— Elle qui ?
— Elle ! TA maman !
— Elle quoi !!?
— Elle attend un heureux "zévènement" !
— Hein !?
— T'as fumé ou quoi ?! Ta maman : bébé !!!
— Anh ? Bébé ? Où ça ?
— Dans le ventre de ta reum andouille !!!

Et de l'autre côté de la table, plus elle rosit, plus elle pleure votre mère ! Et vous, vous êtes un con qui ne sait plus du tout quoi faire de tout lui-même ! Un bébé !? Et il va dormir dans la chambre de qui !!?? Hein !?

Après avoir repris vos esprits et que tous les copains sans aucune solidarité se sont bien fichus de vous, vous vous mettez raisonnablement à espérer un petit frère que vous pourrez fournir en tous gros mots possibles et inventés ! Eh ben NON ! Une chieuse ! Une souris ! Une crevette à crampons tout mignonne qui n'arrête pas de vous dire qu'elle vous aime grand "zusqus'au sziel" et qui vous rend tout bête quand elle pleure.

Et j'étais ainsi soudain devant la concierge dont tout le dos et les épaules sous la coiffe de travers tremblaient tant elle pleurait.

N'en pouvant plus de la voir ainsi se défaire sous mes yeux encore "enfumés" et avec une certaine peur d'en prendre une si je la touchais sans avertissement, j'arrondis ma voix le plus possible comme je le faisais avec ma toute petite sœur pour lui dire que ce n'était pas grave si le tablier qu'elle portait était un peu sale. Elle pleura encore plus fort.

Elle hoquetait quelque chose comme "C'est à la prison que le cromessaire a ma mis".

Alors, conseil les aminches : tant que l'afghan ou le libanais qui fait entendre des voix fait encore de l'effet dans votre esprit, arrangez-vous pour ne croiser et ne parler qu'à des personnes qui jactent lentement la langue que vous comprenez bien ! Parce que le ralentissement de votre cerveau dans son fonctionnement vous ôte toute capacité de déduction même la plus minime. Et j'étais dans cet état-là ! Je voyais à peu près bien ce que voulait dire une prison, je visualisais bien une mamie, mais, je ne les liais pas avec une chose qui s'appelait "cromessaire". Je voulais consoler, mais je fatiguais terrible. J'avais mal au front à force de croire que je pouvais. Ça devait tant se voir que dame Le Tapou, fit un effort touchant pour se reprendre. Et alors que je me sentais à bord de la bêtise, elle nous fit un café corsé à arracher le gueule à un mercenaire de garde ! L'effet fut si violent et si subit que je crus être capable d'entendre voler et parler une mouche. C'était drôle. Mais je me concentrais pour demander à madame Le Tapou où elle avait été tout ce temps. Une semaine quand même ! Ou presque !

Je compris qu'elle voulait savoir "s'il y avait eu de l'inquiétude " pour elle. Je l'assurais que oui sans aucun besoin de mentir. J'en étais incapable en l'état, et surtout, c'était très vrai ! Il y avait eu un bordel monstre dans le courrier depuis des jours ; des lettres ouvertes mauvais-intentionnellement parlant créant une filière de chantage contre certains dans l'immeuble, les souris faisaient la loi autour des containers à ordures, des prospectus débordaient de la boîte commune, les plantes tournaient de l’œil dans la cour pendant la journée et ne retrouvaient leur verdeur gaillarde que le soleil couché. Quelques indélicats avaient redisposé les paillassons à l'envers et un autre avait tracé avec une simple craie couleur rouge (il y a des lâches prudents) "la concierge fume la pipe dans son bain" ! Il ne fallait pas trop pousser parce que la concierge savait mener des enquêtes dans l'immeuble et dans le quartier tout de même !

Je lui dis que Monsieur le maire et Madame étaient très soucieux. Elle me demanda de répéter cette partie-là au moins cinq fois. Elle défit son tablier et mit un autre, empesé à l'ancienne (c'est ancienne lavandière de Pont-l'Abbé).

Télépathie !? Monsieur entra sans frapper alors qu'elle finissait d'aplatir le nœud de son tablier dans son dos. Ils hésitèrent deux secondes (enfin je crois, car on compte lent quand on est dans les vapes à moitié) et s'étreignirent avec une violence extraordinaire dans un silence magnifique. Elle me souriait en morse ! Si si ! C'est possible ! Dans certaines conditions ! Et là, j'étais aux taquets ! Ouache ! Ouuuuh !

Le maire prit lui aussi un bol d'arrache-tête et tout de suite après, dame Le Tapou nous servit de petits verres de quelque chose dont la seule approche vers la bouche cramait les cils ! Iiiih ! Pas le choix ! Cul secccccc !!! Ah ha ! Ghhrrghrhh ! Ouyaaaaahhh !

"Finalement ça va ! Faut pas me demander de me lever c'est tout !" Je crois bien que je me parlais. Mais chuuuut !

Les deux semblaient avoir l'habitude de la "chose" qu'on buvait car, Crescence Marie comme l'appelait avec douceur Monsieur le maire se mit à raconter son absence dont je compris que le maire ne savait rien.

Dame Le Tapou avec décidé le dimanche précédent de visiter une ou deux églises du quartier car elle les trouvait bien belles de l'extérieur. Et comme ses dimanches sont libres, elle partit donc coiffe au vent dans l'après-midi. Au bout d'une rue, elle reconnut la première église qu'elle voulait voir de "l'en-dedans", il faisait en plus beaucoup plus frais à l'intérieur ce qui l'arrangeait car des fois, son costume breton lui tenait un peu trop chaud. Après un sourire de satisfaction, elle fit une génuflexion tout en cherchant du regard le coin le meilleur dans la petite église pour, après la prière, piquer un petit roupillon comme elle faisait dans son enfance après avoir été à confesse et fait pénitence en récitant une poignée de "je vous salue Marie". Réflexe d'enfance ? Elle choisit de se caler au coin d'un banc derrière le confessionnal. La fraîcheur de la petite église commençait à faire un vrai effet sur elle et elle avait de plus en plus de mal à lutter contre la torpeur qui l'envahissait délicieusement. Seulement, quelque chose la... comment dire, la gênait ? Non, plutôt, quelque chose l'intriguait dans les lieux ! Ce n'était pas la pénombre non ! Ce n'était pas la propreté des lieux non ! Ce n'était pas les bruits étouffés qui lui parvenaient de la rue à moitié vide de ce dimanche. C'était autre chose. Elle se dit qu'elle "l"'entendait ! Elle entendait ce quelque chose qui la gênait. C'était régulier ! Effrayant ! Il y avait comme des voix ! Oui ! C'était ça ! C'était des voix ! Mais elle beau plisser des yeux, elle qui avait déjà des yeux bleus qui voyaient comme ceux d'un lynx ne voyait rien. Mais alors rien ! Elle allait sortir presque effrayée de l'église quand elle reconnut un petit cri ! Un cri bref ! Comme vite étouffé. Et un bruit régulier perdu de tempe en temps dans une espèce de susurrement. Elle s'arrêta et revint sur ses pas. Très lentement. On aurait dit qu'elle se déplaçait portée par un nuage. Elle alla jusqu'à l'autel qu'elle inspecta dans tous ses recoins sans rien trouver à redire qu'une petite tache sur la nappe blanche et crochetée qui recouvrait l'autel (c'est une ancienne lavandière qui a gardé l’œil), elle passa dans les travées une par une et c'est quand elle se retrouva presque contre le confessionnal qu'elle fit un bond en l'air ! Ma Doué ! Il bougeait le "confissionnant" ! Il bougeait ! Et les cris "qui qu'en venaient d'en dedans" ! Ma Doué de Doué ! Sans réfléchir, la main plongea comme une tête chercheuse dans la poche du tablier et remonta le saint écu qui en l'occurrence avait forme de battoir (n'oubliez pas que c'est une ancienne lavandière de Pont-l'Abbé).

Quelque chose, un réflexe, un vieux souvenir oublié remonta du fond de son être avec la violence de l'inattendu et enrobé dans une colère dont elle ne se savait pas dépositaire. Le cri qu'elle avait entendu était celui de son petit frère mais des tas de dizaines d'années auparavant. Dans le confessionnal, un dimanche après-midi alors qu'elle avait voulu faire un détour-pause-dodo dans l'église du village pour couper un peu à une longue corvée de ramassage de pommes de terre dans les champs. Ils n'avaient rien pu faire tous les deux contre l'abbé qui en plus, les avaient obligés eux, son petit frère et elle à se confesser après "ça" avant de les laisser repartir chez eux. Elle avait, une fois dehors, entraîné son petit en larmes vers la fontaine et l'avait lavé, frotté, aussi fort qu'elle avait pu. Et si longuement que la cuisinière de l'abbé qui les avait observés très longtemps depuis la fenêtre de la cuisine du presbytère était venu lui dire que ça suffisait et que "ça n'était pas si grave que cela". Elle lui avait collé un pain de battoir dans la figure sans même y penser et avait continué de frotter son petit frère jusqu'au moment où un grand raffut fait de gendarmes, de la cuisinière qui tenait son nez enveloppé dans un linge sanguinolent,de l'abbé et de leurs parents suivis par la moitié du village les avait enveloppés comme dans une bulle.

Elle avait hurlé à la mort lorsqu'on avait essayé de lui arracher son petit frère des bras. L'abbé, figure sacrée des lieux faisait des signes de croix sur sa tête en affirmant à qui voulait l'entendre que décidément cette Crescence Marie-Carême était possédée. Elle décida de ne jamais rien dire lorsqu'elle vit ses propres parents se jeter aux pieds de l'abbé pour lui réclamer sa bénédiction et sa protection contre une telle enfant. Elle ne savait de toutes manières pas quoi raconter. Elle n'avait compris qu'une chose, c'était qu'il était arrivé un malheur à son petit frère et que c'était l'abbé qui avait ce mal. À huit ans, l'on ne comprend pas tout de la vie. Mais les pleurs de son petit frère qui sommeillaient en elle depuis si longtemps se réveillèrent tout d'un coup lui hurlant comme un ordre de vengeance si violemment qu'elle arracha le rideau du confessionnal et s'engouffra dedans comme une Durga, déesse de la guerre de l'Inde mythique. Une coiffe ecclésiastique vola avec le premier coup qui atterrit dans le confessionnal. Un enfant complètement affolé s'accrocha à ses jupes d'une main tout en essayant de se rhabiller. Elle lui souffla "pas peur mignon !" comme elle avait eu parlé à son petit frère si longtemps auparavant dans sa vie. Et dans une rage, féroce, décuplée, elle frappa tant et tant qu'il fallut lui arracher cette fois des mains celui qu'elle désigna comme "l'abbé mauvais" pendant tout l'interrogatoire qui s'ensuivit au commissariat. "L'abbé mauvais" qui lui, reprenait ses esprits en hospitalisation à l'Hôtel-Dieu.

Si les hommes d’Église sont destinés à ne jamais faire d'enfants, normalement, il était sûr pour celui-là que jamais, quelle que fût la manière, il ne pourrait jamais faire des enfants désormais. Les médecins ne comprenaient pas comment un homme d’Église pouvait s'être fait si méchamment écraser les "masculinités" en glissant le long de la rambarde de l'escalier de son presbytère comme il le leur racontait dès ses esprits retrouvés en justifiant ainsi qu'il n'y avait pas lieu de porter plainte contre qui que ce soit.

Dame Le Tapou pendant ce temps, n'avait rien pu faire comprendre au commissariat où son breizhonneg (breton) mâtiné de patois de Pont-l'Abbé n'avait pu être ni compris, ni traduit par personne malgré les deux policiers bretons de la maison. Ils étaient de la "salée" comme disait dame Le Tapou ; c'était des pieds propres de la ville ! les choses faillirent reprendre une mauvaise pente dans la cellule quand Crescence Marie-Carême demanda plusieurs fois où était le "mignon". Elle entendait "le petit" pendant des gros malins en uniformes crurent bon de lui faire des gestes obscènes en pensant que c'était l'un d'eux que la bretonne à coiffe trouvait mignon en français de France ! Elle mit un coup de poing dans la porte de la cellule qui fit trembler la vitre pendant quelques secondes comme parcourue par une onde souterraine. Ceci calma tous les interrogateurs. Et c'était bien tant mieux car dame Le Tapou avait empêché que fut exercée sur elle toute fouille au corps et son battoir tenait bien calé dans sa gaine ! Comme elle ne put pas avoir de nouvelles du petit garçon sauvé, elle refusa de s'alimenter. Et comme l'ecclésiastique refusait de déposer plainte, il fallut bien se résoudre à la remettre dehors non sans l'avoir obligée et sous bonne escorte policière et à la demande du clergé à aller demander pardon à celui qu'elle avait assailli dans l'église. Elle fit mine de s'y soumettre volontiers.

Elle se retrouva dans la chambre d'hôpital entre "l'abbé mauvais" et un autre en grande robe blanche avec une drôle de coiffe, tout plein de grosses bagues sur des doigts bien boudinés. Elle était entrée sans un sourire (il ne fallait peut-être pas trop lui en demander) et quand "l'autre" avec sa robe blanche lui avait présenté une main toute molle, elle ne l'avait pas prise. Le policier (pas très convaincu de cette idée de demande de pardon et restant sur ses gardes) dut dire et répéter à madame Le Tapou qu'elle devait baiser l'anneau de l'ecclésiastique pour demander pardon. Elle ne voulut rien savoir. Et quand "doigts de boudins" s'agaçant, lui colla d'autorité sa main sur la bouche en sifflant : "vous allez le baiser cet anneau oui ou non ?", vous connaissez dame Le Tapou ! Crescence Marie-Carême quoi !!!!

Eh oui ! Vlan ! Dans ta face ! Le battoir partit en même temps qu'elle criait "Non cochon !", plus vite que le policier ne put bondir pour la ceinturer ! Et deux ecclésiastiques dans un lit d'hôpital ! Deux ! Et que ça saute ! Et plein de dents avec !

Toujours pas de plainte une fois ramenée au commissariat ; dame Le Tapou fut relâchée le soir même sous les vivats de la police qui comprenaient bien malgré son sabir entrecoupé de longs silences butés qu'elle avait bien pris un homme d'église sur le fait comme l'on dit dans les beaux salons pour ne pas parler d'un enfant abusé. Elle avait juste voulu protéger un enfant.

Les policiers allaient bien la regretter après cette semaine de cohabitation plutôt drôle où quand même, elle les avait aidés à maîtriser quelques loufoques furieux en s'essayant tranquillement sur leur dos jusqu'à ce qu'ils ne bougent plus que la tête.

Dans la loge, elle riait en mimant pour moi les gestes de tous les coups qu'elle avait portés dans le confessionnal, et ensuite à l'hôpital où elle voulait retourner pour voir s'"ils" étaient encore là ; ce que lui interdit le maire sans grande conviction tant il se gondolait lui-même.

Je voulais encore suivre le récit mais le "lambig" me mettait dans un état tel que cette fois, c'était sûr, je me parlais tout seul: une histoire d'un carambar qui faisait du kung-fu avec une souris en soutane qui m'appelait "maman". Elle était chouette la fromageuse avec ses couettes en vibrisses de matou ! Vous auriez vu çaaa !

Bon voilà ! Après ce copyright de moi-même, je devine que je vais...... au... coin ?

Ok ! vendu ! J'y vais ! Mais m'en fous, la prochaine fois, ma concierge découvre La vague d'Hokusai ou alors, elle fera la révolution !


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