Les Visiteurs

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Déjà tant de force, dans une si petite affiche.

« Citizen Kane est aux Visiteurs ce qu'Amélie Nothomb est à Jean-Paul Sartre. C'est à dire que c'est pas mal, mais ça n'effleure pas la profondeur de l'œuvre. »
~ Sacha Guitry à propos de ses lectures.


Chef-d'œuvre cinématographique s'il en est, Les Visiteurs est une des fiertés du cinéma français. Reconnu pour son évocation sans compromis des problèmes sociaux, sa profondeur scénaristique hors du commun que n'aurait pas reniée Stanley Kubrick, son symbolisme visuel aussi profond que celui d'Akira Kurosawa, un cadrage qui réduit Wong Kar-Wai au rang d'amateur, ce film a pourtant été mal compris par le public. Cet article tente de rétablir la vérité.

Intrigue, personnages et interprétations

Le film s'ouvre sur le roi Louis VI, dit "le gros", en train de faire des cochonneries avec une anglaise, avant de se faire interrompre par d'autres anglais venus la récupérer. On y voit ici la célèbre relation amour/haine franco-britannique, qui passera aussi bien par la guerre de cent ans que par l'alliance durant les deux guerres, ou encore l'éternel conflit culinaire gelée à la menthe v/s escargots à l'ail.

Le roi se fait sauver des anglais par Godefroid de Montmirail, rappelant aux plus grands que ce qui fait d'eux des grands sont bien les petits à leur service. Godefroid, tel le personnage de Tim Robbins dans Mystic River, rappelle le thème du demi-homme, car il ne correspond qu'à l'instinct bestial du tueur, sans l'humanité qui doit le couvrir. La différence est que lui, à l'instar de Travis Bickle dans Taxi Driver, pourra faire sa rédemption et son accomplissement via, d'une part, la découverte d'un autre univers (qui le complètera avec le personnage d'Hubert, cousin obscur avec qui il est confondu), et, d'autre part, la quête du bien et de ce qui est juste (en poursuivant son propre intérêt, il tuera une sorcière et sauvera son beau-père -> notion de ce qui est bon). Puissant rappel des obligations morale de la noblesse.

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Juste avant de partir vers le futur, Jacquouille attrape la main d'une image paternelle, juste avant d'être brisée quand vient l'heure de partir et la transformation.

Godefroid est accompagné par Jacquouille "la Fripouille", écuyer non éduqué et pestilentiel (et sale et hurleur), pur représentant du gueux de base, symbole de l'inadéquation de la France d'en bas aux affaires des grands. Jacquouille sera là, durant le film, pour rappeler que les pauvres et les imbéciles n'ont pas leur place dans la société et font bien mieux de se taire et de servir. Lorsque Jacquouille explique à son maître l'histoire de la Révolution, ce dernier, en symbole de la justice divine de Jésus, le mate pour le ramener à la réalité : il n'est rien qu'un gueux, et doit se comporter comme tel.

Abusé par les pouvoirs d'une sorcière, Godefroid tuera malencontreusement son beau-père, symbole de l'alliance de familles, thème cher à l'équilibre des pouvoirs aristocratiques. Ladite sorcière est vêtue de rouge : allégorie du communisme, doctrine endiguant droit les pays vers l'autodestruction par un défaut d'orientation et des tricheries. Godefroid cherche alors à remonter dans le temps pour empêcher ce qui vient d'arriver, d'arriver. Mais le magicien se trompe dans la formule et envoie le chevalier et son écuyer mille ans dans le futur. Rappel qu'un léger oubli peut avoir des conséquences tout à fait catastrophiques. Comme l'oubli de porter un préservatif, ce qui peut donner le sida (surtout si vous êtes homosexuel), ou pire, un bébé (sauf si vous êtes une putain de grosse tarlouze).

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Transformation hideuse, rappelant les Guignols de l'Info, car nos héros sont en somme les Guignols d'un temps passé.

Arrivés dans le futur, nos deux compères sont totalement perdus par cette époque qui les dépasse. Ils s'en prennent alors à une voiture de La Poste, conduite par un noir. Jean-Marie Poiré rappelle ici l'inefficacité des services postaux, contre lesquels ils faut prendre des mesures drastiques (comme les casser à coups de masse d'armes), et le fait que les noirs soient encore peu acceptés en France. Le facteur s'enfuit en effet en traitant nos deux héros de "malades". Pauvre enfant du soleil.

Ils rencontreront alors Béatrice de Montmirail, descendante de Godefroid et sosie de l'aimée de ce dernier. Rappel que l'amour, qu'on le croie unique ou pas, se retrouve en chaque femme. En plus, Valérie Lemercier joue vachement bien. Une sorte de tension sexuelle va s'instaurer entre les deux, rappelant à nous les divers mythes sur l'inceste et leur absence de logique : faire l'amour avec sa petite-petite-petite-petite-petite-petite-petite-petite-petite-petite-petite-petite-fille ne pose aucun problème éthique. C'est trop éloigné. Pas comme faire l'amour avec sa fille, ouh là non. A cet âge-là, ça a le vagin trop étroit.

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Comme d'habitude, l'homme d'église montre la voie.

Le descendant de Jacquouille est Jacques-Henri Jacquard, sorte de parvenu ayant racheté le château des Montmirail. Le personnage semble lui-même perdu dans son époque, à l'instar de son ancêtre. Jacquard a en effet des expressions tout à fait incongrues, telles que "qu'est-ce que c'est que ce binz", et de plus, porte des costumes aux couleurs criardes que seul un fou (ou un daltonien) oserait mettre.

Enfin bref, Godefroid réussit à retourner dans son époque, sauve son beau-père, épouse sa femme, et tout va bien, sauf pour Jacquard, qui reste coincé au XI siècle, nous rappelant l'intemporalité formelle du personnage.

Composition des cadres

La composition des cadres est extrêmement recherchée, comme nous allons le démontrer.

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Comme on peut le voir ici, la règle des trois tiers est parfaitement respectée, enfermant la maison, tanière de la sorcière, dans une boîte qui forme donc un cercueil, cercueil qui emprisonnera le destin de tous les protagonistes. Elle forcera les deux guignols à aller dans le futur, et en fera leur tombeau, jusqu'à ce qu'ils ne s'en sortent. Les lignes secondaires montrent le trajet du chien, et une lueur d'espoir, des arbres morts pointant vers le ciel.

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Ici, l'on voit bien la construction orienter la puissance de Jacquouille vers son descendant, semblant dire "ého ! Je me sers de ta technologie pour te rappeler que sans moi, tu ne serais rien !". Les tiers définissent l'espace humain (central) de l'espaxe éthéré qui commence avec les yeux. Les lignes secondaires, donc, construisent l'appel.

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Cette image use des trois tiers pour enfermer le corps des personnages dans l'univers physique, alors que leurs têtes atteint le Dieu qu'ils convoitent en priant. J'ai pas trouvé quoi faire avec les lignes secondaires alors j'ai juste illustré un peu plus l'image. Remarquez grâce au rond bleu l'audace du réalisateur : il va jusqu'à créer un faux reflet(certainement dû à un projecteur) pour nous ramener à la réalité : oui, nous voyons un film. Personne ne voyage dans le temps. Personne.

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Marie-Anne Chazel, en Dame Ginette, représente tout ce que la société a fait de pire : elle est pauvre, elle est sale, elle est vulgaire, elle casse les oreilles, elle vole le bon steak d'un pauvre restaurant Courtepaille, elle est donc logiquement salement cassée dans cette image à la construction agressive.

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Image tellement travaillée et chargée en beauté artistique et en symboles, qu'il serait inutile de la détailler ici. Appréciez, simplement.

Conclusion

En somme, ce film n'a jamais été apprécié pour ce qu'il est. Donc, achetez les DVD, parce que merde, j'arrive pas à croire que je sois obligé de me taper tout ce boulot, moi, un stagiaire même pas payé ! J'vous l'dis, c'est pas tous les jours facile de bosser chez Gaumont.


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