La Saga de la Dé/Épisode 3 : La ferme des enfants perdus

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Résumé des épisodes précédents

30 ans après avoir été vendu à des étrangers, Frank Slater est revenu à Fangeville, la ville maudite qui l'a vu naître. Dès son arrivée il y fait la rencontre fortuite de Clovis Danglin, qui lui révèle être son frère. Ce dernier, lorgnant sur l'héritage de son père Anselme et ne voulant pas le partager avec quelqu'un d'autre, attire Frank dans un piège diabolique et le laisse pour mort sur les rives de la Saumâtre, la rivière qui traverse Fangeville.

Le même jour, Giselle Danglin, la mère de Clovis et Frank Slater, mais aussi d'Amandine, de Clytemnestre et de Gérard Danglin, fait sa réapparition alors que tout le monde la croyait morte. Elle se rend secrètement chez les Poucassère et leur enlève leur fille Léa, clamant qu'il s'agit de sa propre fille qu'elle aurait eu avec Godefroid Pourquet, malgré la différence d'âge et la haine que se portent les deux familles.

Et maintenant les résultats sportifs mais d'abord, la météo.

Épisode 3 : La ferme des enfants perdus

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1993 fut une année particulièrement noire pour les dispararitions d'enfants à Fangeville. À tel point qu'on embaucha des adultes en CDD pour compléter les photos de classe.

À Fangeville, il était rare qu’un mois passe sans qu’un enfant ne disparaisse mystérieusement. La première fois, c’était en août 1978. Le petit Grégory Ronchin, 5 ans, qui avait l’habitude d’aller se promener seul sur les rives de la saumâtre pour jeter des pierres aux taupes et oublier un moment ses soucis, ne rentra pas chez lui à 2 heures du matin comme il l’avait promis à sa maman. Et comme il n’était pas non plus rentré le lendemain ni le surlendemain, elle se décida à appeler les gendarmes, craignant une fugue. Elle venait en effet de lire dans une encyclopédie que Mozart à 5 ans avait déjà réalisé sa première fugue et elle en avait développé une certaine paranoïa depuis.

Mais malgré les battues, les appels à témoins et les menaces physiques perpétrées à l’encontre des romanichels campant à proximité, on ne retrouvera aucune trace de Grégory. L’affaire fit grand bruit dans la région et connut même un certain écho jusqu’aux abords des départements voisins, pourtant peu montagneux. Faute de preuves et d’indices suffisants, le Capitaine de Gendarmerie Philippin Galubert classa l’affaire et s’en retourna à son radar mobile sis au carrefour entre la D309 et du Chemin des Arpions.

Quelques semaines plus tard, ce fut cette fois Blandine Sucrin, 8 ans et demie, qui disparut mystérieusement. Et sans laisser de traces ni d’indices elle non plus. Puis les mois suivant ce fut au tour de Henri Calumet (7 ans), puis Agrippine Delaveau (6 ans) et ainsi de suite pendant 30 ans jusqu’à la semaine dernière et l’évanouissement dans la nature de Léa Poucassère (10 ans), la fille présumée du Guillaume et la Sandrine.

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Le Capitaine Galubert en 1978. Déjà fière allure.

« En 30 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça », s’exclama le Colonel de Gendarmerie Galubert. « Autant d’enfants qui disparaissent en 30 ans, non je n’ai jamais vu ça en 30 ans de carrière », confirma-t-il à qui voulait bien l’entendre. Les habitants de Fangeville prenaient ce genre d’informations avec une sorte de fatalité bonhomme. La disparition d’enfants était en quelque sorte devenue une coutume locale un peu comme le jambon à l’os en Vendée ou les espadrilles à Taïwan. Même les journaux du coin n’en faisaient plus mention et les disparus n’alimentaient plus que les rares conversations des vieux gâteux que plus personne n’écoutait.

Un homme, un seul, continuait contre vents et marées à chercher la clé de cette énigme, Godefroid Pourquet. La nuit où le petit Grégory avait disparu, il avait 18 ans et lisait tranquillement dans sa chambre le dernier numéro de Stan le Barbare et, la fenêtre ouverte donnant sur la Saumâtre, il entendit distinctement un dialogue étrange entre un enfant – à coup sûr le petit Grégory – et une autre personne qu’il ne parvint malheureusement pas à identifier mais dont la voix lui semblait pourtant étrangement familière. Quand il voulut témoigner auprès de la gendarmerie, on lui demanda naturellement ce qu’il avait entendu :

« C’était un langage étrange et inconnu », expliqua-t-il au Capitaine Galubert, « on aurait dit des incantations vaudous. Ça faisait quelque chose comme lauve mi tainnedeur, lauve mi trou…, c’est assez difficile à restituer hors contexte ».

« À mon avis, tu lis surtout trop de bandes dessinées », répliqua de façon péremptoire le Capitaine Galubert. Et de renvoyer le jeune Godefroid chez ses parents en lui recommandant d’oublier ses histoires de vaudou et autres sornettes.

Mais Godefroid savait ce qu’il avait entendu et les disparitions successives le confortaient dans son opinion que quelque chose de pas normal se tramait à Fangeville (en outre il s’était renseigné sur les statistiques de disparition d’enfants en France et avec un taux de 12%, Fangeville était sensiblement au dessus de la moyenne nationale). Et c’est pourquoi depuis cet été 1978 il parcourait la campagne en long en large et en travers à la recherche de la vérité.

Il n’y avait qu’un seul endroit où Godefroid n’avait pas encore fouiné : le Mordor. Ses parents le lui avaient interdit et il était plutôt obéissant comme garçon. Car il faut dire que si Fangeville n’est pas la ville possédant la meilleure réputation au monde, ce n’est rien à côté du Mordor, le lieu-dit situé à l’est de la commune principale. Les légendes municipales enchérissent d’horreur quand elles évoquent ce lieu maudit. Crashs d’avions, naufrages de paquebots, défaite humiliante de l’équipe fangevillaine de water-polo aux interdépartementales de 1982 (la piscine était installée là-bas à l’époque avant d’être déplacée dans un bras de la Saumâtre)… autant de catastrophes qui ont banni à jamais le Mordor des guide Michelin des sites français garantis sans malédiction.

Même les paysans, pourtant assez cons dans l’ensemble, avaient déserté le Mordor. Seule restait en plein centre de la zone une ferme, apparemment abandonnée. Comme 60% des bâtiments de Fangeville, cette ferme appartenait aux Danglin mais même le notaire ne s’en souvenait pas. On appelait cette ferme – Dieu sait pourquoi – « La Branlade ». Si la CIA et la NSA avaient décidé de surveiller la zone, elles auraient tout de même pu se rendre compte que l’activité dans la ferme n’était pas nulle.

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Amandine Danglin, méconnaissable sans son rocking-chair, parcourant la steppe du Mordor.

À la nuit tombée, une forme sortait systématiquement de l’obscurité et franchissait les 1 200 mètres qui séparaient la Branlade du centre-ville de Fangeville. Quiconque l’aurait croisé ainsi, même en plein jour ne l’aurait jamais reconnue. Il s’agissait en effet d’Amandine Danglin. Celle qu’on croyait agglutinée à jamais dans son rocking-chair le regard dans le vide semblait prendre vie à la lueur de l’obscurité comme un loup-garou de bas étage. Toutes les nuits, elle se rendait à la Branlade mais cette nuit, elle n’était pas seule. Elle portait sur son dos un étrange fardeau. Un corps inerte et couvert de sang mais dont les soubresauts réguliers de la poitrine trahissaient encore la présence d’un souffle de vie. Quand elle arriva à la ferme, elle jeta le corps sur un matelas délavé posé à même le sol. Et là, elle contempla le visage tuméfié mais vivant de Frank Slater.

Pour le soigner et le réveiller, elle lui prépara une décoction à base d’ortie et de suc de macrouille tout en lançant ces étranges incantations :

   
La Saga de la Dé/Épisode 3 : La ferme des enfants perdus
Well, since my baby left me,

I found a new place to dwell. It’s down at the end of lonely street At heartbreak hotel.

   
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Pendant ce temps, sur les bords de la Saumâtre

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Anselme Danglin répondant aux question de France 3 Pays Maudits

À 76 ans Anselme Danglin ne sortait pratiquement plus de chez lui. Mais pour un Maire consciencieux, la découverte d’un cadavre aux abords de la Saumâtre, c’était une tout autre affaire que les simples disparitions d’enfants. Aussi décida-t-il de se rendre immédiatement sur place quand il apprit la nouvelle. Comme il s’y attendait, il tomba nez à képi avec le Colonel Galubert en train d’inspecter le site du crime supposé.

Anselme Danglin : Alors Colonel, qu’en pensez-vous ?
La Colonel Galubert : Le cadavre est mort, ça ne fait pas de doute, M. le Maire. D’après les premiers examens, il semble qu’il soit mort en 1978 sans doute égorgé après avoir été pendu à un crochet de boucher.
Anselme Danglin : 1978 ? Pourtant il me semble en bon état pour quelqu’un qui a passé 30 ans dans l’eau.
Le Colonel Galubert : Oui, c’est intrigant. Mais aucun doute sur la date. On a retrouvé dans sa poche arrière le N°1 246 numéro de Stan le Barbare, et il date de 1978. CQFD

Anselme sentit le vent froid de la révélation lui parcourir l’échine dorsale. Stan le Barbare ! La bande dessinée préférée de Godefroid Pourquet dont il possédait toute la collection, un fait bien connu dans la région. Le fils aîné de son ennemi juré venait-il de commettre une erreur fatale ?

Anselme Danglin : Stan le Barbare, dites-vous… Avez-vous pensé à en parler à Godefroid Pourquet ?
Le Colonel Galubert : Bien entendu, j’ai moi-même tout de suite pensé à lui. Mes hommes sont partis à sa recherche pour me l’amener à la gendarmerie pour interrogatoire.
Anselme Danglin : Bon travail, Colonel. Tenez moi au courant de l’enquête, je vous prie.
Le Colonel Galubert : À vos ordres, M. le Maire.

Un peu plus tard à la gendarmerie de Fangeville

Godefroid Pourquet ne comprenait pas ce qu’il faisait là, entravé dans des menottes trop petites pour ses poignets. Les gendarmes qui étaient venus le chercher n’avaient rien voulu lui dire. Ils l’avaient simplement embarqué, lui et sa collection complète de Stan le Barbare à laquelle il tenait plus qu’à sa propre vie. Même Jean-Louis Greums, avec qui il fréquenta les bancs de l’école avant qu’il ne devienne gendarme, ne lui dit rien quand il l’emmena en salle d’interrogatoire pour y trouver le Colonel Galubert.

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L'épisode du N°1 246 de Stan le Barbare reconstitué pour les besoins de l'enquête

— Assieds toi, Pourquet. Quel est ton emploi du temps de la journée d’hier ?
— Hier ? Mais comme d’habitude. Je me suis levé à 6 h 30. J’ai pêché la macrouille jusqu’à 17 h 30 et après jusqu’à 19 heures, comme tous les jours, j’ai enquêté sur les mystérieuses disparitions d’enfants jusqu’à 20 h 10 – 20 h 15 puis je suis rentré chez moi pour regarder « Plus belle la vie ».
— Et tu n’as croisé personne de suspect sur les rives de la Saumâtre ?
— J’ai vu Clovis Danglin avec un inconnu mais à part ça, non.
— Tiens, regarde ta collection de Stan le Barbare. Peux tu me donner le N°1 246 s’il te plait ?
— Le N°1 246 ? Mais… comment savez-vous qu’il s’agit du seul exemplaire qui me manque ?
— Parce qu’on vient justement de le retrouver sur un cadavre au bord de la Saumâtre. Alors avoue maintenant. Il te l’a volé, tu n’as pas supporté et tu l’as tué mais dans la panique tu as abandonné le corps hein ? C’est ça ? Avoue, charogne !
— Mais pas du tout, le N°1 246, je ne l’ai plus depuis 1 978 et je n’ai jamais réussi à en trouver un autre exemplaire !
— Ah ! Tu es fait comme un rat ! La mort du cadavre date justement de 1 978 ! Que réponds-tu à ça ?
— Mais c’est impossible, c’est un complot, je veux mon papa et ma maman !

Alors que Godefroid Pourquet est au bord de craquer, un gendarme fait irruption dans la salle d’interrogatoire.

— Colonel, le labo a terminé les tests ADN sur le cadavre et on a une identification.
— Déjà ?
— Oui, on s’est inspiré des méthodes des Experts : Las Vegas, ça va beaucoup plus vite
— Montrez moi ce rapport

Tout en lisant le rapport, le Colonel blêmit petit à petit jusqu’à devenir livide. « Ce n’est pas possible, ils ont dû faire une erreur », gémit-il.

— Godefroid, tu vas devoir me répondre franchement maintenant. On a identifié ta victime et le labo est formel, il s’agit de Grégory Ronchin, le premier enfant disparu de Fangeville en 1978.
— Mais c’est un enfant ! Comment pouvez-vous imaginer que je puisse assassiner un enfant !
— Justement, c’est ça qui est extraordinaire. Le corps qu’on a retrouvé est celui d’un adulte. Il faut nous dire la vérité. Il t’a volé ton exemplaire de Stan le Barbare en 1978, s’est enfui avec son butin et tu le traques depuis 30 ans pour cette histoire et hier, tu l’as enfin retrouvé, c’est ça ? Je peux comprendre tu sais.
— Nooooooooon. Je veux un avocat.

Retour à la ferme

Encore endolori, Frank sorti doucement de sa torpeur.

— « Où suis-je ? », marmonna Frank avec son sens aigu du lieu commun.
— « Shhhh… Reste tranquille, Raoul… C’est fini maintenant, tout va bien. Step on my blue suede shoes. », répliqua Amandine avec sons sens aigu du n’importe quoi.
— Mais qui êtes-vous ? Et pourquoi m’appelez-vous Raoul ?
— Parce que c’est comme ça que tu t’appelais avant d’être vendu à tes parents adoptifs. Raoul Danglin. Je suis ta sœur, Amandine. Beeeeeeeeeeeee Bop a Lula
— Oui, je me rappelle maintenant. Charlemagne… La rivière… Il voulait me montrer un joli banc de macrouilles et boum, plus rien.
— C’est pas Charlemagne, c’est Clovis et effectivement, il a essayé de te tuer et t’a laissé pour mort sur les rives de la Saumâtre. Mais je veillais, comme d’habitude. J’étais tapie dans les fourrés. Je me suis levé, je t’ai bousculé mais tu ne t’es pas réveillé, oui comme d’habituuuuuuuuuuuudeuuuuuuuuu
— Hem. Bravo vous chantez très bien mais… mais il va sûrement recommencer ! Que vais-je faire ?
— Ne t’inquiète pas, pour le moment il ne sait pas que tu es vivant. J’ai habilement mis à ta place un autre cadavre portant tes vêtements, cause i’m back in black, yes I’m baaaack in blaaaack
— Ah bon ? Et vous trouvez facilement des cadavres de remplacement comme ça dans le coin ?
— Au début, non, j’étais obligé d’aller déterrer les corps et ça m’a bousillé le dos. Mais depuis 1978 que je m’occupe de cette ferme, c’est plus facile, I can get now satisfaction
— Que voulez-vous dire ?
— Oh c’est une longue histoire. Cela fait plus de 50 ans que ma famille, les Danglin, sont en guerre ouverte avec les Pourquet. Et ça s’est souvent transformé en meurtre. Alors pour effacer les traces, j’ai décidé de me faire un élevage de corps de remplacement pour brouiller les pistes de la police. Tous les mois j’enlève un enfant de la ville et je l’élève au sous-sol, ici même. Quand il arrive à maturité, je l’abats et je le mets en chambre froide comme ça, dès qu’on a besoin d’un cadavre, hop, j’interviens. Aujourd’hui c’était un jour spécial, j’ai mis à ta place le petit Grégory Ronchin, celui par qui tout à commencé. We are the champions, my friend.
— Mais c’est horrible ! Comment pouvez-vous faire une chose pareille ?
— Et voilà j’en étais sûre. Bonjour l’ingratitude. Ah on faisait moins le malin avec un sabot en travers de la tronche tout à l’heure. I am an anarchist, I am an antechrist !
— Oui tu as raison, pardonne-moi, c’est la fatigue.

Frank, ou plutôt Raoul, sentait bien qu’au fond Amandine ne pensait pas à mal en enlevant et en assassinant des centaines d’enfants depuis 30 ans. Elle était peut-être un peu bizarre bien sûr, mais tellement sincère et dévouée. Et puis c’était sa sœur après tout. Comment lui en vouloir ?

Découvrez la suite de les secrets de Fangeville dans l'épisode 4 :


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