La Saga de la Dé/Épisode 1 : Le Mystérieux étranger

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Le mystérieux étranger

Des lambeaux de souvenirs. Voilà tout ce qui restait dans la mémoire de Frank Slater quand il évoquait son dernier passage à Fangeville alors même qu’il était en route pour le village maudit.

Ce devait être en 1983 ou 84. Il avait alors 5 ans (ou 6, c’est selon). Ses parents adoptifs ont toujours été peu diserts sur les premières années de son enfance. Le fait qu’il ait été adopté, ça, ils ne lui ont jamais caché. Il faut dire qu’ils n’ont pas trop eu le choix car tous les voisins l’appelaient "le bâtard" ou "l’adopté" et qu’en plus monsieur et madame Slater sont noirs alors que lui-même est d’une blancheur d’aspirine tendance frigo. Mais qui étaient ses vrais parents et pourquoi ne l’avaient-ils pas élevé, mystère et boules de geisha.

De toute façon Frank s’était fait une raison. Il avait supplié, menacé, torturé et même privé de TF1 ses parents adoptifs mais jamais ils n’ont craché le morceau. En tout cas jusqu’à la semaine dernière. En fouillant comme il le faisait régulièrement – plus par jeu que par défi – dans les poubelles de ses tuteurs, il était tombé sur une enveloppe apparemment jetée à la hâte. Heureux dans un premier temps de pouvoir compléter sa collection de timbres, il fut pétrifié à la lecture du cachet de la Poste : Fangeville. Fangeville ! Ce simple mot qu’il n’avait plus entendu ou lu depuis 25 ans (ou 26) déclencha dans son cerveau l’équivalent d’un lâcher de barrage dans les gorges du Verdon, en moins liquide. Il revoyait des visages sans noms, des noms sans visages et même parfois des personnes sans nom ni visage. Des lieux à la fois familiers et inconnus, des odeurs tenaces de fumier, des filets à macrouilles et des pieds droits sans sabot.

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Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Mme. Slater accepta d'accompagner Frank à l'aéroport.

Cette fois ses parents adoptifs ne pouvaient plus nier l’évidence. Il leur montra l’enveloppe et monsieur Slater, désemparé, ne put qu’admettre la vérité. Oui, Frank était bien originaire de Fangeville et il était possible que ses parents fussent encore vivants. Mais ni lui ni sa femme ne connaissait l’identité de ses géniteurs, ça ils pouvaient en jurer sur la tête de leur fils adoptif adoré. Incapables de procréer par eux-mêmes, ils avaient recueilli le petit Frank suite à une annonce passée dans un journal local contre 5.000 francs de l’époque mais l’échange s’était déroulé de nuit sur le pont enjambant la Saumâtre et jamais ils n’avaient pu voir le visage du "livreur". Qu’à cela ne tienne se dit Frank, je veux connaître la vérité.

Et c’est ainsi qu’en ce 18 avril 2009, il entra à nouveau dans la ville qui l’avait vu naître, des années auparavant. Malgré le peu de souvenirs qui lui restaient de cette époque, rien ne semblait avoir changé. Chaque maison, chaque rue, chaque fabrique de sabots pour pied gauche étaient comme figées dans l’éternité. Il se dirigea naturellement vers le seul lieu touristique de la ville, le bar-tabac « À la Gousse d’Ail » dont l’un des murs était mitoyen à celui du cimetière principal. À peine allait-il franchir la porte d’entrée qu’il fut saisi violemment par le bras pour se retrouver face à une femme décharnée aux cheveux épars et à la peau étrangement vert olive.

La femme : Je sais exactement qui tu es. Tu n’apportes que le malheur ici. Rentre chez toi au plus vite ou tu pourrais le regretter amèrement. HA HA HA HA HA HA
Frank Slater : Que voulez-vous dire ? Que savez-vous et comment me connaissez-vous ? Vous savez qui sont mes vrais parents ?

Elle le dévisagea. Intriguée.

La femme : Ah hem… Vous n’êtes pas le représentant de Tupperware qui vient nous refourguer sa camelote en plastique ? Au temps pour moi. Désolée pour la méprise.
Frank Slater : Y a pas de mal.
Clovis Danglin : Josiane Pourquet ! Encore en train d’emmerder les touristes ? Tu trouves qu’on en a trop ici sale pute ? Rentre chez toi connasse de morue et ne viens plus nous faire chier espèce de pompe à merde de macrouille. Ah la la, vraiment navré mon bon monsieur, cette demeurée de Josiane a vraiment oublié la politesse. Mais je me présente, Clovis Danglin, de la firme Danglin & Fils, spécialisée dans le sabot gauche. « Avec Danglin, vous aurez toujours les deux pieds dans le même sabot ». Mais je parle, je parle… Que nous vaut l’honneur de votre visite dans notre belle région ?
Frank Slater : Je… C’est un peu compliqué. Pourrais-je vous offrir un verre pour vous expliquer la raison de ma visite ?
Clovis Danglin : Pas de problème, c’est pas les occasions de se divertir qui abondent dans le coin. Racontez-moi tout ça.
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Michel Leeb, méconnaissable dans le rôle de Houphouët M’Bonobo

En entrant dans le bar, Frank Slater remarqua tout de suite que quelque chose n’allait pas. Les murs, le plafond, le plancher, tout était peint en noir. Les tables, les chaises étaient noires. Les verres étaient noirs, les seules boissons présentées aux clients potentiels étaient du Picon, de la Jenlain et du Coca-Cola. Même le patron du bar, qui répondait (si on parlait fort car il était un peu dur d’oreille) au nom étrange de Houphouët M’Bonobo était noir. Méfiant, Frank Slater choisit une place dos au mur de façon à pouvoir surveiller les allées et venues autour de lui. Hélas pour lui, il opta précisément pour le mur accolé au Cimetière Principal de Fangeville. À peine avait-il commandé la spécialité locale, le Clystère[1], qu’une étrange fumée noire sembla sortir du mur et l’entoura de son halo un peu comme dans Lost mais en moins bien fait parce que là c’est pour la télévision française et les effets spéciaux, ça coûte cher.

Frank Slater : Ah, mais que m’arrive-t-il, j’ai l’impression que je vais être embarqué dans une fâcheuse histoire d’enlèvement par un spectre nauséabond.
Clovis Danglin : Bon sang de bois Houphouët, tu n’as toujours pas fait ramoner ta cheminée ? Tu vois pas qu’elle ne tire plus du tout ?

Faisant fi de cette saillie assassine, Houphouët partit d’un rire gras et inquiétant, éclairant soudainement la pièce de ses grandes dents blanches comme on aime en trouver en Afrique pour se rassurer sur ses préjugés.

En partie rassuré, Frank Slater entreprit de raconter son histoire d’abandon et d’adoption à Clovis. Il ne savait pas pourquoi mais il lui faisait confiance comme s’il le connaissait bien.

Clovis Danglin : Je suis trop jeune pour me rappeler cette histoire. Toutefois, est-ce que le nom de Giselle Danglin vous dit quelque chose ?
Frank Slater : Danglin… Danglin… Oui, il me semble bien que j’ai connu un gars qui s’appelait comme ça. Charlemagne ou Clotaire, mais Giselle, non.
Clovis Danglin : Clovis peut-être ?
Frank Slater : Oui, c’est ça !

Et Houphouët de rire de plus belle en levant au ciel ses grandes narines rassurantes.

Clovis Danglin : Écoutez Frank, vous avez l’air un peu con-con mais je vous aime bien. Je vais vous raconter une chose que je n’ai jamais racontée à personne, pas même à Alfred, mon ami imaginaire. Je pense que cela va vous aider.
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Clovis et Frank, une ressemblance troublante

« Giselle Danglin était ma mère. Elle nous a quittés à la naissance de ma sœur Clytemnestre quand j’avais 18 ans à peine. Selon mon père, elle serait morte en couches et aussitôt incinérée sans plus de cérémonie. Mon frère Gérard a toujours cru à cette version de l’histoire mais moi, j’ai toujours trouvé que certaines circonstances étaient troublantes. Par exemple, le certificat d’authenticité concernant l’incinération de maman est antidaté et signé par un certain Docteur M’Bonobo que personne ne connaît dans la région. En faisant des recherches dans les registres d’état civil, j’ai également découvert que ma mère avait donné naissance non pas à une fille mais à des jumeaux, une fille et un garçon, ce dernier étant déclaré de père inconnu et mort à la naissance.

J’ai évidemment interrogé mon père à ce sujet mais il a maintenu que ma mère était morte et incinérée dans sa Fuego comme elle l’avait stipulé dans son testament. Alors au vu de ce que vous m’avez raconté aujourd’hui, je me demande s’il n’y a pas un rapport entre tous ces événements. Il est très possible et même probable que vous soyez mon frère ou éventuellement ma sœur mais cela implique que vous ayez changé de sexe à un moment donné. »

Frank n’en revenait pas. Cela faisait à peine une heure qu’il était revenu à Fangeville et déjà il se retrouvait avec un frère très bavard, un père menteur et acariâtre, une mère incinérée dans une Fuego et la recette du cocktail local, le Clystère.

Frank Slater : Incroyable. Mais Clovis, qu’allons nous faire maintenant ?
Clovis Danglin : Écoute Frank, mon père… notre père est malade et va bientôt mourir. Donc en gros tu tombes assez mal car je suis déjà en train de me prendre la tête avec Gérard pour l’héritage. En plus avec ces conneries d’analyses ADN à la con, tu vas pouvoir facilement prouver qui tu es. Donc là le mieux, c’est qu’on aille faire un petit tour au bord de la Saumâtre, je dois te montrer quelque chose

Et c’est ainsi que quelques heures plus tard, en ce mardi décidément pas comme les autres, on retrouva le cadavre d’un mystérieux inconnu au bord de la Saumâtre, totalement défiguré à coups de sabot gauche dans des circonstances troublantes. Et tandis que les hélicoptères de la gendarmerie survolaient la zone à la recherche d’indices improbables et que la population de Fangeville s’était rassemblée autour du corps de l'inconnu, personne ne prit garde à la femme qui roulait sur la Grand’Rue et qui semblait très pressée de se rendre aux Latrines.

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Un bon coin à macrouilles en perspective

Découvrez la suite de les secrets de Fangeville dans l'épisode 2 :

  1. 1/3 de Picon, 1/3 de Jenlain, 1/3 de Coca-Cola avec un zeste d’artichaut
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