Justicier De Parking

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Nuit glaciale sur Macadham city. Des lames noires déchirent la lune qui attise un nuage de moineaux nocturnes. Des maisonnettes jaunies par la lueur blafarde des réverbères percent les cieux. En dessous : la rue. Lieu de débauche, de tous les vices, où la catin côtoie le rouquin et les coquins de tous poils. Lieu de perdition, de déroute, où les plus honorables commettent les pires écarts de conduite.

Une loque de papier à la merci du vent traverse le parking bondé.

Ma chignole s'était faufilée entre deux luxueuses berlines et l'espace exigu qui restait entre elles avait nécessité pour m'extraire de l'habitacle une gymnastique dont moi seul possédais le secret.

Non fier de ma dextérité je partis folâtrer dans le chaos urbain.

Moi, folâtrant dans l'enfer hostile du chaos urbain.
"Moi, folâtrant dans l'enfer hostile du chaos urbain."
(collage d'images paint dessinées à la souris, puis assemblées à l'aide d'un logiciel bas de gamme) 2011. Macadham-City.
Nana aux cheveux chauves.png
La nana aux cheveux chauves dit :
Dès le premier coup d'oeil, on est immédiatement écrasé par la grandeur vertigineuse des buildings. Ceux-ci scintillent de manière inquiétante, presque paranormale, comme si l'auteur voulait nous faire perdre nos repères, nous plonger dans le surnaturel. Au bleu marine, l'Artiste a préféré le rouge-orangé pour colorer le ciel ; ceci est interprété à tort comme un pamphlet contre la pollution lumineuse propre à l'enfer urbain. En réalité, l'auteur souffre d'une maladie orpheline qui l'a rendu allergique au bleu foncé (mais ça ne l'a pas empêché de dénoncer cette souillure lumineuse dans une autre image animée strictement identique à celle-ci). Dans le ciel brillent 18 étoiles, chacune d'elles symbolise un profond traumatisme dans la vie de l'Auteur ; la quatrième en haut à droite illustre la Vanité Du Cinquième Orteil, et a été imaginée lors de l'interaction de cet appendice avec un pied de table. Au premier plan, on peut voir le personnage principal -l'artiste lui-même- aux prises avec le Chaos Urbain. Malgré tous les obstacles sur sa route, il parvient à se frayer un passage à travers cette jungle hostile, et n'écoutant que son courage à deux mains, il parvient à réaliser une improbable folâtion.
Merci à Lui.

A mon retour : l'horreur plastique, l'abomination noire ! Je pris instantanément conscience de l'ignominie de mon comportement. Pauvre fou ! Qu'avais-je fait ? Comment-avais-je pu oser ? Avais-je seulement mesuré l'aliénation de mon geste, la gravité de mon forfait ?

Mes essuie-glace relevés à la verticale, avec le balai retourné vers le haut me crachaient avec violence l'infamie de mon parcage. En me garant comme je l'avais fait, j'empêchais le conducteur de la voiture d'à côté de rentrer dans la sienne. J'étais un ignoble individu. Je l'avais contraint à l'humiliant passage par le siège passager pour accéder au volant. J'étais un misérable ! Je ne méritais même pas de croupir dans une fosse septique remplie de petits suisses morts. Pourfendu par la honte, le dégoût et le déshonneur, je songeai immédiatement au suicide. Mû par une irrépressible pulsion j'enjambai la rambarde du parking, et me jetai dans le vide.

Malheureusement je me trouvais dans un parking souterrain, et le vide qui séparait la barrière du sol ne faisait qu'un mètre de profondeur... Même si elle était plus courte que prévue, ma chute me permit une prise de conscience qui bouleversa ma vie :

Comme beaucoup d'entre vous j'étais une raclure de la pire espèce, un monstre abject, une souillure, une vomissure.

Heureusement j'ai été remis dans le droit chemin par ce héros anonyme qu'on appelle communément le Justicier de Parking.

« C'est un avion ? C'est un oiseau ? Non, c'est un sac poubelle ! »
~ Un quidam à propos du justicier de Parking qu'il n'aperçoit pas dans le ciel.
« Encore ces malapris de jeunes délinquants... »
~ Un individu lambda d'un certain âge découvrant la sentence d'un Justicier de Parking mais n'ayant aucune conscience de sa signification.
« Connards de vioques... »
~ Un jeune fils à papa dont la voiture vient d'être justiciée par un justicier de parking, et qui bien qu'ayant conscience du pourquoi de la scène, ne modifiera pas son attitude.

Le justicier de Parking

Après ma pathétique tentative d'autolyse dans le parking, j'avais décidé de remonter la pente, de changer, j'aspirais à regagner ma dignité, mon honneur, à redevenir un homme. J'y pensais tous les matins en me rasant. C'était de bon augure, la pratique ayant prouvé que même les pires pourritures peuvent arriver à leurs fins lorsqu'elles y pensent en se rasant. Je parvins à la réflexion suivante :

« Il y a deux catégories d'individus sur terre : ceux qui se garent n'importe comment, et ceux qui se garent n'importe comment et qui relèvent les essuie-glace de ceux qui se garent n'importe comment. » Il était temps d'évoluer, et d'adhérer à la deuxième catégorie. Ma décision était prise, j'allais devenir Justicier de Parking.

Objectif : Justice

Le monde des justiciers anonymes est abondamment brossé dans les grands classiques littéraires américains. Je me suis donc rendu chez mon buraliste afin de me procurer les tout derniers échantillons de revues décrivant mes idoles. Sur les étals aucun ouvrage ne parlait des justiciers de parkings. Je dus me contenter de "la lanterne verte", "l'homme-bath", "l'homme-essence", "l'homme-fer-à-repasser", "le dard-débile"... pâles imitations, certes, mais l'inspiration était là et il ne restait qu'un pas à franchir pour acquérir les bases du métier.

Costume d'apparat

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Cela va de soi : le Justicier est l'allégorie de la Justice.
La justice est habituellement représentée par une femme aux yeux bandés drapée dans une étoffe de soie qui laisse deviner sa poitrine ferme et généreuse. Le galbe de ses cuisses imite les courbes de ces collines qui poussent l'alpiniste hardi à aller toujours plus haut. Ses hanches voluptueuses sont un nid douillet dans lequel on aimerait entièrement s'enfouir. La douceur de sa croupe est un appel à d'interdites friandises... Aveugle, elle ne risque pas de vouloir changer de chaîne lorsqu'on regarde la télévision, et si on veut qu'elle nous fiche la paix, il suffit de la laisser jouer dans un coin avec son épée et une petite balance. Vous l'avez compris : La justice représente le fantasme ultime masculin.

Tout justicier qui se respecte se doit d'incarner la justice aussi scrupuleusement que possible. Il devra donc porter une tenue mettant ses attributs en valeur afin de charmer la gent masculine. Comme il fait de plus en plus froid à cause du réchauffement climatique, le drap de soie n'est plus très tendance, on lui préférera une combinaison moulante en sky ou en latex, de couleur chaude, qui fera davantage ressortir sa subtile musculature. Afin de ne pas révéler trop bruyamment sa puissante virilité, il devra se parer d'un slip placé au dessus des collants[1] Pour bien qu'il se remarque, et pour que le plus réticent des mâles y porte un inévitable regard, le maillot devra avoir une couleur qui contraste fortement avec le reste de la tenue.

Etant donné qu'il est difficile de sauter de toit en toit pour rendre la justice lorsqu'on est aveugle, au lieu de se bander les yeux, on masquera l'ensemble du visage sauf les yeux. On pourra ainsi rester bandant malgré l'absence de bandeau.

La mutamorphose

Pour devenir justicier, il ne suffit pas de le vouloir. Il faut en général réussir à se trouver dans une situation complexe mettant en scène l'interaction improbable entre au moins trois des éléments suivants :

  • un animal effrayant (Tigre, ours, poisson rouge, écureuil, lamantin, Bernard ou Thierry lhermitte...)
  • de la saleté qui brille dans le noir (des déchets toxiques, des rayons gamma [2], du liquide séminal d'ukrainien ou de japonais...)
  • des extra-terrestres humanoïdes pouvant prétendre au titre de mannequin pour Karl Lagerfeld
  • des objets de la vie courante (une lanterne, une paire de chaussures, un radiateur, un parking-vampire...)
  • un violent traumatisme psychologique (la perte d'une dent, un one-itis, un discours de «...»[3]...)
  • Satan, un démon, ou un dieu autre que Dieu qui est trop ringard...


Quelle que soit la méthode utilisée, celle-ci sera l'explication claire, scientifique et irréfutable des super pouvoirs de ce qu'on appelle outre atlantique un Vigile nanti.

Une autre manière pour accéder à ce statut serait d'obtenir un job de gardien de nuit et de devenir usurier.

La naissance d'un Héros

Souffrant déjà d'un profond traumatisme (le relevage de mes essuie-glace) et me considérant moi-même comme un animal effrayant, il ne me restait plus qu'à me faire mordre par un parking pour acquérir mes super pouvoirs.

Au final, et n'ayant rien trouvé de mieux, je déguisai mon avant-bras en bouteille de la villageoise, et me le fis téter jusqu'au sang par un Clochard De Parking.

Quelques jours plus tard un exsudat visqueux jaune et verdâtre commença à sourdre de ma plaie. Il s'agissait de l'évidente manifestation de mes premiers super pouvoirs ! Je me sentais prêt à imposer ma justice au reste du monde, à la semer derrière moi tel un Attila des essuie-glace. Psychologiquement je me sentais apte à affronter l'anarchie chaotique des emplacements de stationnement. La douleur que je ressentais dans mon membre était la preuve irréfutable de la puissance explosive de mes nouveaux pouvoirs, et la traînée rouge qu'elle laissait le long de mon bras remontait presque jusqu'à mon épaule. J'étais en train de changer, il était temps pour moi d'apprendre le maniement de mes nouvelles capacités.

Je partis donc en quête d'une âme charitable capable de m'en apprendre plus sur les super héros en action. Au détour d'une ruelle je surpris un poivrot qui virevoltait dans le maelström urbain avec la grâce d'un zombie dans un mixer, sa démarche fluctuant de l'aérien au tellurique trahissait sans aucun doute de puissants super-pouvoirs en conflit. Leur maîtrise devait nécessiter une grande maîtrise.[4].
Poursuivant dans la même veine didactique, je m'enquis auprès de ce maestro de l'existence d'un quelconque symposium vidéographique pouvant éclairer ma nescience en matière de Pyomancie[5], ou à défaut, traitant du contrôle et de la domestication générale des super-pouvoirs.


« Gné ? 'a film de zuper héros ? 'a voir Ssspider Man. L'est trop bien s'mec, y peut faire sortir un truc blanc de son avant bras pour chopper les bouteilles à distance. J'le vois partout quand j'fais mon délirium, y fait comme ça : "Fouuuushhhhh". »
~ Éructa mon interlocuteur en émettant une symphonie nauéeuse de vodka, de vinasse et de sécrétions diverses tout en imitant du poignet les gestes de son idole.


Je découvris alors un troublant point commun entre ce Speedeur Manne et moi : je pouvais également produire une substance blanchâtre en fléchissant mon poignet en arrière tout en imitant avec mon index et mon auriculaire des oreilles de petit lapin.

Déconcerté, je me ruai dans le cinéma le plus proche pour en savoir plus...


« De grands pouvoirs impliquent de grandes irresponsabilités »
~ Déclara Benoit Stationneur[6], l'oncle de la Manne Véloce à travers les hauts parleurs de la salle de ciné.

Littéralement transcendé par les propos de ce sage, je laissai sur-le-champ tomber mes brillantes études, ma séduisante petite copine, mon paquet de pop-corn et le reste de ma famille pour me consacrer à 200 % à ma nouvelle vie.

Après plusieurs tentatives infructueuses, je me rendis compte que j'étais incapable d'utiliser correctement mes pouvoirs, et que ceux-ci ne m'aidaient guère à infliger ma Justice aux autres. Pourtant je les sentais plus puissants que jamais : mes doigts viraient au violet, et les muscles de mon bras étaient devenus une colossale masse écarlate. De la brèche de mon épiderme sourdait ce que j'appelais désormais le Fluide-X. Je me sentais puissant, PUISSANT ! PUISSANT !!! C'était très douloureux, mais dans les premiers temps la maîtrise d'un super pouvoir n'est pas une chose aisée, et j'étais encore loin de saisir les propriétés de cette substance que je sécrétais. J'imaginais bien qu'elle était en rapport avec les aires de stationnement, peut-être aurais-je pu m'en servir pour tracer une ligne jaune sur le sol afin de délimiter une zone de travaux ? Mais cela était peu utile pour faire régner la Justice de Parking.

Impossible, par exemple, de relever un essuie-glace en faisant les oreilles de lapin : le jet de Fluide n'était pas assez fort.

Je me rendis donc chez un médecin afin qu'il analyse les propriétés du Fluide-X.

Le Cémick

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On comprend facilement que les personnes atteintes d'hypertrophie du fondement aient des difficultés pour se déplacer ; souffrir d'une telle déformation honteuse inspire l'empathie et le respect. Ces gens méritent les meilleures places. Elles leur permettent ainsi un minimum d'effort pour aller de leur voiture à leur destination. Par ailleurs, en diminuant le temps que ces individus passent sur la voie publique elles réduisent la nuisance que leur silhouette disgracieuse inflige à notre vue.
Les handicapés ont des chaises roulantes, ils se déplacent donc sans effort et passent leur journée assis à rien faire. En outre, les voir se traîner sur une marche d'escalier constitue un divertissement hilarant. Ourdissant un infâme complot judéo-maçonnique, ils essaient de déguiser leur fauteuil en énorme croupion en mettant de grosses roues à l'arrière pour ressembler au logo, mais ne vous laissez pas berner, ce sont des imposteurs ! Ils ne méritent pas les places bleues !

Il était tard. Au milieu du marasme de la banlieue se trouvait un laboratoire d'analyses médicales, l'endroit idéal. Le parking était désert, peu de Justice à rendre. Certes, une voiture était stationnée sur une place pour invalides mais le macaron agréé était sur le pare-brise. Celui-ci était sans doute justifié, n'étant pas journaliste je respectais la présomption d'innocence. Il n'y avait pas encore de justice à rendre. Déception. Je me rendis donc au cabinet.

Dans la salle d'attente, accroupie dans un coin sombre, siégeait une créature glauque avec des yeux injectés de sang. Son visage creusé et blafard reflétait une profonde souffrance et une haine infinie du genre humain. Elle avait un crâne chauve et hypertrophique. Une gouttelette de bave perlait au coin de ses lèvres fines et rouges comme les berges d'une plaie. Le monstre jouait avec une petite voiture majorette que son bras décharné faisait aller inlassablement d'avant en arrière, et qui percutait de temps en temps les autres voiturettes alignées face à lui. Cela ne faisait aucun doute : il osait me narguer. Son regard se tourna ensuite vers une femme assise à côté de lui. « Regarde on a la même voiture que la blanche, là ! »

Évidemment, il s'agissait du même véhicule que celui garé sur la place réservée du parking. Je regardais furieusement l'abomination au crâne pelé qui se traînait face à moi. Le logo blanc précisait bien que seules les personnes au postérieur hypertrophique pouvaient se garer là. Il s'agissait pourtant de la seule partie de cette engeance maléfique à avoir une proportion quasi-normale. Comment avait-il pu oser ?

Voyant que je le dévisageais avec haine, son interlocutrice me dit : « Ne le fixez pas ainsi, il est leucémique. Si il a mauvaise mine c'est car il sort d'une cure de chimio et de radiothérapie.»

Il était Le Cémick. Je sentis la panique me gagner. Ce petit démon avait tout du Super Vilain décrit dans les ouvrages Américains auprès desquels j'avais tiré tout mon savoir, même un nom finissant par « ck »[7] : Il était le fruit de l'improbable interaction entre des produits toxiques, des rayons gamma, un enfant hideux et Satan. Vu l'absence totale d'attirance sexuelle que je ressentais envers la chose, il était certain qu'il ne s'agissait pas d'un Justicier, mais bien d'un Génie Du Mal. J'étais acculé. Lançant instinctivement mon bras vers eux, je leur propulsai une giclée de Fluide-X sur le visage. La substance goulina le long de leur nez jusqu'à leur bouche. Elle eut une efficacité inattendue et quasi-instantanée sur ce couple maléfique. Les voyant indubitablement hors de combat, rendant leur repas à la terre plus tôt que prévu et par d'inattendus orifices, je me ruai vers la sortie.

Inconsciemment, j'avais enfin réussi à utiliser mes super-pouvoirs.

Avant de repartir à bord de la JusticeMobile, je rendis mon verdict en relevant les essuie-glace de la voiture de mon Némésis, et en plaçant derrière elle un lourd bac de fleurs en terre cuite.

Justice était faite.

Comment infliger la Justice de Parking ?

Il y a beaucoup de places de parking sur terre, et si peu de Justice... Si un jour vous désirez partir en croisade contre le mal, ne gâchez pas votre potentiel en courant au secours de la veuve ou de l'orphelin. Les victimes n'intéressent plus personne de nos jours. Chacun pour sa gueule. Non, ce qui compte vraiment, c'est de PUNIR les gens qui -entre autre- prennent deux places en même temps dans un parking bondé.

Justice est faite.
The only good justice is the justice you take. (E.Cartman)
(tableau réalisé au Gimp, à la souris laser, et au fusain, avec l'aide d'un ordinateur allumé) 21/12/2012. Macadham-City.
Nana aux cheveux chauves.png
La nana aux cheveux chauves dit :
Détaillons cette œuvre réalisée par l'Artiste-justicier dans le but d'initier le néophyte à l'Art de la Sentence.
1) Cubisme d'antenne
Cette Peine inflige à tout mal-garé qui la subit un profond bouleversement. Il ne pourra plus s'intoxiquer le cerveau avec le venin des principales radios qu'on écoute habituellement dans les embouteillages, au lieu de plonger la tête dans son volant, il verra les jolis papillons qui s'égaient au dessus de la bande d'arrêt d'urgence, et sera émerveillé par la façon dont ils éclatent sur les pare-brise des grugeurs de bouchons. Nul doute qu'il trouvera là l'inspiration pour de brillants articles sur la .
2) Marqueur marquant
A l'aide de son feutre indélébile, le Juge inflige au véhicule du contrevenant le statut de stationné gênant perpétuel. La voiture ne pouvant plus se garer en paix, elle sera condamnée à errer jusqu'à la dernière goutte de carburant. Elle roulera des jours et des jours, épuisera jusqu'à la dernière once de sa sève, et connaîtra une agonie lente et douloureuse. Il s'agit d'une punition à ne pas prendre à la légère.
3) Relevage d'essuie-glace
Un classique. Cette peine peut bouleverser même les esprits les plus équilibrés, les plus purs, les plus évolués... L'Artiste en est la preuve vivante. Même Lui n'a pas pu résister à l'impérieuse pulsion de mort que subit le condamné. Ce n'est qu'un incroyable concours de circonstance qui lui a permis de survivre, et de devenir qui-vous-savez.
4) Le Georges éTron
Cette peine est à réserver aux mal garés que vous conchiez du plus profond de votre âme. L'idéal est de la dissimuler sous un chapeau déguisé en capot, ainsi quand la voiture sera sur une voie à grande vitesse l'action du vent sur le démoulage sera du plus bel effet. Surprise garantie.
6) Oh Pinaises !

Le quotidien du Justicier de Parking

L'univers est vaste, froid, hostile. Les parkings le sont encore plus.

Seule une immersion complète dans le monde belliqueux et néfaste du stationnement de véhicule permet d'appréhender cette vérité. Elle devient la croix du Justicier. Chaque jour, ce fardeau je le traîne avec moi sur l'asphalte glacé, et les essuie-glaces que je dresse inlassablement vers les cieux me semblent de plus en plus pesants. Une sensation de fièvre, des nausées et des vertiges me saisissent parfois. Pourtant mes pouvoirs semblent plus puissants que jamais, les quantités de Fluide-X que je produis sont impressionnantes et me permettent de mettre en déroute avec brio les criminels impudents qui osent contester mes sentences.

Parfois je me demande si j'arriverai un jour au bout de la tâche que je me suis fixée. Plus le temps passe, et plus le nombre de délits de stationnement me semble important. Mais l'espoir d'un monde harmonieux où les parkings seraient un havre d'ordre et de symétrie est toujours présent, et m'aide à affronter une nouvelle tranche de Justice. Les jours s'enchaînent et se ressemblent.

Afin de rester sain d'esprit, il est nécessaire de se fixer des repères simples. Le marin perdu en pleine tempête trouvera son salut dans la lueur du phare qui perce à l'horizon. Cette petite lumière pour moi tient en l'alignement de toute chose. Peu à peu le parallélisme est devenu une doctrine qui m'apparaît comme le vecteur de salut qui libèrera l'humanité du bordel absolu. Pour être honnête avec moi-même j'ai naturellement appliqué cette doctrine à mon quotidien.

Routine

  • Aujourd'hui c'est le 11/11/11, et il est 11 heures 11 sur mon réveil[8]. Comme à mon habitude, j'aligne parfaitement mes deux tartines avec mes couverts de part et d'autre de mon bol de café. C'est capital. Si l'alignement n'est pas optimal on n'y comprend plus rien : c'est la porte ouverte au Chaos. Et le Chaos c'est le Mal. Le reste du pain était de travers ce matin, alors j'ai dû le punir en lui infligeant la peine numéro 7. Il faudra que je pense à retourner chez le boulanger.
  • Il est 11 heures 11 à l'horloge de la cuisine[9]. L'heure de partir travailler. Je rejoins donc mon poste de gardien de Parking, mon nouveau job. Couverture idéale. Tapi derrière l'écran de mes caméras de surveillance j'assiste à l'évolution incessante de cette mélasse putride d'individus qui vont et viennent sans aucun sens de l'osmose et de la cohésion. Le dixième cercle de l'enfer grouille sous mes yeux. Je sens mon Fluide-X bouillir d'impatience au point de couler sur le clavier. Il faut donc que je retrace une deuxième trainée de Fluide de l'autre côté en prenant un axe de symétrie passant par le milieu de la touche "H"[10]. Je prends acte des crimes de parking, les consigne scrupuleusement dans ma mémoire. Ce soir les hors-ma-loi seront PUNIS.
  • Il est 22 heures 22 sur la pointeuse[11], la journée s'achève. Sonne l'instant où le procureur endosse sa tenue de juge et bourreau.
    Mes pouvoirs étaient d'une vigueur inhabituelle aujourd'hui. J'ai Fluidé partout. Ça a été dur de respecter la symétrie dans la pièce. C'est de bon augure.
    Afin de ne pas révéler ma double identité secrète, je me rends dans une cabine téléphonique pour enlever mes habits et enfiler mon masque. La canicule estivale en ce 11 novembre est éprouvantable pour les justiciers, car il n'est pas évident de porter sa tenue sous ses habits civils, d'autant plus que pour la cacher efficacement, pantalon et col roulé s'imposent... Le retour vers le parking est encore pire : pour ne pas me les faire voler, je suis obligé d'enfiler mes habits civils sous ma tenue de justicier.
    En plus j'ai dû Fluider au passage une vieille dame qui m'a surpris après que j'aie ôté mon pantalon, pendant que j'enlevais mon slip qui était par dessus les collants, afin de pouvoir retirer les collants pour pouvoir enfiler mon pantalon avant de remettre les collants par dessus, puis le slip pour finir.
  • Il est 11 heures 11 sur ma montre. Je suis dans les temps. J'épandrai donc ma justice jusqu'à 11 heures 11[12]. Ça peut sembler court comme intervalle de temps, mais l'être humain semble avoir oublié qu'il lui faut un minimum de sommeil pour rester vigilant. C'est une des nombreuses causes qui nourrissent le chaos du monde extérieur, changent peu à peu les gens en zombies et finissent par les faire stationner de travers ! [13]
    Me voici donc en immersion complète dans le Dixième Cercle de l'enfer, le parking houleux de Vinciparc, Résidence des mauvais stationneurs. Situé dans l'Enfer Souterrain, au delà du Diable, j'affronte le Mal à son état le plus brut. Le voici matérialisé sous la forme d'une hideuse Mercedes-Benz qui a osé se garer en bataille au lieu de se ranger en épi. La crise est d'autant plus sérieuse, qu'aveuglés par l'exemple Allemand avec lequel on glave[14] l'éponge glaireuse qui sert de cerveau à nos compatriotes, voici que toute l'allée s'est stationnée en bataille ! Positionnés de cette façon les véhicules interdisent aux piétons l'accès au couloir numéro 3B, on nous refait Dantzig ma parole ! Il faut agir avant que ce stationnement illicite ne dégénère en holocauste nucléaire mondial.


ATTENTION : il ne faut pas confondre les différents types de stationnement
Statbataille.jpg

Stationnement en Bataille.

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Stationnement en Épi.

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Stationnement en Bite.

Révélation

La pratique quotidienne en ces temps barbares nous montre que pour qu'une action ait une vraie influence auprès de la population, il faut que celle-ci impacte en premier lieu les individus qui respectent la loi. On a ainsi introduit le principe de présomption de culpabilité : tant qu'on n'a pas fait la preuve de son innocence, on est considéré comme coupable. Aujourd'hui ce principe constitue la partition intrinsèque de notre petit monde pervers et nous plonge dans un univers de paranoïa constante. La peur rend les gens dociles, leur fait courber l'échine et finit par les asservir totalement. Elle uniformise les consciences et fait rentrer les gens dans les clous. L'outil idéal ! Prenant exemple sur notre belle démoncratie, si je veux me faire respecter dans mon parking il faut donc que j'applique des sanctions qui concerneront en priorité les innocents. Ce plan génial aura pour effet :

  1. De terroriser les bien-garés afin qu'ils sachent qu'on les a à l'œil et que bien se garer ne suffit plus, il faut dorénavant mieux se garer.
  2. De diviser les stationnants, et de les monter les uns contre les autres, car en ne sanctionnant pas les coupables on créera une véritable fracture stationnale, les bien garés voyant que des gens plus mal garés qu'eux n'ont pas subi ma justice se sentiront floués, et aveuglés par un profond sentiment d'indignation, ils rejoindront les rangs des Justiciers de Parking.
  3. De fait une réaction en chaîne sera ainsi générée, et tel un tsunami purificateur, la justice de parking prévaudra. L'Ordre, le Parallélisme, la Symétrie deviendront les trois mamelles du monde nouveau qui naîtra de nos mains. Et dans les souterrains résonnera notre slogan : « Pour des lendemains qui chantent : justiciers de tous les parkings, unissez-vous ! »

Sous forme de punition collective, j'entrepris donc de châtier les innocents afin de mieux punir les coupables.
Aujourd'hui, Vinciparc. Demain, LE MONDE !

Via Dolorosa du Justicier

La tâche était à la démesure de ma flamme : je devais déchaîner mon carrousel de justice à toutes les voitures du parking, en commençant par les mieux garées. Le parking comprenait 1111111111[15] places. J'entrepris mon marathon en essayant de varier au mieux les peines car seul un chaos peut vaincre un autre chaos. Le principe sera : pour chaque stationnement une action de justice ou staction. Ne ménageant pas mon ardeur, arrivé au 1111e véhicule et prenant acte de la tâche restant à accomplir, je pris conscience de la démesure de ma Passion. Mes membres commençaient déjà à s'alourdir, mon bras me lançait, le Fluide-X semblait plus corrosif et plus brûlant que d'habitude, mon souffle s'accélérait... 11111 véhicules.... 111111 maintenant... La douleur devenait de plus en plus insupportable, ma fatigue me contraignait presque à ramper. Le vertige qui m'envahissait peu à peu troublait ma lucidité, je m'enfonçais dans un tunnel de plus en plus sombre dont l'issue -la voiture suivante à réprimer- me semblait à chaque instant plus difficile à atteindre. Je ne sentais plus mon bras. Ma vue se troublait. La 111e staction du Justicier[16] sonna le glas de ma croisade. Chancelant, haletant, suffocant, je chus. Un voile de poussière se souleva lorsque mon corps percuta le sol. Adieu Justice. Adieu Ordre. Adieu Symétrie. Tout devînt noir.


Une petite souris en chandail rouge avec un bonnet bleu à pompon jaune sortit de derrière un pneu.
Pauvre 'tit Justicier,
La tâche qu'il s'est confiée
Et le Chaos défié
Finiront par le scier !

Chantons ma bonne idée :
Pour l'ordre, l'harmonie,
Une parfaite symétrie,
Nous allons tous l'aider !


Pinpin le lapin m'enfila une magnifique robe de princesse scintillante puis s'égaya devant moi en reprenant la mélodie de Riri la souris. Rapidement ils furent suivis par Cucul et Rereuil, deux écureuils en costume bariolé qui montant l'un sur l'autre redressèrent en fredonnant une paire d'essuie-glaces. Fafaon, le faon en tutu vert jaillit en dansant d'une bouche d'aération, et fractura les phares avant d'une BM tandis d'une escadrille de mésanges (menée par Zanzange qui arborait une casquette rouge) lui déféqua sur le pare-brise. Mahmoud Ahmadinejad le gentil hérisson au turban barbu était lui aussi de la partie, et s'explosa sous le pneu le plus proche. Pris dans une folle farandole, j'entrai également dans la valse. Ivre et chantant, je me mis à tourner, tourner, tourner encore.

Tout devint blanc.


Brutalement saisi de l'épouvante la plus absolue face à ces abominations dégénérées, je me perdis dans un inextinguible hurlement.

Epilogue

Tout était blanc.

Des ombres blafardes s'affairaient autour de moi. Je saisis quelques mots avant qu'elles ne disparaissent.
« Coma profond »... « Bouffée délirante aigue »... « Gangrène »... « Geste thérapeuthique »... « Septicémie »... « Trouble schizotypique »... « Café ? Café ! »...

A son éveil tout homme normalement constitué porte instinctivement la main sur une part bien précise de son anatomie afin d'en apaiser le prurit matinal. Ce fut naturellement mon cas. Mais au lieu de la satisfaction attendue, j'en conçus une intense frustration : les démangeaisons étaient toujours là. Quelque chose clochait. D'ailleurs je ne ressentais plus du tout mes super-pouvoirs, à peine un léger picotement au niveau de l'épaule. Que m'arrivait-il ? Afin de vérifier leur présence, je tentai de propulser une giclée de Fluide-X sur le plafond, mais rien ne se passa. Absolument rien... RIEN! Je ne voyais même pas les oreilles de lapin... D'ailleurs, maintenant qu'on en parle, je ne voyais même pas mon bras droit ! Instinctivement, je parcourus la pièce du regard, peut-être était-il dans le coin ?

Je me trouvais vêtu d'un pyjama blanc allongé dans un lit à barreaux, un tube partait de mon nez, et rejoignait une poche de liquide jaunâtre, à côté de celle-ci sur la même potence un flacon de liquide clair labellé "Vancomycine" était relié à mon poignet gauche. La pièce comprenait outre mon lit, une fenêtre grillagée, des murs blancs, un lavabo avec d'étranges instruments métalliques et une tour d'écrans desquels émanait un "bip" qui semblait s'accélérer.

Comment avais-je pu être aussi aveugle ? Cette histoire folle de Justicier, de super pouvoirs surnaturels ne pouvait finir qu'ainsi, j'aurais dû me rendre à l'évidence bien plus tôt !


Il était clair que j'étais prisonnier d'un centre gouvernemental top secret, et que je subissais actuellement le sort réservé à un vulgaire cobaye de scientifiques sans éthique ni respect pour l'Ordre et la Symétrie. Pour comprendre l'origine de mes super-pouvoirs ils m'avaient amputé le bras droit afin de le soumettre à d'innommables expériences. Égaré un instant dans mes hypothèses je pris soudain conscience de l'abomination qu'on m'avait fait subir en me coupant un membre :

J'étais devenu asymétrique !

Me voilà réduit à néant, le Chaos a triomphé et a corrompu mon être. Le sort m'apparait dans son infinie cruauté et me crache à la figure cette ignoble vérité : On ne peut échapper au système contre lequel on se bat. Désespoir. Angoisse. Consternation. Dégoût. Tourment. Vanité. Il ne me reste plus que les yeux pour pleurer et le bras gauche pour me suicider.

Fouillant dans les instruments près du lavabo, je trouve un scalpel. Ce n'est pas l'instrument idéal pour mettre fin à ses jours, mais il faut faire avec. Empoignant la lame, je me prépare à me faire hara-kiri, une des rares méthodes permettant de mettre fin à ses jours de façon symétrique. C'est au moment où elle semble le plus faible que la flamme du Héros de Justice est capable du plus fulgurant brasier. Sentant la fin proche, je vis ma foi en l'harmonie brûler de plus belle dans mes veines, et me crier une vérité qui bouleversera ma vie :
« Si tu n'as pas pu triompher par la violence, c'est uniquement car tu n'as pas été assez violent ! »
J'entrepris donc de rétablir ma symétrie en m'amputant le bras gauche avec le bras gauche. Je vous conseille de bien connaître votre anatomie avant de vous lancer dans une telle entreprise, car il faut penser à disséquer les artères et les nerfs en dernier. Ce ne fut pas mon cas, et je n'ose pas vous avouer comment j'ai réussi à retrouver mon harmonie. Mais me revoilà symétrique ! J'ai dorénavant l'intime et définitive conviction que la Justice de Parking sera le genre humain, même si pour ce faire je dois la rendre avec les dents !

Disparaissant dans le clair de lune, on peut aujourd'hui entendre mon hurlement dans tous les parkings souterrains de la ville :
« JUSTIIIIIICE ! »


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Miniver AvisRecherche : lieu renégat Nana Cheveux Chauves ?
 
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Ce sondage a été créé le janvier 17, 2012 12:30 et 568 personnes ont déjà voté.


  1. car en dessous, à moins de mettre un string, il aurait l'air ridicule.
  2. toute autre lettre grecque est valable
  3. mettez le nom du politicien de votre choix. De toutes façons, comme disait ' le gonze ' mon ancien voisin : « Les poli'ciens c'eye tous qu'eusk des pourris ! »
  4. Houla, c'était très nul ça...
  5. À noter que je ne savais pas encore que j'étais un pyomancien, mais le lectorat me pardonnera cet anachronisme. Être à la fois narrateur omniscient et personnage d'un récit est comme toute autre forme de cumul de mandats, une tâche irréalisable entravée par les conflits d'intérêt et qui devrait de fait nous faire littéralement conchier toute personne s'y adonnant.
  6. L'homme de la rue aura compris que nous parlons bien évidemment de Ben Parker, oncle de Peter Parker alias Spider Man
  7. Pour la petite histoire, et bien que cela n'intéresse personne ici, il s'agit également de la terminaison du nom de l'auteur de cet article.
  8. J'ai réglé celui-ci afin qu'à 7 heures du matin il indique 11 heures 11 minutes. J'ai bloqué le mécanisme de la date pour rester éternellement au 11 novembre de l'année 11, jour béni par l'Ordre et l' Harmonie
  9. Que j'ai réglée afin qu'à 7 heures 40 du matin elle indique 11 heures 11 minutes.
  10. Touche qui de façon surprenante est au centre du clavier alphabétique et présente elle-même un centre de symétrie. Prodigieux.
  11. je reste exprès 2 heures 22 minutes de plus au boulot, car curieusement mon chef ne m'a pas laissé réparer l'horloge de la machine pour la mettre en phase avec mon emploi du temps. Cet homme est un dangereux anarchiste.
  12. Par souci de symétrie, j'ai une deuxième montre sur l'autre bras. Il y a deux fois 111 minutes d'écart entre les deux (111 minutes pour chacune).
  13. D'ailleurs il y a un projet de long métrage qui prendra pour origine du fléau zombie le manque de sommeil chronique, le gavage télévisuel et l'usage de psychotropes. Il s'appellera Hexagone.
  14. néologisme issu de l'hésitation de l'auteur entre l'utilisation de "laver" ou "gaver"
  15. J'adore le langage binaire. à noter que ce nombre est donné à 23 emplacements près.
  16. on retourne en décimal, car en binaire ça fait 1101111...


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