Jeanne la folle

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[modifier] Chapitre1

Les rues de Gand étaient pleines de neige, ce soir du 24 février 1500, et les bourgeois attardés se hâtaient de regagner la chaleur de leurs foyers. Mais il y avait fête au Prinsenhof. Des chants, des accords de violes et de harpes , des cris joyeux et des rires se faisaient entendre. Cette fête n’ était qu’une parmi les nombreuses que donnaient l’archiduc Philippe le Beau, gouverneur des Flandres et fils de l’empereur Maximilien. Amateur de plaisirs, beau garçon, personne ne peut reprocher son goût de la fête à ce garçon de vingt deux ans.

Pourtant, en voyant danser, chanter et s’agiter le jeune homme, une jeune femme, belle, brune, les yeux verts, enceinte à pleine ceinture s’assombrit de plus en plus. Cette femme est la propre épouse du joyeux prince : Jeanne de Castille, troisième enfant des fameux souverains catholiques Ferdinand et Isabelle..

Jeanne est une jalouse absolument maladive. Son mari, après lui avoir fait un fils(futur Charles Quint, s’il vous plait), estime en avoir assez fait, et cherche à éviter cette petite noireaude par tous les moyens. D’autant qu’elle fait peur, la petite noireaude, par ses cris de rage, ses crise d’hystérie jalouse, d’où elle sort prostrée pendant des jours…

Un voyage en Espagne rapproche un moment le couple, mais Philippe, lui, s’ennuie comme un rat mort, dans cette cour obscure, lugubre, et ou les seules illuminations sont celles des bûchers. Au premier prétexte venu, il se sauve comme un lapin, laissant derrière lui sa pauvre femme enceinte. Ben oui, elle doit bien faire ses couches, la pauvre chérie, et lui, il ne veut prendre aucun risque : qu’elle reste là ou elle est, et à lui la liberté.

Du coup, Jeanne est vraiment, vraiment très fâchée. Elle passe sont temps enfermée dans sa chambre, elle boude, elle hurle, elle hystérise de plus belle. Sa propre maman en est toute dépassée. Mais il est vrai que quand on retrouve sa fille couchée sur le dallage, à moitié nue, la bave au lèvres et insultant tout ce qui bouge autour d’elle, on a de quoi être dépassée. Du coup, maman consent à renvoyer la jalouse chez elle.

[modifier] Chapitre 2

Jeanne repart donc, toute joyeuse de retrouver son Philippe adoré. Mais le Philippe adoré, vil traître, lui, a profité de l’absence de sa légitime épouse pour prendre maîtresse. Si, si, même pas peur, le Philippe, il ne doutait de rien. Une magnifique Flamande occupait le lit royal, et s’en trouvait fort aise.

Jeanne, comme on peut se l’imaginer, ne prend pas la chose très bien. D’autant que son mari l’avait accueillie par ces mots si doux « Que diable venez vous faire ici, Madame ? Personne ne souhaite vous y voir, moi moins que personne . Ne pouviez-vous demeurer dans votre Espagne ? ». Peut on faire plus sympathique, messieurs, je vous le demande….

Et qu’est ce qu’elle fait, Jeanne, hein ? Ben elle convoque l’indélicate maîtresse chez elle, lui coupe ses magnifiques cheveux blonds qu’elle met au feu, et la défigure à coup de poignards dans la tronche ? Il fallait pas la chercher, Jeanne, il fallait pas tourner autour de son Philippe, non, non, il fallait pas faire ça, c’est vilain !!

Philippe, lui, violet de rage, va dans la chambre de sa femme armé d’un fouet… Cris, hurlements, scream, schrei, tout le tremblement, et voilà notre Jeanne lacérée de coups de fouet partout sur son petit corps. Mais la maîtresse a disparu, elle a gagné…

D’autres scènes dans ce genre viennent égayer la vie de ce couple gentillet en bon enfant. Par exemple, quand Philippe ordonne à sa femme de se débarrasser de ses serviteur castillans, elle hurle à la mort pendant trois jours, enfermée dans sa chambre. Elle ne cesse de se casser la voix que quand Philippe lui fait les gros yeux et la menace de ne plus faire avec elle le devoir conjugal..

Quand la mère de Jeanne meurt, elle ne se fait aucune illusion sur la santé mentale de sa fifille. Elle confie donc la régence du royaume de Castille à son mari, mais Philou, lui, accepte mal cette idée. La pauvre Jeanne devient donc une éspèce d’otage : garde doublée devant sa porte, liberté de mouvement plus que restreinte, rien n’est fait pour épargner sa pauvre cervelle fragile. Des rages terribles la prennent : elle s’attaque , par exemple, à grand coups de tisonniers le vieux Prince de Chimay qu’elle traite, dieu seul sait pourquoi de vieux traître.

Un vrai délice de femme, cette Jeanne . Vraiment, on en comprend pas pourquoi son Philou d’amour s’en est détourné.

Mais personne n’est éternel : Philippe meurt de d’un méchant coup de froid, et on n’avait pas de paracétamol, à l’époque. Il rend donc son âme dans les bras de sa femme, qui, pour le coup, ne manifestât aucune réaction. Pas de pleurs, pas de cris, juste un mutisme et une immobilité de statue.

C’est qu’elle prépare dans sa tête quelque peu dérangée une des plus épouvantables odyssées de l’Histoire.

Elle a la manie de faire rouvrir le cercueil de son cher et tendre, pour pouvoir lui démontrer encore et encore son amour. Chaque semaine, la même scène se reproduit. Tous les jours, elle reste immobile, livide, les yeux fixes. Et elle ne sort que pour se rendre au monastère ou le corps de son défunt chéri repose, et fait rouvrir le cercueil, une espèce de rituel, chez elle. Je vous laisse imaginer sur quoi elle s’épanche : un cadavre, c’est moche, c’est gluant, ça pue. Tout le monde est horrifié, mais pas elle. Elle, elle ne voit que son amour perdu, le serre contre elle et lui susurre des petits mots doux.

Atroce, pitoyable, pathétique.

Mais le pire reste à venir !


[modifier] Chapitre 3

Elle est persuadée, la pauvre Jeanne, qu’on va venir lui prendre les reste de son chéri. Elle décide donc d’aller le faire enterrer à Grenade. Elle va traverser toute l’Espagne, uniquement de nuit, et la journée, elle s’arrête dans les monastères, dans les quels la même scène lugubre va se répéter à chaque fois : elle fait rouvrir le cercueil, se penche sur la masse décomposée qui y git ( et qui voudrait bien peut être qu’on lui foute un peu la paix) et lui parle. Oh, elle lui dit des choses très belles, très romantiques, genre « tu es à moi, maintenant, plus personne ne pourra te ravir à mon amour, nous ne nous quitterons plus jamais »

Comme quoi, les morts ne se retournent pas dans leur tombe, sinon, Philippe aurait fini par user la sienne.

Jeanne pousse même la folie jusqu’à refuser de s’arrêter dans les couvents de femmes « Aucune femme de doit plus approcher le Roi », qu’elle dit, dans sa logique bien particulière.

C’est le papa de la jeune femme qui arrivera à mettre un terme à l’équipée démente de sa rejetonne. Selon le principe qu’on doit toujours dire oui au fou, il lui explique que oui, oui, ma chérie, on va aller enterrer ton Philippe ou tu le voudra… Mais on l’emmène à Tordesillas, vieux palais de Pierre le Cruel, transformé en monastère de Clarisses.

Jeanne va vivre 47 ans dans ce monastère. 47 ans de cauchemars et s’impitoyable clôture ? parfois, des murs du couvent partait un long cri lugubre qui se terminait en sanglot.

La reine Jeanne était devenue Jeanne la Folle. Mère de Charles Quint, peut être, mais folle perdue.


[modifier] Épilogue

Elle est morte dans la nuit du 11 au 12 avril 1555, abandonnée. Même son fils ne se dérangea pas pour ses funérailles.

Et ce n’est qu’en 1573, 18 ans plus tard, que le corps de Jeanne, devenue folle par amour, rejoint, sous les voûtes de Grenade, celui de son Phiphi d’amour…


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