Illittérature:Nouveau livre extraordinaire de l'extraordination extraordinatoire de la nouveauté extraordinaire

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Il y avait dans un riche quartier d'une ville nommée Fangecity des hommes qui appréciaient beaucoup, sans vraiment la connaître, une femme qui passait ses nuits à errer sur les trottoirs de la cité avec quelques amies. Par une étrange nuit sans lune, celle-ci se réveilla à l'intérieur d'un cylindre d'aluminium, gisant sur les déchets des braves concitoyens de la ville modèle.

Quand elle reprit connaissance, elle comprit après de nombreux tâtonnements qu'elle se trouvait à l'intérieur d'une poubelle. Tout étonnée d'avoir passé la nuit là, en cette peu fréquentable ruelle sombre et humide, elle se demanda comment un tel malheur avait pu lui arriver et tenta de s'extraire de son nouvel habitacle sans succès. Elle ne parvenait pas à se souvenir de ce qui s'était passé la veille ni des circonstances qui auraient pu l'amener en cet insalubre lieu. L'horreur s'empara d'elle au moment où elle se rendit compte qu'elle avait perdu ses deux jambes, la laissant seule et livrée à elle-même telle un playmobile paraplégique oublié dans une boîte de conserve remplie à moitié.

Alors qu'elle voyait poindre le Soleil sanglant qui se levait au loin dans un effort stellaire, dardant ses premiers rayons salvateurs, la ville s'animait petit à petit, une voiture d'abord puis un passant et la rumeur des foules qui s'entassent jusqu'à leur lieu de travail tels les mineurs couverts de suie qui vont au chômage. La femme criait aux passants de la sauver, convaincue que l'un d'eux se dévouerait mais personne n'avait que faire des jérémiades pathétiques d'une péripatéticienne cul-de-jatte, l'ignorant comme ils ignorent l'inexistence de certains artefacts de l'univers. Elle ne pouvait pas croire la nature humaine si cruelle au point de laisser un semblable mourir de plus atroce façon.

Elle essayait bien de se souvenir pourquoi elle se trouvait là, dans cet état si terrible. Mais elle n'y parvenait pas, en vérité, elle ne savait même plus qui elle était, elle s'était littéralement oubliée. C'est à ce moment, qu'un homme vêtu de vert, son bourreau attrapa la poubelle sans même lui jeter un regard, la pencha vers un engin motorisé énorme et l'y introduisit sans hésiter et sans pitié avec ses nouveaux amis orduriers. Elle pensa alors ne plus exister ou bien faire un rêve, mais tout avait l'air si réel.

Le trajet fut long et périlleux, elle fut agitée en tous sens, déportée en toutes directions avant de plonger, elle et ses amis dans une sorte de cuve géante, ou était-ce un bassin ? Elle ne savait pas, elle ne savait plus, elle était inerte, immobile, gisant sur les immondices telle une poupée jetée avant l'âge. Elle attendit de longues heures entre la vie et la mort, se battant pour sa survie (et contre les vers qui réclamaient leur festin) quand un homme, apparu derrière une nuée de mouettes, la regardait intensément tout en s'approchant d'elle. La scène de l'homme marchant sur les ordures avait quelques chose de mystique et merveilleux. Elle fut prise de stupeur quand l'homme s'accroupit à son côté et la regarda longuement sans plus agir. Dans d'ultimes efforts, elle parvint à parler quelque peu avec lui.

— Vous êtes le seul qui puisse me voir, j'ai l'impression, mais qui êtes-vous ?

Elle n'eut pas de réponse immédiatement.

— Suis-je morte ? Suis-je un fantôme ?

L'homme regarda au loin sans donner plus de détail, pensif et résolu.

— Mais enfin, que m'est-il arrivé ?!

C'est alors qu'enfin, l'homme la regarda et daigna lui expliquer brièvement ce qui s'était passé.

— Tu n'es pas morte mais tu as cessé d'exister en tant que personne dans le monde que tu connaissais
— Que voulez-vous dire ?
— Hier, alors que comme à l'habitude tu faisais le trottoir, un homme t'a accostée, lui proposant une partie de jambes en l'air. Ce client, malheureusement quelque peu déficient a pris l'expression au pied de la lettre et t'a coupé les jambes. Apeuré par tes cris de douleur, et de peur de se faire gronder, il t'a jetée dans une poubelle sans ménagement puis a abandonné cette ville sans délai.

Attristée et perdue, la femme garda le silence un temps avant de reparler.

— Mais tout ça n'explique pas pourquoi vous êtes le seul qui puisse me voir à présent.
— La douleur intense t'a transportée vers un état supérieur, dans le but de limiter ta souffrance, tu as tenté d'imaginer une seconde que tu n'existais plus. Seulement, tu étais la dernière personne qui pouvait attester de ton existence, l'univers t'a donc oubliée et tu n'es à présent plus maintenue en sa mémoire. A présent, tu es piégée dans une dimension parallèle étroitement liée au monde réel dans lequel tu vivais mais sans en faire partie d'un point de vue humain, éternellement identique à toi-même au moment où tu as disparu.
— Comme vous avant moi ?
— En réalité, non. Je suis la personnification de l'inexistence, je suis apparu le jour où les hommes ont oublié que l'inexistence existait et aujourd'hui, j'accueille tous les déchets de la société en ce lieu, ça tombe sous le sens, vous ne trouvez pas ?

La femme, se demandant comment elle allait pouvoir supporter une éternité de souffrance sur terre, oublia l'univers et disparut de la voûte du temps et de l'espace sans jamais que l'on sache ce qu'il put en advenir.

Quand je repense à cette histoire, moi Edgar Allan Poe, personne ne me connaît aujourd'hui. Et si



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