Illittérature:La plus belle femme aveugle du monde

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« C'est une femme, assez laide, qui ne sait pas lire. »
~ Sacha Guitry à propos de la plus belle femme aveugle du monde


[modifier] Chapitre 1 : La plus belle femme du monde

Pour 2000€, 2000 paires de lunettes offertes !*
* Nous ne vous offrons pas la Lune, mais une bite de 2000 cm enfin apte à la satisfaire !

C'est comme ça qu'elle m'avait tapé dans l'œil la première fois. Dans un spot publicitaire éclairé par sa grâce rédemptrice, même si un imbécile donne un moment envie qu'on le flagelle quand il claque sa ligne à deux balles : « Il est débile OPTIC 2000, il est débile ! »

Et aujourd'hui, ce soir, tout semblait enfin me sourire : le temps, les éléments, le destin. Sous le manteau étoilé du ciel, je lui fis face et m'agenouillai sur la plus belle avenue du monde, au centre de la terrasse de l'Arc de Triomphe (quel monument seyant à la circonstance !). Et, ainsi qu'un discours, je lui tins cette bague devant moi.

Elle était belle avec ses lunettes OPTIC 2000.

— Je suis prosterné devant ta divine splendeur ! Veux-tu m'épouser ? Cette bague n'attend que ton doigt pour la combler !
snifff OUI JE LE VEUX !

À son premier essai elle visa mal. Au deuxième essai, son doigt passa complètement à côté, et pareil le coup suivant. Puis soudain, son doigt glissa sur la bague et entra dans mon œil gauche. Surpris par la douleur, je lâchai la bague qui s'en alla rouler au sol et tomba dans une bouche d'égout, mais pas n'importe laquelle. C'était quand même la bouche d'égout de la plus belle avenue du monde.

— Ma bague !
— Mon œil !
— Ma bague !! Ma bague !!
— AAAAHHHHH MON ŒIL !!!!!

[modifier] Chapitre 2 : La plus aveugle du monde

La tentation est grande, quand elle s'asseoit, de lui retirer la chaise de sous elle, mais je m'abstiens. Le meilleur est encore à venir. Je m'asseois en face d'elle, à cette petite table au Fouquet's. Ce délicieux serveur nous tend les cartes de la maison.

Je déplie ma serviette et la noue à mon cou. Elle est assez longue pour tomber sur mes cuisses. Comme je scrute le dépliant devant moi, je recule légèrement ma chaise. Dans le même temps où j'admire son regard aveugle[1], je couche la carte sur la table, défais la ceinture de mon pantalon, déboutonne, et très lentement, sous la serviette et avec un art affecté de la décomposition gestuelle, je sors mon pénis en érection. L'air froid le durcit et lui donne de la fierté. Puis, encore plus lentement, je lève ma serviette, dévoilant incrémentalement mon organe dans une longue caresse de velours. Enfin je fais descendre la serviette précautionneusement derrière l'érection dans une ostentation triomphale : « Alors que penses-tu de la sélection du jour ? Ça donne l'eau à la bouche non ? ;) »

Elle semblait consulter pensivement sa carte, mais en fait elle ne voit rien. Je me dis que c'est admirable la finesse que déploient les aveugles pour se couler dans le moule de la société des voyants (et a posteriori celle qu'on doit déployer pour les égaler et ne pas passer pour des sans-goût). Là un serveur me touche à l'épaule, posément et néanmoins résolument.

— Excusez-moi, mais que faites-vous Monsieur ?
— Je demandais à ma femme si elle allait trouver ça bon.
— Pas ici Monsieur, avec tous les égards que la maison vous doit.
— On ne peut même plus parler gastronomie ici ?
— Je parlais de votre... membre, Monsieur.
— Oooohh ça...
— Oui... ça.
— Eh bien... n'êtes-vous point le plus beau serveur aveugle du monde ?...
Les gens commencent à regarder dans notre direction, Monsieur.
— Vos clients ne sont-ils pas les plus beaux clients aveugles du...
— L'établissement n'approuve pas le type d'attitude indécente que vous affichez.
— Votre établissement n'est-il pas...
— ...(m'interrompt) non.
— Il n'accepte pas mon "attitude indécente", et pourtant il accepte les cartes bleus volées.
— Je vais tout de suite me renseigner, Monsieur.
— C'est pas la peine de vous déranger, on se casse. Viens poupée, on va manger ailleurs.

Je me lève et vais l'aider à enfiler son manteau, pour ne plus jamais remettre les pieds dans ce haut lieu de la forfanterie.

— Tiens, mets ton magnifique manteau en fourrure de vison, ton écharpe et ton chapeau en vison, et n'oublie pas ton sac à mains cuir et vison Audas que je t'ai offert à la Saint-Valentin (en fait tout ça c'est du faux, sauf le chapeau, pour lequel j'ai fait une petite folie, pour ainsi dire).
— Vous avez oublié...
— Ta gueule.

Je rentre mon pénis dans mon caleçon non sans irritation. Et aussi vite nous partons. Je l'emmène à mon 6 pièces à Aulnay-sous-Bois. Emprunté à un ami, mais elle ne le sait pas. Même un aveugle s'accorderait à dire que c'est un superbe pavillon, très seyant cadre de vacances pour les sens.

Dès l'entrée, je ne manque pas de lui décrire les lieux avec force détails, tout lui retirant galamment son magnifique manteau en fourrure de vison, son écharpe et son chapeau en vison, sans oublier son sac à mains cuir et vison Audas.

— Alors à 6 mètres sur ta gauche, y'a la cuisine. Un tread-mill bidirectionnel à commande radar et détecteur d'intention t'y convoie sans effort. Attention, où tu poses tes pieds (j'ouvre silencieusement la porte). Ici... Great. (j'attends un peu) Nous sommes à la cuisine (en fait nous y étions en 2 pas...). Tu dois te demander pourquoi je n'ai pas ouvert de porte. C'est normal : elle s'ouvre automatiquement. La magie gouverne ici. (je la promène un peu) Comme j'ai tout prévu, il y a la pharmacie dans l'armoire (en fait il y a une boîte de céréales Frosties, des paquets de chips Vico, et un tube de crème pour faire passer les chips sans trop boire ; moi j'aime pas trop boire). Bon on va à l'étage. Attention les pieds (je referme silencieusement la porte derrière moi). Là on se trouve au pied du Grand Escalier en marbre que Cendrillon honora de ses DEUX souliers de verre. Attention à la marche. (nous montons ce putain d'escalier qui nique mes genoux) (je cache comme je peux mon essoufflement) On va... dans... ma chambre ? (oui je sais ça craint... mais je vais l'embrasser dans le couloir, ça y est ! MAGIQUE !)

Je l'amène dans la chambre et l'entraîne sur le lit. Je l'emballe, puis la renverse sur son dos. Je déboutonne son chemisier. Son inexpérience la trahit, elle a l'air gênée.

— Oh Mérédith comme j'ai trop attendu ce moment !
— Mais qui est Mérédith ?
— Oh mille pardons Isabelle, que dire ? Mais ne savais-tu pas que je suis le plus bel homme aveugle du monde ?
— OH... tu es aveugle toi aussi ?
— Et très très beau en plus.

J'ai eu chaud. Je vais me la faire quand soudain les lumières s'en vont, nous plongeant dans le noir le plus impénétrable. Putain de bordel de merde !

— Putain de bordel de merde !
— Qu'y a-t-il ?
— Une coupure de courant. Ah oui c'est vrai tu vois pas qu'il fait tout noir maintenant.

On se lève et je pars direction le garage.

— Attention !!
— Laisse-moi faire, je sais où ça se passe, c'est un... AAAAAAAAAAHHHHHHHHH !!!!!!!

J'ai raté la marche et je cascade violemment sur l'escalier, seulement arrêté par le rez-de-chaussée. Allongé et à l'agonie.

J'entends des petits pas. Elle va peut-être pouvoir me secourir, je suis très mal en point. Je souffre de partout, dos, cou, bras, côtes, tibias. Je sens qu'elle déporte mon corps vers la gauche. Oh putain. Elle s'est arrêtée. Mais qu'est-ce qu'elle attend, cette pouffiasse ?

— T'attends quoi là ? L'invasion de la Terre par les Bisounours ??
— On est pas sur le tread-mill ??
— Mais non bordel à putes ! C'est qui l'enculé qui t'a dit ça ! Mais bouge-moi le cul salope !
— Attention là je te soulève... ohhh ! hisse !...
— C'est juste devant !

Je me mords la langue de douleur, ça fait horriblement mal. Bordel de queue de dieu, j'ai fait quoi pour mériter ça ? Tout à coup je me cogne la tête ; c'est terrible, je vois des étoiles.

— Mais tu fous quoi bordel ?? Tu sais pas tâter pour voir s'il y a une porte sur mon chemin ???
— Je suis vraiment désolée, je croyais que la porte allait s'ouvrir toute seule comme tu avais dit... Je suis franchement désolée !
— MMMmmmppppfffff !!!

Je fais vraiment ma pute, mais faut situer un peu. Je suis encore vierge à 37 ans, et elle, c'est le premier coup où je sens la moindre affinité se développer. Elle me traîne jusqu'au milieu de la cuisine. Je suis encore sous l'effet des traumatismes mais tout à coup les conneries que j'avais racontées sur la présence de pharmacie me reviennent. Je la vois alors tâtonner sur la pointe des pieds et atteindre le tube de crème dans l'armoire. Elle met la main dessus puis s'asseoit en le décapsulant agilement devant moi. Elle enduit la pommade alimentaire sur mes bleus.

J'ai fermé ma gueule sur le coup, faut pas me griller définitivement. Je commence néanmoins à sentir fortement la crème patissière.

Soudain, alors que je crains que l'odeur ne finisse par me trahir, on sonne à la porte. Elle se lève lourdement et va ouvrir.

— Isabelle, je suis à genoux devant toi !
(regarde enfin vers le bas) Mais, qui êtes-vous ?
— Je suis Superman ! Je viens te ravir de tes ravisseurs ! Je viens te sauver des pognes de cet hypocrite qui mijote dans la lie de sa fourberie !
— Est-ce donc toi ? Toi mon sauveur, ma lumière que j'attends des plus profonds ténèbres de tout l'espace ?
— Oui ! Oui, lui-même ! (ce mec sent vraiment la décharge publique, j'en suis tout nauséeux) Accepte cette alliance en gage de moi ! De nous !
— Oh ! Ma bague !
— Je vous ai suivi toi et ce chacal ! La princesse et le tocard ! Il vit dans sa mythomanie et t'entraîne dans ses vaines illusions arrangées comme une toile d'araignée sculptée dans le toc ! Tout est faux chez lui, et en abondance ! Sa pommade n'est que de la crème patissière ! Son palais un 6 pièces se trouve à portée des effluves d'un dépotoir départemental ! Les vêtements et les accessoires qu'il t'a offerts sont des imitations de mains sans talent ! Regarde comme je les déchire et avec quelle facilité !
— Eh oh ça va pas la tête, le chapeau c'est du vrai !!! Je l'ai acheté avec mes propres sous !
— Ah oui ? Eh bien admire donc ! (il déchire mon chapeau en vrai vison, l'enfoiré)
— Oh putain l'enfoiré !
— Parle haut, car tes paroles sont les vrais portraits de ta laideur !

Sur ce, ils me laissent à ma mort. Je crois que je vais claquer tant j'ai mal. Au secours maman !

[modifier] Chapitre 3 : Le plus con merdeux du monde

Le napperon se levait avec lenteur en découvrant sa verge. Juste avant il s'était légèrement reculé, exprès pour qu'elle soit bien braquée dans ma ligne de mire. Et il était en pleine érection. Je crois bien qu'il me demanda si ça me donnait l'eau à la bouche de lui faire la fellation du jour. Un serveur, alerté par ce tableau de turpitude, vint poliment l'admonester comme s'il était un grand enfant. Embarassée, je ne les écoutais même pas. Je m'occupais en lisant le menu. Mmmm le maigret de canard.

Pour couronner la soirée, il m'invita à un verre dans son pavillon au nom de Germain Beaurieur. En entrant je découvris un intérieur exigu, où le vestibule donnait sur une petite cuisine et un escalier conduisant aux chambres. Je fus confortée dans l'impression que j'avais affaire à un mythomane, un fou dangereux, quand il mentionna l'existence d'un tread-mill à commande radar et détecteur d'intention sur lequel je devais fermer les yeux pour le voir.

Il m'assaillit dès que j'eus mis le pied dans la chambre d'amis. Au fait, on devait pas juste prendre un verre ? Son haleine fétide aux parfums de saucisse, sa peau rèche et très blanche aux poils épars, furent autant de signaux à ma panique. Les choses qu'il disait ne laissaient guère de place à l'imagination et au rêve : « Vous les meufs, ça s'emballe comme ça, tu vois », « Non mais t'es frigide, t'es vierge ! », « Vire-moi ce chemisier à la con ! Putain ces miches vont bien finir par sortir ! » J'étais sous lui, telle ses dessous de bras, je ne faisais pas le poids, quand soudain le courant tomba in extremis. Le mec maugréa et sautilla hors de la pièce tout en renfilant gauchement son pantalon. Une stridence très claire fendit le voile de silence du couloir, suivie des bruits de dégringolade de l'imprudent qui rate la marche. Je m'aventurai dehors moi aussi, mais descendis prudemment les marches.

Le voilà étendu, une main sur les côtes et l'autre sur sa jambe, en train de jurer sur le chou de tous les saints. Il y avait dans la cuisine une boîte à pharmacie. Je ne trouvai à l'intérieur qu'un tube de crème patissière dont je l'enduisis néanmoins pour calmer les démons de la douleur. Délicieux placebo qui commençait à sentir. Au fait, tu n'étais pas touché aux dessous des bras aussi, ô noble corps embaumé de crème à gâteau ?

Je passai par toute la gamme des émotions : pouffiasse, salope, pute, bonne à rien. Une simple sonnerie à la porte me fit alors l'effet d'une heureuse distraction. Un tel timing, ça ne pouvait être que lui. Mon prince charmant, descendu de son nuage, accouru aux cris de détresse pour pourfendre cette détresse. Des plus profonds ténèbres de tout l'espace.

— Oui ! Oui, lui-même !

T'as d'beaux yeux, tu sais.

— Ah oui ? Eh bien admire donc !

Ça donne envie d'y mettre les doigts.

— Parle haut, car tes paroles sont les vrais portraits de ta laideur !
— AAAAAHHH..... M'man ! Oh... des Bisounours !

[modifier] Chapitre 4 : Le plus heureux des élus

De loin, le couple ne semblait pas dans le moindre des embarras sur la question d'enfiler l'anneau au doigt.

Mais étais-je le seul à m'émotionner de ce tableau dantesque ?

La femme était d'une laideur hystérique inenvisageable, seulement rivalisée en cela par le citron de son partenaire en costume d'éboueur, qui donnait assez fidèlement dans l'anus variqueux défoncé. Elle criait au vol, et lui recherchait à genoux son chemin sur le sol, les mains poussées au-devant de sa forme gauche et dégingandée, l'air hébété et fou. Puis-je émettre une proposition de loi sur le mariage ? Elle consisterait en ceci : le mariage est le moyen privilégié d'unir les apparences les plus inconciliables avec le canon esthétique en vigueur.

Je ramassai la bague qui gisait là. Je l'enfilai au doigt de la femme qui ne parvint, un moment incrédule, qu'à doigter le verre de mes lunettes à verres larges, pendant que l'autre provoquait les carambolages sur le Rond-Point des Champs-Elysées. C'est comme ça que nous deux c'était parti, sur les chapeaux de roue. Quant à l'autre, je crois qu'il avait pour but de rejoindre une bouche d'égout, de retourner dans le trou à rat d'où il était issu. Faible fin pour un sous-être aussi bas et sans espoir.

Alors voilà, ça fait neuf mois de vie commune entre elle et moi, et l'heureux évènement tant attendu est arrivé. Je ne pouvais demander meilleur sort. Seule ombre au tableau, le bébé est noir. Quelle chance que ma femme soit aveugle. Ainsi elle sera préservée du choc de la réalisation concernant l'auteur de sa grossesse. En tout cas je ferai tout pour cacher la vérité à ma dulcinée. On va l'appeler Hector, elle n'y verra que du feu. Un bébé noir appelé Hector, vous y croiriez, vous autres ? Et je peux même garder mon costume d'après ma mère adoptive : le S voudra juste dire "Super cocu" maintenant.

[modifier] Notes

  1. Beaucoup pensent que les plus beaux regards sont ceux des myopes. C'est faux, ce sont ceux des aveugles.


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