Illittérature:La belle queue de 22 cm et la bête

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Un conte moderne

Chapitre 1 : L'amour

Tout opposait Rémi et Julie.

Il était noir. Du haut de son généreux mètre 90 il projetait l'ombre démesurée d'une tige dégingandée au grand cœur d'artichaut.

Elle était blonde, une belle enfant de la rue. Son petit format n'excluait ni les formes racoleuses dont l'évasement callipyge constituait une promesse pour l'Humanité tout entière, ni les seins perchés telle une paire de monticules sauvages pas encore modelés par les mains de l'Homme. Et il faut bien avouer ce qu'il était : aussi bête qu'elle fût, elle avait ces yeux. Autant de gouttes de verre que de fenêtres chastes ouvertes sur de nouveaux horizons dodus de volupté.

Tout les opposait, si ce n'est l'âge de faire les quatre cents coups.

Personne n'aurait misé un centime sur ces deux là, à part les obsédés de sexe interracial de ton genre. Et pourtant que de hasards, que faisait danser la main de Dieu, n'auront de cesse de faire coïncider leurs pas dans la mythique Bloomland Street dans le comté du Suffolk bien connu pour prendre, en vue aérienne, la forme d'un cœur. En parcourant la rue d'Ouest en Est, la charcuterie pour laquelle travaillait Julie précédait la boucherie Paul Martin, où Rémi déployait ses talents d'artisan de la viande aux côtés d'un certain Paul Martin aux Mains d'Argent. La boucherie était fournisseur officiel de la foire de commerce sur la place de marché animée par les marchands chinois, et en vertu de ce privilège, prospérait sur ces terres.

Son propriétaire était le richissime Mr Bernardo Lippi. Il envoyait régulièrement Rémi chercher son plat du jour à la charcuterie. Rémi trépignait d'impatience d'être de corvée, anticipant sans doute plus de dévorer Julie du regard que de mater le sauté de veau de la bouche. Conformément à l'article 237 du Code Pénal[1], le charme opéra dès la première scène du premier acte. Bien que d'éducation puritaine, Julie ne put que soutenir l'avant-garde du regard doux cristallisé dans la fleur épanouie de l'instant. Lorsqu'elle lui tendit le sac contenant la formule du midi, leurs doigts se lièrent doucement d'un contact fébrile. Elle sentit tout cela profondément, comme si elle les avait dans les narines, ces doigts en forme de boudin noir. L'improbable était devenu un point d'exclamation au bout d'un coup de foudre.

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La nana aux cheveux bleus dit :
Allez je mise 1 centime sur eux !!! De l'audace que diable !



Mr-t-laser.jpg Mr.T dit :
Trop tard ! Fallait miser avant ! Eh !



Vint ensuite le tour de Julie de lui réciproquer les visites. Elle revenait de ses trips à la boucherie avec d'entières carcasses brinquebalant sous les bras, témoignage baroque s'il en est de leur amour naissant. Dans le même temps, elle fit connaissance avec Mr Lippi, qui avait d'un premier mariage un fils de 5 ans prénommé Salomon. Mr Lippi, en père volage, s'arrangeait toujours pour envoyer Rémi à la besogne, le temps de taper la conversation avec Julie. Pour monopoliser la belle, il devait aussi prendre soin d'écarter son propre fils, car Salomon était amoureux de la demoiselle et ne manquait jamais de la faire jurer de le marier sous menace d'explosion[2]. Pour mettre un crochet sur l'imaginaire de Julie, Mr Lippi ramenait toujours sur la table sa passion commune pour les concertos viandaires néo-baroque'n roll de Didier Riey, virtuose boucher, le seul artiste du pays capable de jouer du rond de gîte comme d'un violon avec la hampe bien juteuse en guise d'archet. Seul musicien d'Angleterre à inscrire le festin de ses propres instruments à son programme de scène, le développement musculaire du collier de Riey nécessaire pour soutenir le poids d'un quartier de contre-bœuf Salers témoignait, selon Mr Lippi, d'un taux d'engraissement musculaire au moins de niveau 3. En son for intérieur, Julie trouvait tout cela vulgaire au degré 1, mais la jeune femme se gardait prudemment de voler la vedette à Mr Lippi, homme grossier et trop sûr de lui, et donc sourd et boucher.

« Quelle est la différence entre Didier Riey ? »
~ Mr Lippi à propos de sa passion commune

Chapitre 2 : Le secret

C'est côte-à-côte que les tourtelierres[3] fleurirent en toute sagesse[4]. En écho à son Rémi qui redoublait de tendresse et d'attention, Julie redondait en courbes et en chatteries. Ensemble le prosaïsme de caniveau était survolé, les yeux dans les yeux, main dans la main, mais pas truc dans machin, et encore moins machin dans truc.

Un jour, il lui demanda sa main. Il la prit dans la sienne et la posa sur la partie bombée de son entrejambe.

— J'en ai une belle de 22 cm, dit-il.

Mais l'alliance au bout de leurs attentes était conditionnée par le terrible secret qui enchaînait Rémi. Il ne pouvait s'agir de la monstrueuse queue de 22 cm, puisqu'il la lui exhiba volontiers au cœur d'épais fourrés, et que Julie la prenait maintenant régulièrement en bouche, prodiguant là les vertus du massage buccal au thé à la menthe. Non, ce secret, c'était une activité frénétique conduite dans l'ombre, et au sujet de laquelle Rémi se repliait obstinément dans un silence de carpe autiste[5]. Chaque jour, il s'enfermait dans le huis-clos d'une chambre froide réaménagée, dont l'accès était d'ordinaire entravé par de lourdes chaînes cadenassées. Quel genre de denrées pouvait bien prescrire une telle sécurité ? Un jour déjà, elle cherchait Rémi dans l'arrière-boutique. Doucement attirée vers la zone interdite par une série de chuintements plaintifs entrecoupés par les sons mats de hachoir asséné, Julie fut prise de court quand Rémi bondit et la devança devant l'entrée, son corps bloquant la vue de l'intérieur. Chose qui la frappa : il suait et pantelait comme au moins dix bœufs. Ce jour là, le jeune homme lui fit jurer solennellement de ne jamais le questionner sur ce qu'il y faisait, et de ne jamais entrer quoiqu'il arrive, sous peine de rompre à jamais le charme qui les unissait. Julie ne poussa pas plus loin son enquête, se convainquant sans mal que cette histoire devait porter comme tant d'autres sur une anguille située sous une roche.

« Si un jour Julie voyait ça, elle ne me pardonnerait jamais, et je serais radié à vie de sa liste de prétendants. Mais tant que je peux poursuivre de front mon amour pour elle et cette activité de fou, je serai pour toujours reconnaissant à mon Dieu. »
~ Rémi à propos de son secret

Chapitre 3 : La sorcière

Entre tante Maryse.

Julie détenait en sa tante la confidente classique pendue aux choux gras, mais Maryse l'avait toujours déconseillée de sa liaison avec Rémi, en vain. Elle prédestinait sa nièce à Mr Lippi, avec lequel elle partageait le goût du vénal, et puisque celui-ci promettait la meilleure dot, elle reçut favorablement les approches de Mr Lippi. En parlant à Julie de la condition et de la dignité de la femme blanche, ses yeux étaient allumés par le rétroprojecteur de la cupidité.

Sur ces yeux se réflétait le défilé du paysage de landes du rural Suffolk en direction de l'indomptable Silicon Forest, au sein de laquelle elle allait assouvir son projet de débauche et forniquer avec son maquereau, Satan. Alors que ce dernier lui entrouvrait la boîte de Pandore, un gémissement dégoulinant de frictions la secoua de sa langueur ; alertée elle chemina à petits pas de louve vers la source. Elle étrangla un cri : devant elle avalait sa nièce l'anguille noire semi-flaccide du gentil géant. La joue saillait obscènement de l'impression du gland champignonesque sur sa face interne.

Julie ingurgita naïvement la décoction. Tante Maryse arborait son regard tordu d'appréhension anxieuse. Ça y est, Julie lâchait en fracas son mug en terre cuite. Elle se couvrait d'une nouvelle pilosité, et un râle biffait l'air comme un second souffle de truie qu'on égorge. Comme un film à l'envers, elle rapetissait dramatiquement à vue d'œil : la voilà métamorphosée en un chihuahua. Tante Maryse vola hors de l'appartement, abrutie par la pure terreur devant les pouvoirs du Mal, balbutiant ses mantras salivaires de protection.

La voilà trottant éperdument à travers les immenses rues glauques du suffoquant Suffolk. Complètement dominée par l'extravagance de la normalité, la pauvre chihuahua longeait les caniveaux, sans maître mais également sans guide et sans destin. Les mêmes blocs moroses formaient la toile de fond d'un jour gris et sans fin ressassant au dégoût le maléfice de sa tante[6] qui avait joué de sa confiance pour lui faire boire l'élixir de transmutation. De plus en plus faible, la langue étendue et le poil terne, la malheureuse semblait s'enfoncer dans le bitume. Alors qu'elle contemplait le suicide dans une flaque d'eau, le miracle fit qu'elle fut tirée de sa torpeur mélancolique par les ébats animés d'enfants de rue. C'était en effet la bande de Salomon affairée à une partie de billes ! La chihuahua entrevit alors le salut, et elle profita de leur distraction pour sauter en douce dans le cartable de Salomon. Elle ne misait plus que sur une seule chose : retrouver Rémi.

Chapitre 4 : Fin

— Va me chercher la fourche ! Vite !

Mr Lippi prit la fourche des mains de Salomon et lui courut après. Mais pourquoi en voulait-il après elle ? Tant de zèle pour une chihuahua errante ? Slalomant follement entre les fournitures de la boucherie, elle réussit momentanément à semer ses poursuivants. Vite ! Une cachette ! Elle se faufila dans La Salle Interdite. Elle ne s'en rendit compte qu'après coup et, en se faisant à la pénombre, elle fut touchée par la pointe du remords. Mais les souris blondes, on le sait, sont curieuses, et elles n'entendent jamais les promesses de la bonne oreille.

Ce qu'elle vit défie l'imagination. La musculature de Rémi saillait sous sa veste de boucher : d'une main il immobilisait un chihuahua tondu et de l'autre il le hâchait en fines tranches. Avec une célérité de métier contrastant avec les yeux exhorbités et injectés de sang de l'exécuteur psychopathe, la carcasse partit dans une corbeille et le reste dans une autre déjà bien garnie en résidus de brutale défalcation. Il n'en fallut pas plus pour que son cri ne se braquât en hoquet de terreur, et que l'abatteur ne la remarquât. Une volte-face et il ruait déjà à grandes enjambées, hâchoir menaçant, yeux et langue violacée révulsés. Elle allait y passer.

Mais c'était sans compter sur la toute-puissance admirable de l'Amour. Juste avant de commettre l'irréparable Rémi retint son bras et dans un suspens son regard flotta dans celui de Julie. Il reconnut dans l'azur miroitant des prunelles l'élue de son cœur. Relâchant le hâchoir soudain aussi fragile qu'une chaussure de verre, il se laissa tomber à genoux et recueillit Julie dans ses mains branlantes d'émotion. Une crue de chaudes larmes de soulagement inonda sa vision. Soulagement d'une part que tout était bien qui finissait bien, et soulagement d'autre part que rien ne pourrait jamais plus s'interposer entre eux. À l'écart, Mr Lippi assistait à ce coup de théâtre, sa main se baladant sur la tête de son fils un peu con sur les bords mais si mignon comme un chapeau, et c'est en silence, en seigneur, qu'il se retira des lieux. Car il avait compris, lui aussi, que l'Amour triomphe de tous les obstacles.

Cette nuit là, non seulement la queue totalement bandée prit la virginité de Julie, mais le tendre vagin de chihuahua éclata en gerbes de bile glaireuse que les coulées de sang épaissirent en lubrifiant le passage du monstre, distinguant ultimement cet acte de la sécheresse d'un empaillage. Le torse difformément écartelé en béance obscène, les viscères compressés éjaculèrent leur orgie de fluides par les trouées du tronc percé par les vicissitudes de l'ossature étoilée de brisures. Les intromissions répétées massèrent les ruines des débris tissulaires et des concassements de boyaux et d'organes atrophiés contre l'occlusion précaire de la gorge, la trachée était vilement masturbée, le bassin défoncé disloqué, le rachis pulvérisé, et c'est au terme d'une ultime expiration noyée dans le déluge de sperme que la pauvre bête aussi vaine qu'une cloque de latex se fit enfoncer profond jusqu'au coma.

Notes

  1. Code pénal : code du pénis au théâtre.
  2. En sanglots.
  3. Tourtelierre : notion composée à l'improviste d'un tourtereau et d'un lierre.
  4. Sagesse interraciale donc.
  5. Oh l'aut' !
  6. Ah ça fait mal les coups de tente.


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