Germinal

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C'était Julien qui souffrait le plus. Derrière, la température montait jusqu'à trente-cinq degrés, l'air ne circulait pas, l'étouffement à la longue devenait mortel. Il avait dû, pour tenir la cadence, remonter ses manches jusqu’au coude ; et cette partie de peau dénudée, qui chauffait sans cesse, achevait de lui brûler le sang. Mais son supplice s'aggravait surtout de l'humidité. La plaque métallique au-dessus de lui, à quelques centimètres de son visage, ruisselait d'eau, de grosses gouttes continues et rapides, tombant sur une sorte de rythme entêté, toujours à la même place.

Il avait beau tordre le cou, renverser la nuque : elles battaient sa face, s'écrasaient, claquaient sans relâche. Au bout d'un quart d'heure, il était trempé, couvert de sueur lui-même, fumant d'une chaude buée de lessive. Ce matin-là, une goutte graisseuse, s'acharnant dans son œil, le faisait jurer. Il ne voulait pas lâcher sa besogne, il se débattait contre le temps, serré contre ses collègues d’infortune, ainsi qu'un puceron pris entre deux feuillets d'un livre, sous la menace d'un aplatissement complet.

Pas une parole n'était échangée. Ils s’affairaient tous, on n'entendait que ces frottements irréguliers, voilés et comme lointains. Les bruits prenaient une sonorité rauque, sans un écho dans l'air mort. Lorsque soudain, un « Bon, ça vient ? » provenant d’un recoin invisible leur remémorait l’urgence de leur état.

Alors ils accéléraient, adversaires du temps, la peur du chômage au ventre comme seule source d’énergie. Il n'y avait plus que le halètement des poitrines, le grognement de gêne et de fatigue, sous la pesanteur de l'air et la pluie des huiles.

[modifier] Germinal

Germinal est le septième mois du calendrier républicain, correspondant au début du printemps. C’est très joli, les fleurs bourgeonnent, le soleil brille et les abeilles bourdonnent. Un peu comme dans une chanson de la Compagnie Créole. On rigole, youpi !

Mais Germinal est surtout un roman d’Émile Zola. C’est très triste, les ouvriers sont exploités dans les mines de Montsou pour un salaire de misère, bravant l’obscurité, la douleur et le danger permanent pour faire vivre leurs familles. Pour continuer dans la métaphore musicale, on est ici plutôt dans un registre dit de « Daniel Guichart ». On pleure, snif !

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Zola met l’accent sur les conditions de vie épouvantables des ouvriers dans la mine, celle-ci menaçant à tout moment de s’effondrer, et de les prendre au piège, enterrés vivants.

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Recroquevillés dans des galeries aussi étroites qu’un esprit de Le Pen, leurs articulations souffrent.

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Seuls dans leur peine malgré leurs collègues autour. Muets de force, sourds aux aboiements, aveugles face à la souffrance, ils tentent de conserver le goût de vivre.

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La mine, théâtre de leurs exploits physiques sitôt oubliés, point de départ de leur révolte.

[modifier] Vision contemporaine

Germinal est un article écrit sur la sencyclopédie. Honnêtement, ce n’est pas le plus rigolo d’entre tous.

C'était Julien qui souffrait le plus. Derrière le présentoir à hamburgers, la température montait jusqu'à trente-cinq degrés, l'air ne circulait pas, l'étouffement à la longue devenait mortel. Il avait dû, pour tenir la cadence, remonter ses manches jusqu’au coude ; et cette partie de peau dénudée, qui chauffait sans cesse au contact des jets d’huile du bac à potatoes, achevait de lui brûler le sang. Mais son supplice s'aggravait surtout de l'humidité. La plaque métallique des fourneaux, au-dessus de lui, à quelques centimètres de son visage, ruisselait d'eau, de grosses gouttes continues et rapides, tombant sur une sorte de rythme entêté, toujours à la même place.

Il avait beau tordre le cou, renverser la nuque : elles battaient sa face, s'écrasaient, claquaient sans relâche. Au bout d'un quart d'heure, il était trempé, couvert de sueur lui-même, fumant d'une chaude buée de lessive. Ce matin-là, une goutte graisseuse, s'acharnant dans son œil, le faisait jurer. Il ne voulait pas lâcher sa besogne, ses douze Big Mac® commandés par un troupeau d’obèses, il se débattait contre le temps, serré contre ses collègues d’infortune, étudiants en intérim comme lui, ainsi qu'un puceron pris entre deux feuillets d'un livre, sous la menace d'un aplatissement complet.

Pas une parole n'était échangée. Ils s’affairaient tous, on n'entendait que ces frottements irréguliers des tranches de pain sur une feuille de salade, voilés et comme lointains. Les bruits prenaient une sonorité rauque, sans un écho dans l'air mort. Lorsque soudain, un « Bon, ça vient cette putain de commande, bande de connards de fumistes ? » provenant d’un recoin invisible leur remémorait l’urgence de leur état.

Alors ils accéléraient, adversaires du temps, la peur du chômage au ventre comme seule source d’énergie. Il n'y avait plus que le halètement des poitrines, le grognement de gêne et de fatigue, sous la pesanteur de l'air et la pluie des huiles des friteuses.

Il y est décrit avec précision les conditions effroyables dans lesquelles les étudiants sont exploités dans les MacDonald’s pour un salaire de misère, bravant le non-respect des règles sanitaires, la douleur des projections d’huile et le danger permanent d’un licenciement sans raison valable, afin de pouvoir financer leurs quelques années à l’université.

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L’auteur de cet article met l’accent sur les conditions de vie épouvantables des jeunes embauchés chez MacDonald’s, leurs managers menaçant à tout moment de les virer, et de les prendre au piège de la pauvreté, sans ressources.

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Recroquevillés dans des cuisines aussi étroites qu’un esprit de Le Pen, ils souffrent, se bousculent.

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Seuls dans leur peine malgré leurs collègues autour. Muets de force, sourds aux aboiements des gens arborant une casquette de manager, aveugles face à la souffrance, ils tentent de conserver le goût de vivre. Ce même goût que n’ont pas toujours leurs préparations...

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Le restaurant, théâtre de leurs exploits physiques sitôt oubliés, point de départ de leur révolte.


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