Flemmingite

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« Les feignants, ça n'ose rien ; et c'est même à ça qu'on les reconnaît ! »
~ Michel Flemmard à propos d'une réplique tirée de Les Tontons flâneurs (prononcée par L'Innovant Tuera)


Introduction sommaire

La Flémingite Aiguë à Procrastination Chronique Autoentretenue (F.A.P.C.A.), ou plus simplement flémingite, est une maladie psychsomatologique hypoactive (à l'antipode du délirium très mince) qui fut officiellement identifiée lors des non événements historiques de mai 68. De même que la F.C.D. (Fulguro-Connerie Dégénérative), la F.A.P.C.A. se distingue par son irréversible nature pandémique, mais c’est néanmoins celle-ci plutôt que celle-là qui figure en première position du « top ten de la liste noire des maux bleus[1] du siècle » (classement établi par l’ensemble des comités non indépendants de médecins, experts et nosographes, tous très cons-pédants dans leur domaine). C’est, en sus, la seule maladie répertoriée à être à la fois chronique et aiguë.


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Gaston Lagaffe, grande icône flémingitique.

Le Mal du siècle

Symptômes

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Médecine et déontologie : le toubib de Michael Jackson.


Puisque la F.A.P.C.A. est un mal sérieux, nous nous devons de rédiger un article non moins sérieux à son sujet. Nous serions plus qu’irresponsables si nous nous fiions simplement au dictionnaire Vidal ®, cet ouvrage très apprécié des médecins lambda trop souvent bêta[2], référence absolue des innombrables monte-en-l’air de la prescription compulsive à tendance mercantile. Nous nous remettrons donc à la plus respectable des nosographies qui soit, une version intégrale mais non intègre du Vidal ®, revue et corrigée par les autorités gouvernementales, approuvée par le nabot présidentiel et les sinistres de l’intérieur et de l’extérieur, nous voulons dire : le Vidal Sassoon ® (la version « 3 tomes en 1 » des éditions Wash & Go). Voici, à destination des parents, et dans un désordre non croissant de gravité, la symptomatique de cette terrible maladie, telle qu'on la trouve dans le Vidal Sassoon ®.


  • Votre enfant, dans sa prime jeunesse, a pour seul héros Gaston Lagaffe.
  • Votre enfant est fréquemment sujet à de violentes fatigues, exponentiellement amplifiées au réveil, au coucher, et lors des multiples siestes de la journée.
  • Votre enfant est atteint d'une forme de T.D.L.M. (Trouble Dysphorique du Lundi Matin) étendu à tous les jours de la semaine.
  • Votre enfant écoute de la « musique » monorythmée dont le tempo invariable et lancinant ne saurait excéder les 40 à 60 battements par seconde (largo).
  • La gaieté de votre enfant vous fait penser à celle d’un catafalque, et sa vitalité à celle d'un mollusque univalve.
  • Votre enfant ne parvient plus à vaincre la gravité du matin et déclare sa flemme à qui veut l'entendre.
  • Votre enfant, en proie à une aphasie de type flémingitique, s'exprime sans flamme mais non sans flemme, parle sur un ton psalmodique, use immodérément d’onomatopées, apocopes, interjections monosyllabiques et autres syntagmes nominaux extrêmement sommaires, tout en riant bêtement, secoué par d'indiscernables soubresauts. (A noter : au stade avancé de la maladie, le rire niais, lorsqu'il s'avère trop fatiguant à réaliser pour le flémingiteux, peut laisser place à un grognement monocorde, voire à un borborygme indéfini.)
  • Votre enfant, cataleptique au lit et abasique debout, procrastine tout le jour.
  • Votre enfant, dans sa confusion mentale, refuse de consommer nombre de biens issus de l’honnête travail de nos cons-citoyens (tels les gels fixants longues durées, les préservatifs à tête chercheuse, les œufs en tube, les frigogidères à vapeur, ou les lave-linge programmables de chez Rachida Darty ®).
  • Votre enfant effectue sa toilette avec une prodigue parcimonie toute relative, et à intervalles de temps douteux. Le savon ? Il s’en lave les mains ![3]
  • Votre enfant, avec une ostentation non dissimulée, arbore des cheveux longs, empesés de crasse, et prodigieusement emmêlés (c.f. symptôme ci-dessus).
  • Votre enfant revendique sa « qualité » de loque humaine : lui et ses congénères, autrement dit ses co-loques (même s'ils n'habitent pas nécessairement ensemble), s'accoutrent avec des loques dépenaillées et s'attifent de dread-loques insensées.
  • Votre enfant insiste pour s’affubler de lunettes du même type que celles de John Lennon.
  • Votre enfant préfère la bière au coca, le camembert aux repas équilibrés de Mc Donald ®, et les bicyclettes pourries aux derniers modèles de chez Décathlon ® (il faut dire qu’il n’a absolument pas fait d’« à fond la forme » sa maxime, ni, du reste, sa jean-paul ou sa simon).
  • Votre enfant ne regarde pas les programmes hautement culturels diffusés à la télévision, il ne s’intéresse qu’à la culture de ses plants de chanvre à coucher qu’il contemple benoîtement, émerveillé par leur pousse infiniment prompte au regard de l’échelle de temps qui caractérise chacun de ses actes.
  • Votre enfant émet le souhait d’intégrer une faculté (autre que médecine ou droit) et ne veut rien entendre aux grandes écoles qui façonnent pourtant, collégialement avec les facultés de médecine et de droit, l’élite de la nation. Il désire une université où il pourra se la couler douce, partir à vau-l’eau comme il l’entend, laisser libre cours à son aboulie sans suivre ses cours ni quitter son lit ; si possible une faculté de psychologie. Comme si cela ne suffisait pas, son délire l’amène à décliner l’honneur de financer ses études en travaillant pour l’une des vénérables entreprises qui font la grandeur d’un pays.
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Syndicalisme et flémingite.

  • Votre enfant, quand il s’y présente par inadvertance, échoue à tous les examens, même aux examens sanguins et d’urine, pour excès de delta-9-tétrahydrocannabinol.
  • Votre enfant, pour un oui ou pour un non, voire pour un peut-être (la plupart du temps sous le couvert d’une grève illégitime et immorale), bloque sa faculté pour « rouler des oinjes peinard » (sic.) et la calfeutre afin de créer une atmosphère de claustration saturée en vapeurs délétères ; touffeur qualifiée, dans leur phraséologie rudimentaire, d’« effet aquarium géant ». (A noter : au plus fort de la maladie, son apraxie le contraindra au soutien à distance de ses camarades contaminés de frais).
  • Votre enfant préfère l’amour à la guerre… (Attention à la bonne lecture de la proposition ci-devant : il ne goûte nullement les étreintes passionnelles – pourtant nobles – cordialement partagées avec les autochtones d’une nation belligérante qui veut attenter à sa patrie.)… Toutefois, faire la bête à deux dos ou voir la feuille à l’envers lui réclame désormais un effort que sa neurasthénie ne peut surmonter.
  • Votre enfant prétend vivre dans un monde miroir à dimension fractale régi par l’indéterminisme ontique du Grand Bipède Apathique.
  • Votre enfant veut pacifier les atlantes à mains nues.


Traitement

Si votre enfant contracte l'un des prodromes suslistés, il faut, toujours d'après le Vidal Sassoon ®, traiter le mal à la racine ; voici comment :

Si elle n’est pas traitée à temps, la F.A.P.C.A. peut faire de votre enfant un chômeur, un abstentionniste électoral ou, pire, l’un des membres d’un vaste groupuscule anarchiste qui terrorise les caténaires et met en péril notre glorieuse démocratie. Inutile de préciser que c'est là une maladie extrêmement grave et, même si cela semble a priori la bonne chose à faire, la traiter de tous les noms n'est pas la meilleure des solutions. Intéressez plutôt votre enfant contaminé à la télévision. Rendez-le réceptif à la publicité. Expliquez-lui les bienfaits du pétrole et l'importance de la bourse. Abonnez-le à des magazines instructifs tels Chalenge ou Capital. Exigez de lui qu'il s'inscrive dans un cursus où toutes les unités d'enseignement sont anglicisées. (Quelques suggestions : marketing, trading, management, packaging, consulting, sponsoring, commercing, financing, enterprenement, ou encore publiciting.) Préférez les écoles privées : leur prix responsabilise d'autant plus qu'il est élevé. Ne lésinez pas sur les vêtements de marque et l'électronique dernier cri. Encouragez-le à contracter un crédit à la consommation. Ayez confiance, tous ces remèdes connurent un vif succès lorsqu'il fallut remettre dans le droit chemin les brebis égarées de 68. N'en doutez pas, il vous sera infiniment reconnaissant une fois sa vie normalisée et responsabilisée. N'oubliez jamais cet aphorisme maintes fois éprouvé : « la cravate rationalise les mœurs ». Enfin, s'il croit à la reviviscence du Grand Bipède Apathique, faites-le catéchumène. 

Compléments

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Hiérarchie et responsabilités.

Le Vidal Sassoon ® a beau être une version prétendument intégrale, elle n'en demeure pas moins incomplète, ce que nous déplorons à regret. Nous voulons pour preuve la chape de silence[4] plombant tout ce qui touche –- de près ou de moins loin –- aux étroites corrélations entre la F.A.P.C.A. et la F.C.D. Tout d'abord, la frontière qui les sépare est parfois mince et délicate à discerner, ce qui peut engendrer de malheureux amalgames. Ainsi, trop de gens croient, à tort ou à déraison, qu'un adepte du langage sms est atteint de flémingite ; diagnostique erroné s'il en est (et il en est), car, en ce cas, c'est en fait de connerie dont il s'agit... le flémingiteux, lui, n'écrit pas. Autre exemple significatif : la connerie ronge le consommateur de plats présurgelés, tandis que la flémingite se contente de légumes crus, non lavés, et mangés sur pieds. En surplus, le Vidal Sassoon ® se garde bien de préciser que son remède transmue la F.A.P.C.A. en F.C.D. ; métamorphose d'autant plus aisée que le flémingiteux entrevoit tôt le haut degré d'oisiveté offert par les études susmentionnées, en termes de carrière. La flemme, qui auparavant ne devait rien à personne, devient alors parasitisme hiérarchique et empoisonne tout son monde : c'est l'un des symptômes après-coureurs de la connerie. Bref, dans les faits, F.A.P.C.A. et F.C.D. sont réciproquement duaux comme du bas, symplectiquement interdépendants et rétrovertibles, voire irrémédiablement emberlificotés.

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Déranger la sieste d'un flémingiteux nuit (comme de jour).

D'un autre côté, il arrive que l'encéphalogramme ordinairement plat d'un flémingiteux se mette exceptionnellement en branle[5], et le malade peut faire montre[6] d'une ingéniosité nonpareille dès qu'il sent sa flemme menacée (petit miracle de l'évolution). Nous avons recueilli le témoignage d'un professeur de mathématiques inconscient qui, un jour, fut amené à réveiller en sursaut un flémingiteux qui dormait au lieu de résoudre son exercice. L'élève qu'il avait osé sortir de sa torpeur lui rétorqua la chose suivante : « Monsieur le professeur, vous n'êtes pas sans savoir qu'il existe en ce bas monde des individus qui ne trouvent rien de mieux à faire que des calculs dans leur vésicule biliaire, et, en conséquence de quoi, se voient châtiés par l'ablation dudit organe ; notez qu'ils l'ont bien cherché, a-t-on idée pareille extravagance ! Et vous, votre éminence, vous voulez qu'en toute connaissance de cause j'effectue des calculs dans mon cerveau, seriez-vous devenu fou ? Souhaitez-vous qu'on m'ablate l'encéphale ? Cela me tuerait jusqu'à ce que mort s'en suive, nom d'un cénotaphe à roulettes ! Hein, regardez-moi, vous voulez qu'on me l'ablate ? Et pourquoi pas qu'on me le cancrelat tant qu'on y est ?  Mais oui, allons donc ! » Hébété par ce raisonnement adialectique en trois temps (thèse, prothèse, foutaise), le professeur lui pria de répéter ces insanités mais le garnement, qui avait déjà refermé les yeux, se contenta de grommeler un simple « gnuf... », avant de partir retrouver Morphée et son pays vermeilleux. Moralité : il ne faut jamais troubler le sommeil d'un flémingiteux, il est malin comme un singe qui dort et trouve toujours des circonstances exténuantes pour entretenir la flemme qui l'habite (en bois).


Flémingite et religion : le flémingitisme

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Jésus, le messie tout feu tout flemme.

De nombreux flémingiteux considèrent Jésus-Christ comme le premier beatnik de tous les temps (même ceux du subjonctif). Ils le croient nonchalamment descendu sur Terre pour délivrer le message de flemme du Grand Bipède Apathique, et déplorent la vaste campagne de désinformation entreprise par les quatre évangiles canoniques, avec le succès qu'on leur connaît. Ils n’accordent donc aucun crédit aux affabulations des crétins pas très catholiques voire peu orthodoxes. Le schisme fut inévitable et le flémingitisme proclamé. Comme toute religion monothéiste, le flémingitisme comporte ses interdits, qui s'élèvent au nombre d'un seul : l'effort. Il s'avèrera par la suite que cette proscription était bien inutile puisqu'un tel blasphème ne serait venu à l'idée d'aucune ouaille (il ne s'agit pas d'un cri de douleur dans ce con-texte). Quant à l'iconolâtrie, elle n'est pas de mise car elle demande un effort qui tombe sous le coup de l'interdit substantiel ; du reste, quand bien même me suive, la flémingite, à l'instar de la connerie, a mille visages et ne saurait être pleinement représentée dans sa globale universalité. Précisons que l'immanence, l'omnipotence, et la ventripotence du Grand Bipède Apathique ne souffrent aucune comparaison avec la transcendance de Raël ou du Messie Cosmo-Planétaire annihilateur d'atlantes.

Pour le flémingitien, la mort n'est qu'une fractalisation de l'être et de l'étang heidegerriens : un passage vers l'eau-de-là et le pas-radis (ni carotte, mais peut-être navet) appelé Jardin des Flemmes. Ce sein des seins serait renfermé dans une anomalie spatiotemporelle issue de la théorie des cordes pendantes, un monde miroir exotique uniquement composé d'antimatière amorphe, un monde dénué de ressources car tous les gisements sont autant épuisés que les âmes qui y résident, même s'ils n'ont jamais été exploités. Dans cet univers, davantage perpendiculaire que parallèle, la physique quantique n'existe pas : les lois de la Nature sont purement classiques et, surtout, le principe de moindre action est scrupuleusement respecté. Ce merveilleux principe, rappelons-le pour le profane, stipule qu'il existe au plus une seule trajectoire classiquement admissible entre deux événements spatiotemporels E1=(q1,t1) et E2=(q2,t2). Celle-ci, en guise d’illustration, est tracée en bleu sur la figure si dessus (sinon dessous) où, pour plus de translucidité, nous avons représenté l'échelle utilisée.

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Théoriquement, cette courbe correspond au minimum d’une fonction matez-ma-tique (c’est un peu comme la fonction Play d’un magnétoscope télé-enregistreur mais cela n’a en fait rien à voir) : l’action, qui rend compte des lois de la Nature, et que le physicien doit calculer pour se voir décerner des prix modèles, des chairs excellentes, et déposer des brevets de toute sorte. La trajectoire rouge, pour sa part, est classiquement inacceptable car son action est bassement supérieure à celle de la bleue. Tout du moins, c’est ce que l’on croyait jusqu’à l’avènement de la physique quantique, cette théorie responsable de tant d’arrachements capillaires (c’est d’ailleurs à cela qu’on reconnaît les physiciens : à vingt-cinq ans, ils arborent déjà tous le genou au sommet du crâne). Du point de vue quantique, toute trajectoire spatiotemporelle est recevable à ceci près que chacune d’elles est dotée d’une probabilité fluctuante qui lui est propre, ainsi que l’a prouvé Feynman, super-héros ès sciences. En voilà un brouillamini sans nom ! Heureusement, Flegman, également super-héros de son état et illustre père de la théorie des cordes pendantes, démontra que, dans un univers miroir fractalement flémingité, la physique quantique était violée et son alter ego classique irréfragable. C’est pourquoi, dans le Jardin des Flemmes, les particules alimentaires n’ont jamais pu se former, et l’antimatière n’est qu’un superamas hadronique supersymétriquement figé. Mieux : le principe de moindre action, gouverné par la loi de la flegmation universelle, n’admet plus que les mouvements à vitesse nulle dans un référentiel unique et absolument au repos. CQFD (Ce Qu'il Fallait Démonter).

Notes

  • [1] Les maux qu'on dit avec les yeux.
  • [2] On ne compte plus les médicastres, rois des fats, qui se prétendent l' alpha et l' oméga.
  • [3] Pardonnez-nous ce trope ouvertement sophistique susceptible d’enduire d’erreurs le lecteur ou la lectrice.
  • [4] Alors qu'une demi-douzaine de javelots feraient tout aussi bien l'affaire.
  • [5] Charlotte !
  • [6] A gousset.
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