Descente aux enfers, en bref

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[modifier] Premier mouvement – Glisser sur la pente

Aujourd’hui, il est 10h, c’est une belle journée de fin d’été et je viens d’être viré.
Le DRH est entré dans mon bureau, il m’a demandé de partir. J’ai serré les poings. Il voulait me serrer la main, je lui ai mis mon poing dans la gueule. J’ai attrapé sa cravate, je lui ai mis un coup de boule dans les gencives, je me suis fait mal mais il est tombé dans les pommes. J’ai essuyé mon front, j’ai pris mes affaires et j’ai enjambé le corps inerte de ce connard. Je suis sorti. Je suis revenu, j’ai finalement serré sa main et je suis ressorti. Je suis revenu une deuxième fois, j’ai hésité et j’ai fini par opter pour le crachat. Dans l’œil.
Je suis parti pour de bon.

[modifier] 2ème mouvement – Accélérer

Je rentre chez moi.
Je trouve une lettre : c’est un huissier qui me dit que je n’ai plus de chez moi. Je jette la lettre. De rage, je jette aussi le petit-vase-de-cristal-dont-on-sait-jamais-quoi-faire-et-qu’on-met-dans-l’entrée. C’est un cadeau de mariage. C’était un cadeau de mariage. Le petit-vase-de-cristal-dont-on-sait-jamais-quoi-faire-et-qu’on-met-dans-l’entrée se retrouve en morceaux éparpillé dans l’entrée et jusque dans le salon, mais je m’en fous. Je pense à cette foutue journée, je pense à tous les emmerdes qui m’attendent. Je pense à ma femme.
J’ai envie de pleurer
Je préfère aller boire en fait. Pour oublier, bien évidemment. Je sors, je monte dans ma voiture, je démarre, je fais demi-tour. Évidemment, j’ai oublié de fermer la porte. Je me gare, je vais refermer la porte, c’est vraiment une journée de merde. Je repense à ma femme. Elle va bientôt rentrer, je pense au petit-vase-de-cristal-dont-on-sait-jamais-quoi-faire-et-qu’on-met-dans-l’entrée. Je rentre. Je fais le ménage à fond. Pas vu, pas pris, ça sera toujours ça de gagné aujourd’hui.
Je ressors.


[modifier] 3ème mouvement – Accumuler

Ma femme choisit ce moment précis pour débarquer.

— Qu’est-ce que tu fous là ?

Je lui réponds :

— Je me suis fait virer ce matin, je suis rentré et je nettoyais le petit vase de l’entrée.
— Comment ça tu nettoyais le petit vase de l’entrée ?
— Il était cassé et…
— C’est toi qui l’as cassé ?
— J’étais en colère. Je me suis fait virer alors oui, en rentrant j’ai pété le petit vase de l’entrée.
— Quoi ?! Mais t’es con ! J’adorais le petit vase de l’entrée !

Je ne la comprenais plus, j’ai répliqué :

— Mais on s’en fous du petit vase de l’entrée, putain ! Je me suis fait virer, VIRER !
— Ok, mais je m’en fous, je le savais, je couche avec Patrick.
— Mon DRH ?!

Là j’ai compris.
Elle me dit qu’elle veut divorcer, qu’elle veut partir avec lui, changer de vie, elle en marre de notre train de vie plan-plan et de Minecraft qui m'occupe toutes mes nuits. Je lui explique que je veux qu’elle reste. Elle veut me quitter. Je veux la retenir par le bras, une gifle part, je reste comme un con et ma femme s’en va.

— De toute façon je m’en fous, je lui ai cassé sa gueule ce matin à ton connard ! Pouffiasse ! Et j’ai jamais pu piffrer ta mère !


[modifier] 4ème mouvement – Dévaler à toute allure

Je sors de chez moi. Je vais au bar du coin m’apitoyer sur mon sort devant une pinte de bière. Devant une deuxième pinte de bière. Devant une pinte de rosé. Je recommande une pinte, je bois la pinte, je jette la pinte. Un mec vient me voir, il n’a pas l’air content. Il a ma pinte dans la main et il me menace du doigt. Le barman arrive, il veut s’interposer, je m’empare du barman. Je jette le barman. Sur le mec.
C’est le bordel. Pleins de mecs se mettent sur la gueule, on jette des chaises, on jette des tables, on me jette dehors. La porte se referme. Ma braguette s’ouvre. Je vide mes pintes contre le mur. D’un coup, je vois des types sortir du bar en courant ou gueulant, c’est selon. Le barman a prévenu les flics. Je veux faire tomber la dernière goutte, c’est la police qui me tombe dessus, la goutte tombe sur mon froc. C’est une putain de journée de merde. Je veux rentrer chez moi, la police m’emmène au poste. La cellule de dégrisement pue la pisse. Évidemment. Je ne sors du poste qu’après avoir payé ma caution, en liquide, et promis de ne plus m’approcher d’un bar d’ici à mon audition au tribunal.
Je retourne chez moi.


[modifier] 5ème mouvement – Chute libre

J’arrive chez moi, j’ouvre le bar. Je me prends une pinte. J’y mets de la bière, je m’allume une cigarette, je vide la pinte. Je mets du whisky.
A la moitié de la pinte, je vois deux pintes. Et mon salon est en train tourner sur lui-même à vive allure. Je repose les deux pintes. Je fais tomber le cendrier avec ma clope allumée sur la moquette. La moquette prend feu, je regarde autour de moi : il me faut quelque chose pour éteindre le départ de flammes. Le salon tourne beaucoup trop là, je tourne la tête, je pose mon regard sur la table basse. Je vois les deux pintes.
Ma maison est en feu.


[modifier] 666ème cercle – Toucher le fond

Je suis dehors. J’ai faim, j’ai froid, j’ai envie de dormir, j’ai envie de pleurer. J’ai surtout envie d’oublier cette journée catastrophique, je pense à ma femme. Il faut que je cherche un hôtel. Je trouve un hôtel, sans la moindre étoile, même le néon blafard du hall d’entrée ne pourrait revendiquer le statut de lumière. Je m’approche du type patibulaire de l’accueil et je prends une chambre, je paye avec ma carte. Le type me dit que ma carte ne marche pas. Je repasse ma carte. Elle ne marche pas. Je repasse ma carte. Elle ne marche toujours pas. Je veux repasser ma carte mais le type m’arrête. Il me dit casse-toi ! Je sors de l'hôtel. Je sors mon téléphone, j’appelle ma banque, on me demande si c’est à propos du courrier que j’ai reçu ce matin. Je dis :

— Quel courrier ?

On me répond :

— Celui où l’on vous informe que l’on a fermé votre compte et radié de la banque.

Je veux jeter mon téléphone. Je jette des insultes à la face de cette connasse de standardiste. Finalement, je range mon téléphone et je cherche un taxi pour aller au parc le plus proche.
Je vais au parc le plus proche à pied.
Je crois que je pleure.


[modifier] 7ème ciel – Et une grande Lumière

Le téléphone sonne. Je me redresse sur le banc en bois, je décroche le téléphone. J’ai décroché un boulot. Je commence tout de suite, je raccroche le téléphone. Je me lève, je me rassois : j’ai décroché un putain de boulot ! Je cherche un taxi, je trouve un taxi, le conducteur demande à voir la monnaie avant, je descends du taxi. Je me mets à courir. Il se met à pleuvoir.
Il est 8h pile, je suis devant mon nouveau lieu de travail, trempé. J’inspire un grand coup, j’expire en crachant mes poumons et j’entre dans la plus haute tour du monde.


Bref, à New-York, nous sommes le 11/09/2001 et je m’avance vers ma nouvelle vie.



Yeah! wtc.jpg

Moi, un bref instant

Guillotine2.png  Portayl de l'Histoyre


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