De la tristesse de la tragédie classique

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La tragédie a été inventée aux États-Unis par un certain Harry Stote, qui en énonce les principes dans un ouvrage fort intéressant du nom de La peau éthique. Elle a été importée en France assez récemment, par un ignare qui avait compris "trois jedi", à la place de "tragedy". Ce n'est que dans les années 60, alors que de multiples érudits relurent Harry Stote, cherchant à comprendre ce que pouvaient bien faire trois jedi dans des pièces de théâtre, que l'ambiguïté a été levée et que la trois jedi devint tragédie.

[modifier] La tragédie, c'est triste

A quoi reconnaît-on la tragédie classique ? Hé bien, tout simplement, elle est triste. Et elle peut être triste pour de multiples raisons.

[modifier] Parce que héros n'a pas de bol

Bol.jpg

Le héros tragique n'en a pas.

Ben oui, on ne trouvera jamais un héros chevauchant un petit poney rose qui gambade joyeusement sur des arcs-en-ciel lumineux dans la tragédie (cependant, si cela vous intéresse, je vous conseille d'aller consulter un article sur la production Disney). Dans la tragédie, le héros est malheureux. Il s'est fait voler son poney rose par un sale type qui lui a piqué sa femme par la même occasion.

[modifier] Parce que tout le monde meurt à la fin

La tragédie, c'est un peu comme 2012 (que je ne vous conseille pas). Tout le monde meurt à la fin, et c'est tout. La différence avec 2012 (que je ne vous conseille pas), c'est que, dans la tragédie, il n'y a pas de gigantesque-catastrophe-naturelle-qui-fait-mourir-tout-le-monde-d'un-coup. Non non, la tragédie est beaucoup plus subtile. Les personnages meurent un à un pour des raisons différentes (on pourra citer les morsures des lamas de Phèdre, l'overdose d'Oreste, le camionnette transportant des bières fraiches troyennes écrasant Agamemnon...).

Lama.jpg

Les lamas sanguinaires qui tuèrent tragiquement Phèdre.

[modifier] Parce que c'est... ZzzZzzz

Ah oui, la tragédie, c'est aussi triste à cause des merveilleuses tirades super longues et incompréhensibles écrites en alexandrins (enfin, je dis incompréhensible, mais on les comprend tout de même à la 14e lecture).

[modifier] La tragédie, c'est tordu

[modifier] Les alexandrins

Un jour, un petit coquin s'est dit « oh mais tiens, si j'écrivais une pièce de théâtre en vers de douze syllabes ? ». Ce qu'il fit (d'ailleurs, si vous le rattrapez, la police est toujours à sa recherche). Cette charmante idée souleva évidemment bien des malentendus et des incompréhensions de la part de nos très chers dramaturges.

[modifier] Savoir compter

Corneille philémon.jpg

Corneille était un poivrot

Déjà, pour écrire de la tragédie classique, il faut savoir compter jusqu'à 12. Gros problème qui en découragea plus d'un. Je pense à Chaicspire qui abandonna sa carrière pour aller élever des huîtres sauvages en Tasmanie.

[modifier] Ne pas sombrer dans l'alcoolisme

Evidemment, il y en a qui, en entendant "vers", se précipitent directement sur leur bouteille de whisky... et pondent des œuvres pas possible. Pensons à ce cher Corneille, qui, complètement saoul, créa un personnage qui pour séduire sa bien-aimée tue son père. D'ailleurs, même si cela reste encore très méconnu, le nom original de la pièce n'est pas Le Cid, mais Le Cidre (en effet, nous savons de sources sûres que Corneille avait besoin de très peu pour être bourré).

[modifier] Les cinq actes et les scènes

Le petit malin qui s'était dit que ce serait vachement bien d'écrire en alexandrins eut un jour une autre idée lumineuse (il fut exécuté le jour suivant) : partager chaque pièce en cinq actes, eux-mêmes divisés en scènes. A la suite de cette décision, beaucoup de dramaturges se suicidèrent, ce que je trouve d'ailleurs très idiot, puisqu'ayant déjà appris à compter jusqu'à douze, je ne vois pas le problème de compter jusqu'à cinq. Enfin, passons.

[modifier] La crainte et la pitié

L'importance de la crainte et de la pitié est une idée tout droit venue d'Harry Stote. Pour illustrer ce propros, je vais m'appuyer sur un exemple donné par Harry Stote lui-même dans sa Peau éthique, d'une clarté éblouissante, vous allez voir:

  • Un mammouth énervé inspire la crainte (car un mammouth est gros et méchant, et qu'en plus là il est énervé), mais pas la pitié. Il n'est pas suffisant à la tragédie.
  • Un rouleau de papier toilette n'inspire rien du tout. Il n'est pas suffisant à la tragédie.
  • Un rouleau de papier toilette triste inspire la pitié, car il est triste. Cependant, il n'inspire pas la crainte, car un rouleau de papier toilette, aussi rose soit-il, n'est pas effrayant.
  • Un mammouth triste inspire la pitié (car il est triste) et la crainte (car il est gros). Il est suffisant à la tragédie.


[modifier] Un exemple de tragédie classique : Philémon

Cette œuvre a récemment été retrouvée chez un dramaturge mineur (du nom de Racine, je ne pense pas que cela vous dise quelque chose). Elle respecte scrupuleusement toutes les règles énoncées par Harry Stote et le petit malin qui s'est pris pour un mathématicien (si, si, celui qui a demandé aux dramaturges de savoir compter jusqu'à 12 et jusqu'à 5).

[modifier] Acte I

[modifier] Scène 1

Philémon est sur scène.

PHILEMON :
Hé salut le pipeul ! Hé, c’est moi Philémon !
Je sais qu’avec mes alexandrins j’ai l’air con.
Mais bon, que voulez-vous, c’est une tragédie.
Classique, même. Je sais, oui, je vous éblouis.

[modifier] Scène 2

Rantanplanplan entre sur scène, armé d’une épée.

RANTANPLANPLAN :
Ah ! Philémon ! Te voilà donc, vil mécréant !
Je vais de mon fer noir transpercer ton séant !

PHILEMON :
Oh, Rantanplanplan ! Paix ! Tu oublies qui je suis !
Ne te permets donc pas de telles pitreries !
Me menacer de mort, n’en dire la raison ?
Aurais-tu oublié que je suis Philémon ?

RANTANPLANPLAN :
Ne m’embourbe donc point de tes pompeux discours !
Je te connais, vieux con, et tu n’es qu’un gros lourd.

PHILEMON :
Ah ! Pourquoi de telles igno... ignominies ?

RANTANPLANPLAN :
Tu te fais passer pour le héros de la pièce
Pourtant, dis-moi, qui n’a jamais vu mes prouesses ?
Je suis bien meilleur que toi, je suis plus vaillant,
La pièce m’est dédiée, à moi, Rantanplanplan !

PHILEMON :
Vois, ce chef d’œuvre littéraire est à mon nom.

RANTANPLANPLAN :
Ah, mesquin ! Il porte donc le nom d’un vieux con !
Tu m’en vois chagriné, mais je vais te tuer.
Je vais t’assassiner de mille coups d’épée !
Rantanplanplan se jette sur Philémon, qui se débat.

PHILEMON :
La bienséance, ami… Ah, que fous..., que fais-tu !
Jamais sur scène le sang ne doit être vu !

Rantanplanplan recule.

RANTANPLANPLAN :
Ah, merde, fichues règles. J’avais oublié.
C’est dans les coulisses qu’attendra mon épée.

Il sort.

[modifier] Scène 3

PHILEMON :
Ah bah putain, j’ai failli y passer. Mazette !
Que vois-je ? Mais oui, mais oui ! C’est bien Rosanette !
De ce que j’aperçois de sa belle personne
Je dois admettre qu’elle est toujours aussi bonne.

[modifier] Acte II

Entre Rosanette.
Philémon et Rosanette courent au ralenti l’un vers l’autre.

PHILEMON :
Rosanette !

ROSANETTE :
Philémon !

PHILEMON :
Rosanette !

ROSANETTE :
Philémon !

PHILEMON :
Rosanette !

ROSANETTE :
Philémon !

PHILEMON :
Rosanette !

ROSANETTE :
Philémon !

PHILEMON :
Rosanette !

Ce passage peut être répété plusieurs fois. On peut même réduire la pièce à ces répliques absolument éblouissantes par leur lyrisme exalté.

ROSANETTE :
Philémon, ma parole, que tu as grossi !

PHILEMON :
Rosanette, tu m’en vois vraiment tout contrit.

ROSANETTE :
Oh, vraiment, tu es bien laid avec ce bidon.
Je ne veux pas te voir ainsi, cher Philémon.
Je vais de ce pas rejoindre Rantanplanplan
Qui lui, au moins, est encore bien séduisant.

Elle sort.

[modifier] Acte III

Philémon.jpg

Philémon perdant son pantalon dans une sublime mise en scène de Peter Brook.

PHILEMON :
Oh rage ! Oh désespoir, oh bidon ennemi !
De Rosanette aimée tu me sépares ainsi !
Mon bidon, qu’avec grand respect chacun admire
Mon bidon, qui tant de fois a sauvé l’empire
Tant de fois affermi par les abdos du roi
Trahit ma gourmandise, et ne fait rien de moi ?
Oh cruel souvenir de ma minceur passée !
Régime de vingt jours en un MacDo gommé !
Nouvelle obésité fatale à mon bonheur !
Embonpoint élevé d’où tombe mon honneur !

Le bouton du pantalon de Philémon craque sous la tension de son bidon.
Il sort (Philémon, pas le bidon - quoique le bidon aussi) en remontant son pantalon.

[modifier] Acte IV

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Le deuxième lutin. On remarquera que le metteur en scène a choisi de lui laisser des vêtements. Mauvais parti pris, d'après moi.

Des lutins nus entrent sur scène et entament une danse frénétique et mouvementée.

PREMIER LUTIN :

Je suis un lutin !

DEUXIEME LUTIN :
Idem, je suis un lutin !

TROISIEME LUTIN :
Oh, mais c’est merveilleux ! Dansons la carioca !

DEUXIEME LUTIN :
Non, je ne connais pas cette danse-là.

De colère, le troisième lutin tue le deuxième lutin.
Le premier lutin danse la carioca avec le troisième lutin pendant 53 minutes et 2 secondes.
Ils sortent, traînant le corps du deuxième derrière eux.

[modifier] Acte V

[modifier] Scène 1

Rosanette est seule sur scène. On entend un cri horrible dans les coulisses.

ROSANETTE :
Oh, non, qui a encore égorgé un cochon ?

[modifier] Scène 2

Rantanplanplan entre sur scène.

RANTANPLANPLAN :
Gaie Rosanette, ce n'était que Philémon.

ROSANETTE :
Ah ! Comment ? Vous l'avez vous-même assassiné ?

RANTANPLANPLAN :
Oh que oui, ma poulette, d'un seul coup d'épée !

ROSANETTE :
Mais vous êtes un monstre, vil Rantanplanplan !
Moi qui vous pensais si aimable et si charmant !
J'ai trop vite jugé ce pauvre Philémon !
Je ne l'ai regardé qu'à travers son bidon.
Méchant Rantanplanplan, horrible criminel !

RANTANPLANPLAN :
C'est bon, calmez-vous, je vais faire la vaisselle.

ROSANETTE :
Oh, quoi ! Peut-être croyez vous naïvement
Que vous vous en sortirez si facilement !
Non, je jure de punir votre odieux crime
De venger mon amour, de venger la victime !

RANTANPLANPLAN :
Oh, Rosanette, enfin, vous vous emportez trop.
Vous m'appeliez "chéri" deux minutes plus tôt.
Ne pourrions-nous conclure un bon arrangement...

Rantanplanplan s'approche dangereusement de Rosanette.

ROSANETTE :
Ah, non ! Bas les pattes, vilain Rantanplanplan !
J'appelle mes lutins, j'appelle mon armée !

Deux lutins accourent.

RANTANPLANPLAN :
Ah non, là vous trichez, je n'ai pas mon épée !

ROSANETTE :
Ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha !
Ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha !

Les lutins attrapent Rantanplanplan violemment et le transportent dans les coulisses. On entend des cris.
Rosanette, satisfaite, se prépare à sortir, mais elle tombe, et meurt.
Les lutins rentrent à nouveau sur scène, et en voyant le cadavre de Rosanette, pleurent et se suicident. Scène touchante par sa dimension pathétique.


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